‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 133 sur 239 · Ps. 33. i · texte numérisé non relu

Ps. 33. i

lequel il se trouvait lui fit dire : « Détournetoi du bien et fais le mal, car le royaume du ciel est proche. > François, qui voyait ce qui se passait, se reprocha amèrement d'avoir soumis le bon Frère à une si dure épreuve. Afin de se punir lui-même et de tirer Fr. Rufin du mauvais pas où lui, fils de Bernardone, Tavait engagé, il se dépouilla aussi de son vêtement de dessus, monta dans la chaire, embrassa l'humble Frère, et dit au peuple : « Comment, mes Frères, vous riez du précepte de ce brave homme ? C'est avec raison qu'il vous a invité à laisser le bien et à faire le mal ; car ce que vous appelez bien, ce sont les consolations humaines, les joies et les jouissances sensuelles, auxquelles vous devez renoncer, tandis que le mal que vous devezfaire comine étant le meilleur des biens temporels, ce sont les mortifications, les pénitences imposées à la chair pour les péchés commis. Rufin, votre concitoyen, voulait vous détacher des plaisirs mondains et vous engager à faire pénitence, car le royaume du ciel est proche. » Il développa ensuite cette pensée avec une telle force que le peuple versa des larmes. Puis, admiré de tous, il retourna avec Rufin à la -Portioncule (i).

Le jour approchait où Dieu devait appeler à Lui et récompenser son fidèle serviteur. Rufin et Léon étaient tous deux très malades et soupiraient après leur délivrance afin dallera Dieu.

r. Chron., loc. cil.

Léon vit alors en songe une foule de Frères parmi lesquels Tun d'eux se distinguait par Téclat de ses yeux, brillants comme le soleil. S'étant informé du lieu vers lequel cette troupe se dirigeait, il lui fut répondu qu'elle se rendait auprès d'un Frère qui allait bientôt mourir dans la maison ; puis ayant demandé quel était le Frère dont les yeux étaient si éclatants, il apprit que c'était le Fr. Bernard de Quintavalle. « Ses yeux brillent tant, ajouta-t-on, parce que, durant sa vie, il ne porta jamais sur personne un mauvais jugement, et qu'il sut toujours transformer en bien les choses les plus mauvaises. Très humble, il se méprisait lui-même et regardait d'un œil très pur les choses impures de ce monde. La vue du beau le portait à louer Dieu, et ce qui était dangereux pour les autres ne souillait pas son âme ornée de vertus. » La vision disparut. Léon, convaincu qu'il était le Frère destiné à mourir bientôt, se rendit auprès de Rufin et lui dit : « Cher Frère, je viens vous dire adieu, car j'espère aller prochainement vers notre Père au ciel. » Fr. Rufin répondit : « Ce que vous avez vu me concerne moi, et non pas vous. J'ai aussi vu cette troupe de Frères ; François s'est approché de moi et m'a assuré que je mourrai demain. Comme preuve de ce qu'il annonçait, il me donna sur les lèvres un baiser qui jeta mon âme dans le ravissement. Ma bouche est encore imprégnée d'un parfum céleste, que vous pouvez sentir. » Il en fut comme Rufin l'avait dit. Il mourut avant Léon, qui lui survécut toute une année.

et fut enseveli dans la basilique de Saint-François avec un grand concours de peuple (i).

Massée de Marignan (2), autre disciple du Saint, se fit remarquer par une extraordinaire douceur et humilité, par sa bonne éducation et sa politesse dans ses rapports avec les gens du monde et par sa grande piété, il fut lui aussi un des préférés de François. Il était sévère envers lui-même ; il ne faisait qu'un repas par jour, le soir, avec un peu de pain et d'eau, et en versant des larmes ; il ne prenait que deux à trois heures de sommeil, avant minuit, et passait le reste dans de saintes veillées. Après la sainte messe, il s'enfermait dans sa cellule pour y converser avec Dieu seul. Il se considérait comme le plus grand des pécheurs, et, pour ce motif, il implorait souvent le pardon et la miséricorde de Dieu avec des torrents de larmes. François connaissait son amour de la prière et son humilité, et cependant il le soumit à une forte épreuve. « Frère Massée, lui dit-il un jour en présence des autres Frères, ceux-ci ont reçu de Dieu le don de la prière et de la contemplation, mais vous-même vous avez reçu le don de la parole pour l'édification du peuple; à partir de ce moment, vous serez donc chargé du service de la porte, de la cuisine et des pauvres. Pendant que les Frères seront à table, vous mangerez à

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