Wadding, Annal. Minor., ad ann. riio, n. 3o et suiv
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la porte, afin que les pauvres et les autres personnes qui se présenteront soient accueillis avant d'avoir frappé; de cette façon, les Frères seront dispensés d'aller à la porte, et resteront assemblés sans être dérangés. Faites cela avec zèle et obéissance ! » C'était un grand sacrifice pour Fr. Massée, qui fuyait la distraction et souhaitait Tunion paisible avec Dieu dans le recueillement et la solitude. Il obéit néanmoins avec joie, et, en signe de soumission pleine et entière, il inclina la tête et la couvrit de son capuchon. Il remplit son office avec tant de bonne humeur, que nous doutons qu'aucun portier s'en soit jamais mieux acquitté. Ses Frères le remarquèrent et eurent compassion de lui, sachant qu'il leur était bien supérieur en perfection, et qu'il était plus apte à la prière et à la méditation qu'aux occupations matérielles du couvent. Ils demandèrent donc à François de vouloir bien répartir également les peines et le travail entre tous. Le Saint avait atteint son but. Il fit venir Massée et lui dit : a Frère Massée, vos compagnons désirent vous soulager dans vos fonctions ; je consens donc que les charges soient partagées. — Père, répondit Massée, il m'est indifi'érent d'avoir à porter la totalité ou une partie seulement de ces charges : j'accepte mon lot comme venant de Dieu. T> Cette humilité et cette obéissance de Massée ainsi que la charité des Frères firent sur François une telle impression qu'il leur adressa sur-le-champ une fervente instruction
sur la pratique de rhumilité, vertu sans laquelle aucune autre n'est agréable à Dieu (i).
A partir de ce moment, Massée aima et pratiqua rhumilité plus encore que par le passé. Ayant appris de ses compagnons combien un serviteur de Dieu était devenu grand par cette vertu, il fit le vœu de n'avoir de repos que lorsqu'il la posséderait parfaitement. Il se renferma plus que jamais dans sa cellule, se mortifiant par les jeûnes, les veilles, les prières, les larmes et les rudes disciplines, et se croyant néanmoins digne de l'enfer. Un jour, il se rendit au jardin et supplia Dieu avec larmes de lui accorder le don de l'humilité. Jésus lui dit alors : < Frère Massée, que donnerez- vous pour la grâce que vous sollicitez ? — Seigneur, répondit Massée, les yeux de la tête. » Jésus reprit : « Vous aurez la grâce et de plus vous conserverez vos yeux. » Ce fut trop pour Massée. Ivre de joie, il courut en tout sens comme un enfant, chantant et se réjouissant d'avoir trouvé le trésor désiré. Il faisait souvent entendre des gémissements qui ressemblaient aux roucoulements des colombes (2).
Nous retrouvons à plusieurs reprises Frère Massée aux côtés de François comme compagnon de voyage. Leur intimité était si grande que Massée se permettait dinoffensives plai-
I. Wadding, Annal. JMinor., ad ann. 1210, n. 'A3. — Fioretti, c. xi. — Chron., loc. cit., p. ii5.
'2. \Vadding, ibid.., i\. 'S4. — Fioretti, c. xxx. — ChronoL, ibici., p. iKj.
santeries à Fégard de son Père. Ainsi il lui dit un jour : * Frère François, pourquoi le monde entier court-il à votre suite, veut-il vous voir, vous entendre et vous obéir ? Vous n'êtes pas admirablement beau, ni noble, ni distingué par la science. D'où vient donc que tout le monde court au-devant de vous ?» A ces mots, François leva les yeux au ciel et fut ravi en esprit. Revenu à lui, il tomba à genoux, et rendant grâce à son disciple de Fhumiliation qu'il croyait avoir reçue, il répondit : « Voulez-vous savoir pourquoi ? — Le regard de Dieu, qui voit tout, n'a trouvé parmi les pécheurs rien déplus misérable, ni de plus pauvre, ni de plus incapable que moi pour réaliser sa belle œuvre. Il veut ainsi confondre la grandeur et la force, la beauté, la noblesse et la science du monde, afin que celui-ci reconnaisse que toute vertu, tout bien vient de lui et non de la créature, et que personne ne puisse se glorifier en sa présence ; mais que celui qui voudra se glorifier, se glorifie dans le Seigneur à qui sont dus tout honneur et toute gloire dans l'éternité (i). »
Une autre fois, Fr. Massée profita d'une occasion pour mettre à l'épreuve et scruter, moitié avec sérieux, moitié en plaisantant, le cœur et les sentiments de François. Ils étaient en voyage et avaient, selon la règle, mendié leur pain de porte en porte ; puis ils s'étaient installés auprès d'une fontaine, à la porte de la ville,