‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 136 sur 239 · I. Fioretti, c. xii · texte numérisé non relu

I. Fioretti, c. xii

« Père, quel chemin prendrons-nous ? — Celui que Dieu voudra, répondit François. — Et comment, reprit le premier, connaîtrons-nous la volonté de Dieu? — Je vais vous le dire, répartit François. Ecoutez ! Je vous commande par la sainte obéissance de tourner ici sur vous-même comme un enfant, jusqu'à ce que je vous dise •d'arrêter. « Massée se mit à tourner au point d'en avoir le vertige. Après quelques instants, François dit : « Arrêtez et ne bougez plus. Vers quelle direction êtes- vous tourné maintenant? — Vers Sienne, répondit le Frère. — Hé bien, reprit François, c'est le chemin que nous devons suivre selon la volonté de Dieu. » Ils le prirent, et la suite montra que Sienne était le lieu où Dieu voulait faire briller son serviteur et le rendre utile au peuple. Aussitôt que les habitants apprirent l'arrivée du Bienheureux, ils allèrent à sa rencontre, le prirent sur leurs épaules, et le portèrent jusqu'au palais de Févêque devant lequel plusieurs partis se battaient avec tant d'acharnement qu'il y avait déjà deux morts sur la place. François se jeta entre les belligérants et parvint à les réconcilier par ses paroles de paix et de charité. L'évêque très touché le remercia elle prit dans son palais pour lui donner l'hospitalité avec ses Frères. Ils j restèrent un jour. Le lendemain matin, ils partirent à Tinsu du prélat et sans l'avoir remercié. Cette manière d'agir étonna Massée : « Que vient de faire là ce brave homme, se dit-il à lui-même, il m'a fait

tourner comme un enfant, et, quant à Févèque, qui Fa reçu avec tant de bienveillance et d'affection, il le quitte sans dire un mot de remerciement. » Mais à peine eut-il parlé ainsi quil se repentit et reconnut que François avait voulu éviter les remerciements de Févêque et ne pas perdre lui-même le mérite de sa bonne action. Il s'humilia profondément et conçut la crainte d'avoir mérité Fenfer pour son indiscrète présomption (i).

Massée mourut en odeur de sainteté en 1271, et fut enseveli dans la sacristie de Saumur, dans FAnjou, Il s'était acquis un mérite particulier auprès de FOrdre en contribuant à son extension en France.

Nous pourrions citer encore beaucoup de saints disciples, qui furent instruits et formés par François lui-même ; mais nous ne voulons pas abuser, et nous ne nommerons plus que Junipère, si étroitement uni à notre Saint. Junipère veut dire genévrier. Celui qui portait ce nom était un homme d'une pureté extraordinaire et d'une simplicité enfantine, qualités qui le rendaient cher à Dieu, agréable aux hommes et craint des démons. Sa candeur confinait presque à la sottise. François et Claire qui Faimaient et l'honoraient, le dépeignaient particulièrement bien. Le premier parlant de lui un jour devant les autres Frères, dit

I. Fiorctti, c. xi. — W'adding, Annal. Minor., ad aiin. 1221, 11. 34.

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en plaisantant : « Je voudrais bien avoir toute une forêt de pareils genévriers. » La seconde rappelait le « Jouet de Jésus-Christ », à cause de sa naïveté et de ses originalités. Il faut vraiment lire sa YÏe en entier (i) pour discerner un Saint dans ce mélange de simplicité et de caprices, de choses plaisantes et sérieuses, d'austérités, de luttes, de tentations et de victoires. Le récit de faits isolés donnerait plutôt Tidée d'une caricature que d'un grand serviteur de Dieu.

C'est ainsi que François avait réuni autour de lui, dès les premières années de la fondation de son Ordre, une troupe de disciples remarquables. La plupart se distinguaient par l'humilité, l'abnégation, la simpUcité, la candeur et une grande sainteté ; il pouvait donc songer à étendre son œuvre et à l'organiser fortement. C'est ce qu'il comprit, ainsi que nous le verrons dans la suite de cette histoire.

I. Voir les Fioretti, La vita di Fr. Ginepro, ediz. d Roma, 1889, p. 267.

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