Wadding, ibid., n
dont il avait pris pour la seconde fois un congé définitif, avec Fespoir certain de trouver la mort ûu martyre chez les Sarrasins. De nouveau ses espérances étaient déçues; mais il put, avec une dCertainesatisfaction,jeter un regard sur les nombreux travaux, sur les souffrances et les sacrifices de son long voyage, sacrifices qui, aux yeux de Dieu, avaient autant de mérite que le martyre lui-même.
Il y fut reçu avec une grande joie; il y était attendu par un grand nombre d'hommes pieux et savants (i) qui soupiraient après son arrivée et leur admission dans l'Ordre; parmi ces derniers se trouva vraisemblablement Thomas Célano, son digne biographe. Il écrit en effet au sujet du retour d'Espagne (2) : « Le bon Dieu, qui daigna dans son infinie miséricorde se souvenir de moi et de beaucoup d'autres, s'opposa à François quand il partit pour l'Espagne. Et afin de l'empêcher d'aller plus loin, il le rappela de son voyage par une maladie. Bientôt après son retour à la Portioncule, des hommes instruits et considérés s'attachèrent à lui avec joie; il les traita avec noblesse et dignité, car il était lui-même noble et prudent par nature. »
A son arrivée à la Portioncule, il eut une surprise désagréable. En 1212 déjà, il avait donné aux Frères une instruction sur la manière d'établir leurs maisons conformément à la pauvreté.
I. AVadding, Annal. Minor.. ad ann. L2i5, n. 4. 5. -2. CÉLANO, Vita I, 1. I, c. vi.i, n. 57.
« Nos couvents, avait-il dit, doivent ressembler davantage aux chaumières des pauvres qu'aux riches palais des grands du monde. Une simple haie doit les entourer, surtout quand ils se trouvent loin des villes et des villages. Dans le voisinage des localités, la clôture peut être meilleure et plus solide (i). » Les Frères pouvaient reconnaître dans ces prescriptions, combien il désirait qu'en tout ils observassent Tesprit de pauvreté.
Or, pendant son absence, cette règle fut enfreinte à la Portioncule. Le vicaire général, Pierre de Catane, avait fait élever une grande construction qui, selon Fopmion de François, était en contradiction avec la pauvreté. Il fit de vifs reproches à Pierre, monta sur la toiture, appela les Frères, et voulut démolir sur-lechamp le bâtiment. Pierre se mit à protester et les Frères déclarèrent que la construction avait été rendue nécessaire, non seulement pour faciliter la récitation du bréviaire, mais encore pour recevoir les Frères et les candidats qui affluaient journellement. C'eût été en vain et sa résolution eût suivi son cours, si les autorités municipales n'étaient intervenues pour y mettre obstacle (2). Finalement il consentit au maintien de l'édifice, mais il dit à Pierre d'un ton de blâme : « Frère Pierre! Ce lieu est le modèle de tout l'Ordre. Je veux donc que les Frères C[ui s'y trouvent déjà, ainsi que ceux qui y viendront, supportent avec
I. AV'addin'O, Annal. Miuor.. ad ann. 1212, 11. 44. '2. CÉi.ANo, V^ita IL p. 111, c. m.
patience les incommodités de la pauvreté, afin qu'en retournant auprès de leurs compagnons, ils puissent leur dépeindre la pauvre existence qu'on mène à la Portioncule. Si, au contraire, les nouveaux arrivants trouvent ici la satisfaction de tous leurs désirs, si, demeurant ici dans des maisons neuves et commodes, ils viennent à ne manquer de rien, ils voudront, par imitation, faire de même dans leurs provinces, et ils diront pour leur excuse qu'ils ne font pas autrement qu'à la Portioncule, qui est cependant le berceau de l'Ordre (1). »
L'erreur de Pierre doit avoir provoqué les instructions suivantes données aux Frères envoyés dans de nouvelles stations. » Il y a lieu, dit le Saint, de se conformer aux règles ciaprès pour l'installation de nouveaux couvents. Tout d'abord les Frères doivent examiner le terrain, et supputer le nombre de jours nécessaire pour les travaux. A cet égard, ils sont tenus de tenir grand compte de la sainte pauvreté, à laquelle ils se sont voués, et du bon exemple qu'ils sont dans l'obligation de donner. Après quoi, ils s'adresseront à l'évêque du lieu et lui diront : « Pour l'amour de Dieu et le salut des « âmes, quelqu'un nous a fait don d'un terrain « pour y édifier un couvent. Comme vous êtes « le pasteur du troupeau qui vous est confié, « et que pour tous les Frères-Mineurs, qui sont « maintenant dans votre diocèse, aussi bien que