‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 30 sur 239 · Matth., V · texte numérisé non relu

Matth., V

fidèles ne donnaient que de modiques aumônes à Féglise. Il se dit en lui-même: « Puisque le Prince des Apôtres est digne de toute vénération, comment se fait-il que ces gens donnent si peu à Féglise où repose son corps ?» Et plein d'une sainte indignation, il jeta une poignée d'argent dans le tronc des offrandes placé près de Fautel (i). Puis, après avoir satisfait sa dévotion auprès du tombeau, il sort du sanctuaire, échange secrètement ses habits contre ceux d'un mendiant, se mêle aux indigents placés aux portes pour implorer la piété des fidèles, et sollicite lui-même, en langue française, la charité pendant toute une journée (2).

Quel spectacle ! François, qui récemment encore se plaisait dans le tumulte des fêtes et le luxe des vêtements, est maintenant confondu, en haillons, avec les mendiants, et il en ressent un grand bonheur ! Que ne peut la grâce sur un cœur qui s'ouvre à elle ! Dans son panégyrique, Bossuet (3), citant ce trait, s'écrie : « Voyez, il se môle parmi les pauvres qu'il sait être les frères et les bien-aimés du Sauveur. Il fait son apprentissage de cette pauvreté généreuse à laquelle son Maître l'appelle, il goûte à longs traits la honte et Fignominie qui lui a été si agréable ; il se durcit le front contre cette molle et lâche

1. Très socii, c. i, n. 10, disent qu'il a jeté l'argent « per fonestram ». — Célano [Vita 11, p. I, c. iv) dit : « jactat in loco », Nous admettons que ce fut un tronc.

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