RENONCIATION A L HERITAGE 4I
templation de la nature. Volontiers il parcourait la campagne, s'abandonnant à ses pieux sentiments et à ses impressions. Un jour qu'il se promenait, il arriva dans le voisinage de la petite église de Saint-Damien, qui menaçait ruine. Il y entra, et se jetant à genoux devant le crucifix, il répéta trois fois la prière suivante : « Grand Dieu, plein de gloire, et vous, mon Seigneur Jésus-Christ, je vous supplie de dissiper les ténèbres de mon intelligence ! Donnez-moi une foi pure, une ferme espérance et une parfaite charité. Faites, ô mon Dieu, que je vous connaisse si bien qu'en toute chose je n'agisse jamais que selon vos lumières et conformément à votre sainte volonté (i). » Pendant qu'il priait et qu'il contemplait avec larmes le crucifix, il entendit une voix venant de celui-ci et disant : « Ne vois-tu pas, François, comme ma maison est en ruine? Va et réparela. » Plein d'effroi du voisinage de Dieu, qui lui parlait du haut du crucifix, et tout tremblant, il répondit : « Seigneur, je le ferai volontiers (2). »
Plus haut que cette petite chapelle de Saint- Damien était l'église de Dieu, et elle semblait tomber en ruine. « Une grande corruption de mœurs s'était à la longue introduite dans cette société : formulée en hérésies de diverses natures, elle la menaçait de toutes parts : la ferveur et la piété s'étaient ralenties ; les grandes
I. Wadding, Appar. ad Annal. Minor., $4, n. 17. 12. Très socii, c. i, n. i3. — S. Bonav., c. 2, n. i5.
fondations des siècles précédents, Cluny, Cîteaux, Prémontré, les Chartreux, ne suffisaient plus pour la vivifier, tandis que dans les écoles une aride logique en desséchait trop souvent les sources. Il fallait à la chrétienté malade quelque remède nouveau et souverain; il fallait à ses membres engourdis une secousse violente; il fallait à sa tête, à TEglise de Rome, des bras nouveaux et plus puissants (i). » Jésus s'adressait à François pour cette restauration, ainsi que celui-ci le connut plus tard par une révélation, et le déclara à ses Frères (2) ; mais dans le moment, il ne songea qu'à cette pauvre église de Samt-Damien. En sortant de là, il remit au prêtre don Pietro qui la desservait (3), un peu d'argent en le priant d'entretenir une lampe devant le crucifix miraculeux, et en ajoutant qu'il lui en donnerait d'autre pour le même but (4). A la suite de cet entretien, le cœur de François fut si blessé, si endolori au souvenir de la Passion qu'il portait toujours en lui les plaies de Jésus-Christ. Dès lors, il ne cessa de se mortifier avec une telle rigueur que, sur la fin de sa vie, il se crut obligé de demander pardon à son frère le corps. Dès lors surtout, il ne put penser aux souffrances du Sauveur sans répandre d'abondantes larmes (5).
1. MoNTALEMBERT, Vie de sainte Elisabeth de Hongrie, introduction.