Ibid
mes-nous pas dans les projets, et combien lents dans Texécution !
Bernardone ne put s'habituer au genre de vie de François; enfant, il avait été l'objet de son affection et de son orgueil ; adolescent et jeune homme, le but de toutes ses espérances pour la gloire et la grandeur de sa maison ; et maintenant, il le voyait mendier par les rues d'Assise, vivre d'aumônes, et être la risée de la populace. Il ne voulut point comprendre qu'on pût s'humilier à tel point pour l'amour de Dieu, il en vint à haïr son fils. Partout où il le rencontrait, il le maudissait. Le tendre cœur de François en souffrait cruellement. Afin de rendre la malédiction paternelle inefficace, il choisit pour père un vieux pauvre nommé Albert (i); celui-ci devait l'accompagner constamment, afin de le bénir aussi souvent que Bernardone le maudissait. « Viens avec moi, lui dit-il, tu auras part aux aumônes qu'on me donnera. Lorsque tu verras mon père Bernardone me maudire, je te dirai : « Bénissez-moi, mon père, alors tu me « béniras à sa place, et tu me souhaiteras du « bien en son nom. » Et s'adressant à Bernardone, il lui dit : « Ne pensez-vous pas que Dieu « puisse me donner un autre père qui me bé- « nisse, pendant que vous me maudissez (2). »
Mais l'ironie de son propre frère ne devait pas non plus manquer au Saint. Un jour d'hiver, mal vêtu, il était en prière dans une église.