Voir Act. s. S., Cet., t. Il, p
2. Matth., 10, 9. 10. — Aujourd'hui, 011 uv lit plus col évtuigile à la messe de l'Apôtre.
Aussitôt, il se dépouilla de ses souliers et de son bâton, et ne garda qu'une longue robe avec une corde pour ceinture. Ce vêtement était d'étoffe dure et grossière. Il voulut par là se rendre méprisable aux yeux du monde, et détruire en lui toute sensualité. Afin d'écarter les maléfices du malin esprit, il donna à cet habit la forme d'une croix. Il régla ainsi sa vie sur celle des Apôtres, et non content d'avoir entendu la parole de Dieu, il la mit en pratique (i).
Ce jour fut celui de lunion de François avec la pauvreté, alliance qui procura des avantages immenses à l'Église et au monde. « Cette innombrable famille franciscaine, dit Chayin de Malan (2), qui a renouvelé la face de l'Eglise et du monde, est née de l'union de François avec la pauvreté. Dieu a béni ce saint mariage ; il leur a dit : « Allez, croissez et multipliez ! » Et cette parole féconde a reçu un merveilleux accomplissement. » Personne ne comprit alors que François pût tendre la main à une fiancée aussi délaissée, aussi abandonnée qu'était la pauvreté. On le prit pour un insensé. Mais lorsque les fruits de cette alliance vinrent à paraître, tous les arts rivalisèrent entre eux pour l'immortaliser. Dans sa Divine Comédie, Dante célèbre l'amant séraphique de la pauvreté ; Bossuet appelle François le plus brûlant, le
1. CÉLANO, Vita I, 1. I, c. ni, n. 22. -^ Très socii, c. 11, n. 25. — S. BoNAV., c. III, n. 26, 27.
2. Chavin de m AhA^, Histoire de saint François d'Assise, i855, p. 37.
LE FONDATEUR D ORDRE
plus enthousiaste, le plus téméraire amant de la pauvreté que l'Eglise ait jamais vu. L'architecture produisit des merveilles pour le glorifier, et la peinture considéra comme un saint devoir de surpasser tous les autres arts dans la louange du téméraire amant delà pauvreté.
François se mit alors à prêcher publiquement la pénitence; la pauvreté évangélique, le zèle de Tapôtre ne lui faisaient pas défaut ; seule l'approbation ecclésiastique lui manquait ; mais son débordant amour pour les âmes compensait, en quelque manière, cette lacune. Ses discours étaient de courtes et simples allocutions dans lesquelles, en dehors des églises publiques et par occasion seulement, il invitait les auditeurs à faire pénitence et à rentrer en euxmêmes. Ses paroles, pleines d'un feu dévorant, étaient remplies de TEsprit-Saint et jetaient dans l'admiration ceux qui les entendaient. Un changement étonnant s'était produit en lui; vivant dans le ciel et daignant à peine jeter un regard sur la terre, un sens céleste animcdt ses discours. Il débutait toujours par ces mots : « Que la paix du Seigneur soit avec vous! * C'était aussi sa salutation ordinaire, et ces simples mots avaient souvent les effets les plus surprenants. Beaucoup d'hommes qui se haïssaient, se réconcilièrent, s'aimèrent d'un amour véritable et devinrent zélés pour leur salut éternel (i).
I. CÉLANO, Vita /. 1. 1, c. IV, n. '2'A. — Très socii. c. ii, n. 2(). — S. BoNAv., c. m, ii. 27.
D'autres, en grand nombre, le suivirent dans la voie de la pénitence, renoncèrent au monde ou s'en séparèrent après avoir distribué leurs biens aux malheureux.
Rien d'étonnant que cette prédication ait opéré tant de merveilles; d'une part, les paroles du Saint lui étaient inspirées par l'Esprit divin, elles étaient surtout appuyées par son propre exemple; d'autre part, Dieu montrait par de remarquables circonstances qu'il voulait en tout se rendre semblable son humble serviteur. Car, de même que le Christ eut en saint Jean un précurseur, de même, il y eut, avant l'entrée en scène de François, un homme qui parcourait les rues d'Assise en répétant sans cesse : « Paix et bien ! » Il disparut aussitôt que le Saint commença à se faire entendre (i).
Paix et bien ! Quel magnifique programme ! Ce que le pécheur perd avant tout par le péché, ce qu'il regrette le plus, c'est la paix du cœur. Aucun bien terrestre ne la remplace ; la pénitence seule en procure le retour et, avec la paix, reparaît aussi le bien, dont le péché avait causé la perte. C'est pourquoi François excitait à la pénitence et promettait en retour, ainsi que l'avait annoncé son mystérieux précurseur, la paix et le bien, la paix et le bonheur.
Il crut dès lors qu'il devait consacrer sa vie à prêcher, à pratiquer la pénitence; c'était là, pensait-il, sa vocation. Il n'avait jamais songé