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qui avaient le plus besoin de missionnaires. Le Saint se rembarqua avec le Frère Illuminé, pour se rendre en Egypte, à l’armée des Croisés qui assiégeait Damiette.
La discorde régnait alors au camp des Croisés ; les chevaliers méprisaient souverainement les hommes de pied. L’infanterie répondait en accusant les chevaliers de lâcheté. Une émulation séditieuse animait les uns et les autres, et, afin de montrer qui aurait plus de valeur, ils contraignirent le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, à livrer bataille. Cette décision affligea profondément le serviteur de Dieu qui venait d’arriver au camp des Chrétiens. Il dit à Frère Illuminé : “ Le Seigneur m'a fait connaître que les chrétiens auront ‘le , désavantage dans cette bataille. Si je le dis hautement, je passerai pour un insensé : si je ne le dis pas, ma conscience en sera chargée. Que vous en semble ? — Mon Père, répondit Frère Illuminé, peu vous importe le jugement des hommes ; d’ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que l’on vous regarde comme un insensé. Déchargez votre conscience, et craignez Dieu plus que tout le monde.” Et le Héraut du Christ donna aux Croisés des avis salutaires, prédisant les malheurs du combat. Mais la passion enivrait les esprits et les paroles du Saint furent prises pour des rêveries. La bataille fut livrée le vingt-neuvième jour d’Août, par une chaleur excessive: les Chrétiens perdirent six mille hommes sans compter les prisonniers. Cette perte
fut l’accomplissement de la prophétie de François, -t elle fit comprendre qu'on n'aurait pas dû mépriser ses conseils si pleins de sagesse,
Cependant l’homme de Dieu, après avoir passé de longues heures dans la prière, se lève avec un “visage rayonnant de confiance, et il prend le chemin du camp des infidèles, en chantant ces paroles du Prophète : “ Maintenant, Seigneur, que vous êtes avec moi, je ne craindrai aucun mal, quand même je marcherais au milieu de l’ombre de la mort.” On lui représenta le danger d’une telle entreprise et l'ordre du Soudan qui promettait un besant d’or à quiconque lui apporterait la tête d’un chrétien ; rien ne put arrêter cet intrépide Chevalier de Jésus- Christ. Deux brebis qu’il rencontra d’abord lui causèrent une grande joie: il dit à son Com-
.-pagnon : “ Mon Frère, ayez confiance au Seigneur,