‹ Vie de saint François d'Assise [microforme]Chapitre 18 sur 32 · FÉES · texte numérisé non relu

FÉES

la parole de l'Evangile s’accomplit en nous: Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.” En effet, un peu plus loin une bande de Sarrasins se jeta sur eux, comme des loups sur des brebis. Ces infidèles les chargèrent de coups et d'insultes, et les conduisirent bien garottés, au Soudan qui léur demanda pour qui, pourquoi et comment ils étaient envoyés. François répondit avec tout le courage de son cœur: “Ce ne sont pas les hommes, c'est le Très Haut qui m'envoie, pour vous montrer à vous et à votre peuple, la voie du salut, en vous annonçant les vérités de l'Evangile.” Et il précha aussitôt avec une merveilleuse ferveur

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et une force admirable un seul Dieu en trois Personnes, Jésus-Christ, Sauveur de tous les hommes. C'était l’accomplissement de ces paroles : “ Je vous donnerai des paroles et une sagesse auxquelles tous vos ennemis ne pourront résister ni rien opposer.” Le Soudan, frappé d'un tel courage, écouta volontiers et l’engagea instamment à demeurer avec lui. François dit: “ Je resterai avec vous, si vous et votre peuple, vous vous convertissez pour l'amour de Jésus-Christ. Si vous hésitez à quitter la loi de Mahomet pour la loi du Christ Jésus, faites allumer un grand feu, et j'entrerai dedans avec vos prêtres, afin que vous voyiez par à quelle est la Foi qu'il faut suivre, — Je ne crois pas, répondit le Soudan, qu'aucun de nos prêtres veuille entrer dans le feu ni souffrir quelque tourment pour sa religion.” Il fit cette réponse, parce qu'a la proposition du feu, il avait vu s’esquiver en secret et promptement un des plus anciens et des notables. François reprit : “ Si vous me promettez d'embrasser la religion chrétienne, j'entrerai seul dans le feu: si je suis brûlé, qu'on l’impute à mes péchés : mais, si Dieu me conserve, vous reconnaîtrez Jésus-Christ pour vrai Dieu et Sauveur de tous les hommes.”

Le Soudan lui avoua qu'il n'osait accepter ce parti, par crainte d’une sédition. Il offrit alors à François de riches présents : cet amant de la Pauvreté les méprisa comme de la boue. Le Soudan de son côté, craignant que quelques-uns des siens,

touchés des paroles de cet homme de Dieu, ne se convertissent et ne passassent à l’armée des chrétiens, le fit conduire en sûreté et avec honneur au <amp devant Damiette. |

O homme vraiment heureux, s’écrie ici saint Bonaventure, qui, bien que son corps n'ait pas été déchiré par le fer du tyran, n’a pas perdu la ressemblance avec l’Agneau divin immolé ! Oui, dis-je, homme vraiment heureux, qui n’a pas succombé sous le glaive des persécuteurs, et qui pourtant a reçu la palme du martyre.

Pendant qué François demeura en Egypte, il ne fit pas grand fruit parmi les Infidèles ; mais ses paroles furent une semence féconde, dont ses dis- Ciples envovés depuis par les Pontifes Romains recueillire:t une abondante moisson.

Les Sarrasins ne furent pas le seul objet du zèle de François. Il travailla encore au salut des Chrétiens de l’armée des Croisés, et il y en eut quelquesuns qui se rendirent ses disciples. L’Evêque d’Acre, Jacques de Vitry, écrivant à ses amis de Lorraine Sur la prise de Damiette, leur apprenait que Reïinier, Prieur de Saint-Michel, était entré dans l'Ordre des Frères Mineurs ; que trois des principaux de son clergé l’y avaient suivi; qu'il avait peine à. retenir le Chantre et d’autres qui voulaient em-. brasser le même état, À quoi il ajoute: “Cette Religion se répand fort dans le monde, parce qu'elle | imite exactement la forme de la primitive Eglise, | €t la vie des Apôtres.”

VIE DE SAINT-FRANÇOIS 135 Dieu, ne se x des chré- Les plus anciens monuments de l'Ordre assurent

onneur au qu'après quelques mois de séjour en Egypte, le saint Patriarche alla en Palestine, visita les saints

ici saint Lieux, et fonda la mission Franciscaine de Terreait pas été Sainte, en laissant alors à Jérusalem, quelques-uns srdu la res- de ses disciples. Il dressa la tente de ses Frères Oui, dis-je, sur la sainte montagne de Sion, mais il ne put rien L succombé leur confier, on ne lui avait rien confié à lui-même. pourtant a Les Catholiques ne possédaient plus alors un seul

pouce de terrain en Terre-Sainte. C’est à force de gypte, il ne patience, au prix de mille sacrifices et même de S: mais ses leur propre vie que nos Pères acquirent peu à peu

ont ses dis- et conservèrent à la Catholicité ses plus précieux es Romains Sanctuaires, Deux mille de nos Religieux ont en-

duré le martyre du sang, pour la garde de ces bjet du zèle Sanctuaires et pour la conservation de la Foi parmi

ut des Chré- la chrétienté de la Palestine, et plus de six wille

ut quelques- JB sont morts martyrs de la charité, au chevet des êque d’Acre, pestiférés, victimes eux-mêmes de la terrible épide Lorraine démie,

que Reinier, À la chute de Ptolémaïde en 1291 (date lugubre), ans l'Ordre avec les Croisés tout avait disparu de Palestine, et incipaux de JW clergé et fidèles, Ordres monastiques et Ordres vait peine à À militaires; nos Pères sew/s restèrent, au milieu de ulaient em-Æ la désolation générale, au milieu du sang et des

xte : “Cette ruines, pour continuer, dans la mesure du possible, parce qu'elle : l'œuvre des Croisades ; et tout le monde convient itive Eglise, Æ quil est glorieux pour les Frères Mineurs d’avoir M Cté seuls commis par les Souverains Pontifs à la

garde des Saints-Lieux, au nom de toute l'Eglise,

offrant à Dieu les vœux communs de tous les Fidè!es, dans les Lieux mêmes que Notre-Seigneur a sanctifiés par sa divine présence. Mais les Enfants de Saint François en rappo t toute la gloire à leur séraphique Père, persua :s que cette grande prérogative de leur Ordre, est à l'égard de leur bienheureux Patriarche une récompense spéciale, à cause de son grand amour pour la Croix de son divin Maître, récompense dont ils jouissent par une merveilleuse disposition de la sagesse et de la bonté divines.

De la Palestine, François se rendit à Antiochel et passa par la Montagne noire, où se trouvait un célèbre Monastère de l'O = de Saint Benoit L’Abbé qui était mort depuis ,eu, avait prédit quil viendrait bientôt un saint homme, chéri de Dieu, Patriarche d’un grand Ordre; mais pauvrement vêtu et de chétive apparence. Les Religieux ainsi prévenus de son arrivée, vinrent processionnellement au-devant de lui, et le reçurent comme un

envoyé de Dieu. François demeura quelques jours

avec eux et la sainteté qu'ils reconnurent en sa personne gagna si bien leurs cœurs qu'ils embrassèrent son Ordre, remettant tous leurs biens à la disposition du Patriarche d’'Antioche. Quelques autres Monastères suivirent leur exemple; et en. peu d’années, il se forma dans le pays une Province! florissante.

Saint François, après avoir ainsi visité les Croisés en Egypte, prêché aux Musulmans la Foi en Jésus-

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Christ et posé en Orient les fondements de son Ordre, revint en Italie, Il débarqua à Venise en 1220. De là il se dirigea vers Assise, s’arrêtant dans les principales villes, sur son passage, annonçant la parole de Dieu, selon sa coutume, prêchant la pénitence et semant partout de nouveaux prodiges sur ses pas.

C’est à sa chère Portioncule que l'homme de Dieu reçut la nouvelle que les Frères envoyés au Maroc, avaient généreusement versé leur sang pour Jésus- Christ. En l’apprenant, le saint Patriarche tressaillit d'une joie céleste, et les yeux mouillés de larmes, il s'écria: “C'est maintenant que je puis dire en toute assurance que j'ai eu cinq véritables Frères Mineurs.” Puis, se tournant du côté de l'Espagne et saluant le Couvent V'où ils étaient partis pour aller au martyre : “ Maison sainte, dit-il, terre sacrée, tu as produit et offert au Roi du Ciel cinq belles fleurs pourprées, d’une odeur très suave. O maison sainte ! sois toujours habitée par des Saints !”

Les reliques des glorieux martyrs furent une bénédiction pour la terre de Portugal où elles reposaient ; elles donnèrent bientôt à l'Eglise et à l'Ordre de saint François, un de leurs enfants les plus saints, une de leurs pures illustrations. Un jeune Portugais, chanoine régulier, Fernandez de

Bouillon, issu d’une des premières familles du pays,

alors âgé de vingt-cinq ans, se trouvant à Coïmbre, lors de la translation solennelle du corps des martyrs, sentit naître en son cœur un ardent désir

de vivre et de mourir pour Jésus-Christ. Il sollicita et obtint l’habit des Frères Mineurs, reçut le nom d'Antoine, et, guidé par l’Esprit-Saint, il arriva de monastère en monastère, d’épreuve en épreuve, à Sainte-Marie-des-Anges, où il trouva saint François

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