‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 116 sur 242 · A LA PORTIONCULE · texte numérisé non relu

A LA PORTIONCULE

Tavait suivi. Hélas, sa folie, si folie il y a, est de celles doDt la contagion n*est guère redoutable.

11 sentait que la Règle à cet égard ne saurait être trop précise et que si, par malheur, on ouvrait la porte aux interprétations, on ne pourrait plus s'arrêter. La suite des événements et les convulsions périodiques qui ont travaillé son Ordre montrent assez combien il avait raison.

J*ignoreetTeux ignorer si les théologiens sont arrivés

à une conclusion scientifique sur la pauvreté de Jésus^ mais il me paraît évident que la pauvreté avec le travail des mains est vraiment le but idéal marqué par le Galiléen aux efforts de ses disciples.

Au reste, la pauvreté franciscaine ne se confond, — on a dû s'en apercevoir — ni avec Torgueil insensible du stoïcien, ni avec l'horreur stupide de certains dévols pour toutes les joies: saint François ne renonçait à tout que pour mieux posséder tout. Il y a dans la vie de l'immense majorité de nos contemporains Terreur fatale que plus on possède, plus on jouit. Nos libertés extérieures, civiles, augmentent sans cesse; mais du même pas, nos libertés intérieures s'en vont; combien n'y en a-t-il pas qui sont à la lettre possédés de ce qu'ils possèdent ^ ?

. La pauvreté ne permit pas seulement aux frères de se mêler aux pauvres et de leur parler avec autorité, mais leur enlevant tout souci matériel, elle les laissa jouir sans entraves de ces trésors cachés que la nature réserve aux purs idéalistes.

1. Nihil volebat proprietnfis habcre ut omnia plenius pouet in Domino possidere. B. de Besse, 102 a.

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La muraille toujours plus épaisse que la yie moderne, avec sa recherche maladive du cooforl ioutile» établit entre nous et la nature, n*existait pas pour ces hommes

pleins de jeunesse et de vie, avides d'espace et de grand air. C*est de là qu*esl venu à saint François et à ses compagnons ce sentiment si vif de la nature qui les faisait vibrer mystérieusement avec elle. Celte communion était si intime, si ardente, que TOmbrie avec la poésie harmonieuse de ses horizons, Téciosioa joyeuse de son printemps, est encore le meilleur document à étudier sur eux. Le lien est si indissoluble, qu'après avoir vécu un certain temps en compagnie de saint François, on ne peut s'empêcher, à la lecture de cerluias passages de ses biographies, de voir l'endroit oii le trait s'est passé, d'entendre le bruit confus des êtres et des choses à ce moment, absolument comme en lisant certaines pages d'un auteur aimé, on entend le son de sa voix.

Le culte des premiers Franciscains pour la pauvreté n'eut donc rien d'ascétique ni de farouche; rien qui rappelle les slylites ou les nazirs; elle fut pour eux une fiancée, et en vrais amants, ils ne sentaient pas les fatigues qu'ils enduraient pour aller la trouver ou rester auprès d'elle,

La lor concordia e'ior lieti sembianti, Âmor e maraviglia e dolce sg^oardo

Facean esser cagiou de' pensier sauti^

Tracer le portrait d*un chevalier idéal au commencement du XI II'' siècle, c'est tracer le portrait même de

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