c. &e; a Gel. 1, 13; Bon
9.Bon. 30;3Soc. 30; 31j 3Cel.3, 53. Cf. Ftor. 2. Le dragon de ce soDge symbolise peut-être Thérésie.
3. Bon. 83; 172; Fior. i, 16; Conform. 48 a 1 et 110 b 1 ; 2 Gel. 3,51.
A LA PORTIONGULB iS7
sait pas exactement l'époque de son entrée dans l'Ordre* mais OQ n'est probablement pas loin de la vérité en la plaçant yers I2ii. D'une naïveté charmante, tendre, afîectueux, délicat, il est avec frère Elie, c^lui qui a eu le plus grand rôle dans ces années obscures où le mouvement réformateur s*élaboratt.
Devenu confesseur et secrétaire de François, traité par lui comme son fils de prédilection, il excita bien des susceptibilités et fut jusqu'à la fin de sa longue vie le dief de Tétroite observance ^.
«Un jour d'hiver, saint François allait de Pérouse à Notre-Dame des Anges avec frère Léon, et le froid qui ^tait très yif les Cuisait grelotter ; il appela frère Léon qui marchait un peu en avant et lui dit : «O frère Léon, plaise à Dieu que les Frères Mineurs par toute la terre donnent nn grand exemple de sainteté et d'édification ; écris cependant et note avec soin que ce n'est pas là, la joie parfaite. »
Saint François allant un peu plus loin, l'appela pour la seconde fois : «0 frère Léon, si les Frères Mineurs rendaient la vue aux aveugles, guérissaient les infirmes, chassaient les démons, rendaient l'onle aux sourds, faisaient marcher les boiteux et parler les muets, ou même ce qui est bien plus, s'ils ressuscitaient des morts de quatre jonrsi écris que ce ne serait pas là, la joie parfaite.»
£t allant un peu plus loin, il lui cria : cO frère Léon, si le Frère Mineur savait toutes les langues, toutes les
scienceâ et les écritures, s'il savait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets
1. Bernard de Besse, Bc laudibus^ Ms. de Turin, 102 b et 96a. U mourut le 15 nov. 1271. A. SS. Aususti, t. II, p. 221.
Vi£ Dfi S. FBANÇOIS
des conaciencea et des &meB, écris qu'en cela ne consiste pas la joie parfaite.»
Allant un peu plus loin, saint François l'appela encore : < O frère Léon| petite brebis de Dieu, si le Frère Mineur savait |iarler la lan^pie des anges, s'il connaissait le cours des astres et les vertus dos plantes \ si tous les trésors de la terre loi étaient révélés et qu'il connût les vertus des oiseaux, des poissons et de tous les animaux, celles des hommesi des arbres, des pierres, des racines et des eanx, écris que ce n'est pas là, la joie parfaite.»
£t avançant encore un peu, saint François l'appela avec force : « O frère Léon, si le Frère Mineur savait si bien prêcher qu'il convertît tous les infidèles à la foi du Christ, écris que ce n'est pas là, la joie parfaite.»
£n parlant ainsi ils avaient déjà fait plus de deux
milles et frère Léon plein d'étonnement lui dit: tPère, je vous prie de la part de Dieu de me dire eu quoi consiste la joie parfaite. >
Et saint François lui répondit ; < Quand nous serons à Notre-Dame des Anges, trempés par la pluie, gelés par le froid, couverts de boue, mourant de faim, nous frapperons, et le portier viendra tout en colère et dira : Qui êtes-vous? — et nous répondrons: Nous sommes deux de vos frères. — Vous mentez, dira-t-il, vous êtes deux ribauds qui allez séduisant le monde et volant l'aumône des pauvres gens. Partes d'ici ! et il ne nous ouvrira pas, mais nous laissera dehors grelottants dans la neige et dans l'eau, glacés, affamés, jusqu'à la nuit.
Alors, si ainsi maltraités et renvoyés nous supportons tout patiemment sans murmurer contre lui, si nous pensons avec humilité et charité que ce portier vérita* blement nous connaît| et que Dieu le £sit ainsi parler contre nous, ô frère Léon, écris que c'est là la joie parfaite. Au-dessus de toutes les grftoes et de tous les
A LA POaTlOiNCLLE
dons que le Saint-Esprit concède à ses amis, est la grâce de se vaincre soi-même et de souffrir Tolaatiers pour ramovr du Christ les peines, les injures, les opprobros et les mauvais traitements ^ »
Quoique» par son tour gracile et quelque peu mièvre,
ce récit rappelle les sveltes statues du quatorzième siècle, il est devenu célèbre à juste-titre : Tinspiration en est bien franciscaine ; cet idéalisme transcendaut, qui fait de perfection et joie, deux termes équivalents, et montre cette joie parfaite dans la pure et sereine région du perfectionnement de soi-même ; cette sublime simplicité qui remet si bien à leur vraie place le thaumaturge et le savant, tout cela n'était peut-être pas absolument nouveau > ; mais saint François a dû avoir une singulière force morale pour imposer ainsi à ses contemporains des idées qui étaient en contradiction si absolue avec leurs habitudes et leurs aspirations, car laristocratie intellectuelle du treizième siècle tout entière a mis la joie parfaite dans la science, pendant que le peuple la mettait dans les miracles.
Sans doute il ne faut pas oublier les grandes familles mystiques qui, à travers le moyen âge, ont été le refuge des plus belles âmes, mais elles n'ont jamais eu cette belle simplicité. L'École est toujours plus ou moins le portique de ce mysticisme; il n'est possible qu'à une élite de raffinés ; une paysanne pieuse ne comprend guère l'Imitation.
On pourrait dire que toute la philosophie de saint