Spee. 103 a; Fior. 10; a. Conform. 50 b 1, 175 a
L HOMME INTÉaiELB SI LE THACMATUAGB 211
soupirs daqad passe la YÎsion d'un état sodal noa-
veau.
Il Tient rappeler que le bonheur de rhomme, la paix de son cœur, la joie de sa yie, D*est ni dans Targent, ni dans la science, ni dans la force, mais dans une volonté droite et sincère : Paix aux hommes de bonne volonté!
Le rôle qu'il avait joué à Assise dans les débats de ses concitoyens, il l'aurait voionliers joué dans tout le reste de la Péninsule, car jamais personne n a rêvé une rénovation sociale plus complète, mais si le but est le même que pour beaucoup de révolutionnaires venus après lui, les moyens sont complètement différents : sa seule arme fut Tamour.
L'évéoement lui a donné tort. A part les illuminés de la Marche d'Ancône et les FraiiceUi de noire Provence, ses disciples ont à Tenvi méconnu sa pensée ^.
Qui sait si personne ne se lèvera pour reprendre son œuvre ? La fureur des spéculations véreuses n'a-t-elle
4. En ce qui concerne: 1° la fidélité à la Pauvreté; Tinter- | ' diction de modifier la Règle ; S*» l'égale autorité du Testament et de la Règle ; 4» la demande de privilèges en cour de Ivome ; 5^ Télé- ' ^ vation des frères à de hautes charges ecclésiastiques ; la défense ' absolue de se mettre en opposition avec le clergé séculier; T*» interdiction des grandes églises et des riches couvents. Sur tous ces points et bien d'autres encore Tinfidélité à la volonté de François était complète dans l'Ordre moins de vingt-cinq ans «près sa mort. On peut épiloguer sur tout cela; le Saint-Siège, en interprétant la Kègle, a eu le droit canonique pour lui, mais libertin de Casai, en disant qa'eUe était parfaitement daîre et n'avait pas besoin d'interprétation, avait le bon sens de son cdté, qoe cela lui suffise 1 Ei ut êtupor çuare queritur expoHtio êuper Utteram sU operfam quia nuUa e$t diffiouUaêinregulœ inlelligenHa {Arbor vilœ erueifixm, Venise, 1485, lib. V, cap 3. Sanetm vir Bgidius ianto ejulatu elamato 9uper regulœ dutrueHonêm quam «tdeto quod iffnaranti" hu9 viam êpiritus quiui viMatur inêanus. /d. Ibid,
212 YIK DE S. FRANÇOIS
pas fait assez d6 victimes! N'y en a-t-il pas beaucoup parmi nous qui s*apcrçoiyeQt que le luxe est un trompe rœil? que si la vie est un combat, elle u'est pas une tuerie où des bâtes féroces se disputent une proie, niais qu elle est la lutte avec le divin, sous quelque forme qu*il se présente» vérité» beauté ou amour? Qui sait si ce dix-DCUvième siècle agonisant ne se soulèvera pas de son suaire pour faire amende honorable et léguer à son successeur une parole de foi virile?
Oui, le Messie viendra. Celui qui a été annoncé par Joachîm de Flore et qui doit inaugurer un nouveau cycle de l'histoire de l'humanité, paraîtra* L'espérance ne confond point. Il y a, dans nos Babylones modernes et dans les chaumières de nos montagnes, trop d'àmes qui soupirent mystérieusement l*hymne de la grande vigile : /^ora^e cœli desuper et nubespluant Justum^, pour que nous ne soyons pas à la veille d'un enfantement divin*
Toute origine est mystérieuse. Cela est vrai de la
matière, mais encore davantage de celte vie supérieure à toutes les autres qui s'appelle la sainteté: c'est dans la prière que François trouvait les forces spirituelles qui lui étaient nécessaires; aussi recherchait-il le silence et la solitude. S'il savait batailler au milieu des hommes pour les gagner à la foi, il aimait, suivant la parole de Celano, à s*envoler comme Toiseau, pour aller se faire un nid sur la montagne^.
1. CicuXf répandez votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le Ju.stc. Antienne du temps de TAvent.
2. In foramibus petrœ nidificahat, 1 Cel. 71. Sur le6 prièrOB de François, V. Ibid. 71 et 72; 2 Gel. 3, 38-43; Bon. 138-143. Cf. 1 Gel. a; 01; 108;3Soc.8; 12; etc.
l'hommb intérieur et LB THADHATDRCB 213
Poor les hommes vraiment pieux, la prière des lèvres,
roraison formulée n'est guère qu*uoe forme inférieure de la vraie prière. Même lorsqu'elle est sincère et attentive, et non pas une répétition machinale, elle n'est qu*un prélude pour les âmes que le matérialisme religieux n'a pas tuées.
Rien ne ressemble plus à la piété que Tamour, Les formulaires de prières sont aussi incapables de dire les émotions de Tàme, que des modèles de lettres d'amour de dire les transports du cœur passionné. Pour la piété vraie comme pour l'amour profond, la formule même est déjà une sorte de profanation.
Prier, c'est parler à Dieu, nous élever à lui, pour qu*il descende vers nous, converser avec lui. C'est un acte de recueillement, de réflexion, qui suppose les efiforts de ce qu'il y a en nous de plus personnel.
Envisagée dans ce sens, la prière est la mère de toutes les libertés et de tous les affranchissements.
Qu'elle soit ou non, un soliloque de l'âme avec ellemême, ce soliloque n'en serait pas moins le fond même des puissantes individualités.
Chez saint François comme chez Jésus, elle a ce caractère d'effort qui en fait l'acte moral par excellence. Pour connaître véritablement de pareils hommes, il faudrait pouvoir les accompagner, suivre Jésus sur les sommels oii il allait passer les nuits : trois privilégiés, Pierre, Jacques, Jean, l'y suivirent un jour, mais pour décrire ce qu'ils avaient vu, tout ce qu'un viril sursum corda ajouta au rayonnement et à la mystérieuse grandeur de celui qu'ils adoraient, ils ont été obligés de recourir à la langue des symboles.
Il en fut de même pour saint François. Pour lui
st
214 VIB DB S. FEANÇOIS
comme pour son Maitre, le terme de la prière, c'est la ^
communion avec le Père céleste, c'est laccord du divin i et de rhumain, ou plutôt, c'est Thomme qui s'efforce | de faire l'œuvre de Dieu, ne lui disant pas seulement UQ Fiat passif, résigoé, impuissant, mais qui se relève vaillamment: «Me voici, Seigneur, prêt à faire votre volonté. J>
« Il y a d'insondables forces au fond de Tftme humaine, j
parce qu au fond il y a Dieu lui-même, d Que ce Dieu soit transcendant ou immanent; qu'il soit l'Un, le Créateur, le Principe éternel et immuable ou qu'il soit, comme le disent les docteurs d'outre-Rhin, l'objectivation idéale de notre moi, là n'est pas la question pour les héros de > rhumanité. Le soldat au milieu de la bataille ne philosophe pas pour savoir ce qu'il y a de vrai ou de faux dans le sentiment patriotique; il prend ses munitions et se bat au péril de sa vie. Les soldats des combats spiri- ! tuels cherchent de môme leurs forces dans la prière, dans la réflexion, la contemplation, l'inspiration : tous, I poètes, artistes, initiateurs, saints, législateurs, prophètes, conducteurs de peuples, savants, philosophes, c'est à cette même source qu'ils vont puiser. |
Mais ce n'est pas sans peine que l'ftme s'unit à Dieu, , ou si l'on aime mieux, qu'elle se trouve elle-même. Une prière n'aboutit à la communion divine que si elle a commencé par être une lutte. Le patriarche d'Israël, couché près de Bélhel, l'avait déjà deviné, le Dieu qui passe, ne dit son nom qu'à ceux qui l'arrêtent et lui font violence pour le savoir. Il ne bénit qu'après de longues heures de combat.
L'Évangile a trouvé un mot intraduisible pour nous dire ce caractère des prières de Jésus ; il compare la
L HOMM£ INTfiAlBUA £T LB THAUMATU&GB 215
luUe qui précéda Timmolatioa volontaire du Christ» à Tagonie: Factui in agoniaK On peut dire de sa TÎe qu elle a été une longue tentation, une lutte, une prière, puisque ces mots n'expriment que des moments diflTérents de Tactivité spirituelle.
Ck>mme leur Maître, le» disciples et les successeurs du Christ ne peuvent conquérir leur âme qu'à force de persévérance. Mais ces paroles, vides de signification pour les conventicules dévots, oot eu pour les génies religieux un sens tragique.
Rieu de plus faux, historiquemeot, que les saints qui ornent nos églises avec leur attitude mignarde, leurs airs coDtristés, ce je ne sais quoi d*anémique, et d*émacié, on dirait presque d'émasculé, qu'il y a dans tout leur être ; ce sont de pieux séminaristes élevés sous la directioa desaint Alphonse deLiguori ou de saint Louis de Gonzague, ce ne sont pas des saints, c'est-à-dire des violents qui oot forcé les portes du ciel.
Nous touchons à un des côtés les^plus délicats de la vie de François : ses relations avec les puissances diaboliques. Les mœurs et les idées ont si profondément changé, en ce qui concerne Texistence du diable et ses relations avec les hommes, qu'il est à peu près impossible de se figurer la place énorme que la pensée des démons a occupée jadis dans les préoccupations des hommes.
Les meilleurs esprits du moyen âge ont cru, sans le moindre doute, à Texistence de TEsprit malin, à ses transformations perpétuelles pour tacher de teoler les hommes, et les faire tomber dans ses pièges. En plein