‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 153 sur 242 · CHAPITRE GÉNÉRAL DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE GÉNÉRAL DE

Hélas, il dut bientôt se résigner à ces liens dorés, contre lesquels il oe cessa pourtaot de protester jusqu*à son dernier souille^ ; naais on se condamnerait à ne rien comprendre à son œuvre» si on fermait les yeux à la violence morale que lai fit en cela la papauté.

Un coup d'œii jeté sur le recueil des bulles adressées aux Franciscains, suffit à montrer avec quelle ardeur il lutta contre les faveurs si avidement recherchées d'ordinaire par les ordres monastiques ^.

Une foule de traits de la légende mettent ce dédain de François pour les privil^es en pleine lumière. Ses intimes eux-mêmes ne comprenaient pas toujours ses scrupules :

«Ne vois-tu pas^ loi dirent-ils un jour, que souvent les évêques ne nous permettent pas de prêcheri et nous font rester plusieurs jours sans rien fiûre, avant que nous

1 . Prœeipio firmiter pcr obedientiam fratribus univerais quod ubieunque sunt, non audeant petere aliquam litteram in Curia Ramona, Teat, B, Fr,

% La comparaison avec le BaUaire des Frères Prâchears est surtout instructive: lors de leur premier Chipitre à N. D. de ProutUe en 1310 ils sont une quiniatne; il n'y a donc U, i ce moment^ absolument rien qui puisse être comparé au mouvement franciscain qui agitait déjà l'Italie presque enUère. Or, tandis que la première bulle en faveur des Franciscains porte la date du 11 Juin 1219, et Tapprobation proprement dite ceUe du 29 nov. 1223, on voit Honorius III dès la fin de 1216 prodiguer aux Dominicains les marques de son affection : 2^2 déc. 1210 Beligiosam vitam. Cf. Pressuti / regesti, dcl PutUcficc Onorio III ^ Roma 1884. t. I, n«>175; môme date: Nos attcndcntcs ibid. 17G; 21 janvier 1217, gratiarum omnium ibid, no 243. V. 28i, 1039, lir)6, 1208. Il est inutile de continuer celte énuiiiéralion. On jfourrait en faire d'à peu près semblables pour les autres ordres; d'oiï la conclusion, que si les Frères Mineurs sont seuls oubliés dans cette pluie de faveurs, c'est qu'ils l'ont bien voulu. Il est vrai que, sitôt après la mort de François, ils rattrapèrent le temps perdu.

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puisfiionfi annoncer la parole de Dieu. H vaudi'ait mieux obtenir dans ce but un privilège du pape, et ce seimît pour le bien des âmes. »

«C'est par l'humilité et le respect, leur répondit-ii vivement, que je veax convertir d'abord les prélats, car lorsqu'ils nous auront vus humbles ot respectueux à leur égard, ce sont eux qui nous prieront de prêcher et de convertir le peuple.. Quant à moi je ne demande à Dieu aucun privilège, sinon celui de ne point en avoir,

d'être plein de respect pour tous les hommes, et de les | convertir, comme le veut notre Bègle, plus par nos ' exemples que par nos discours ^ » \

La question de savoir si François avait tort ou raison dans son antipathie pour les privilèges de la curie, n'est pas du domaine de Tbistoire; il est évident | que cette attitude ne pouvait se prolonger : TÉglise ne connait que des ûdèles ou des révoltés. Mais c'est souvent à des compromis de i:e genre que s*arrêtent les plus nobles cœurs; ils voudraienl que l'avenir sortit du | passé sans secousses et sans crise.

Le chapitre de 1217 fut marqué par rorgaaisatioa définitive des missions franciscaines : Tltalie et les autres contrées à évaugéliser furent divisées en un certain nombre de provinces ayant chacune son ministre provincial. Dès les premiers jours de son avènement ' (18 juillet 1216), Honorius lil avait cherché à ranimer le zèle populaire pour la croisade. Il ne se contentait pas de la prêcher, il en appelait à des prophéties assurant que sous son pontificat la Terre-Sainte serait

1 . L'autbenUcité de ce passage est mise hors de doute par la cita* lion qu'en fait libertin de Casai Arehio, JIl, p. 53. Cf. Speo, 30 a, Cimfarm. 111 b 1; 118b 1 ; Ubertîa, Arbor vitm crue. III, 3.

CnAPITRB GiaitiXL DB 1217

reconquise^* Le renouveau de ferveur qui s'ensuivit et se répercuta jusqu'en Allemagne, eut sur les Frères Mineurs une profonde influence. Cette fois François, peut-être par humilité, ne se mit pas à la téle des frères chargés de la mission en Syrie; il leur donna pour conducteur le fameux Elle, auparavant à Florence, où il avait eu Toccasion de montrer ses hautes qualités-.

Ce frère, qui désormais sera au premier plan de cette

histoire, sortait des rangs les plus humbles de la société; on ignore la date et les circonstances de son entrée dans rOrdre, ce qui m'a amené à l'hypothèse de voir en lui cet ami de la grotte, qui servit de conlident à François, un peu avant sa conversion définitive. Quoiqu'il en soit, pendant sa jeunesse, il avait gagné sa vie à Assise, en faisant des matelas et en enseignant à lire à quelques eoiants; puis il avait passé un certain temps à Bologne comme scriplor^ et on le trouve tout à coup parmi les Frères Mineurs chargé des plus dilliciles missions.

Ses adversaires proclament à Tenvi qu'il fut la plus belle intelligence de tout son siècle; mais on a malheureusement beaucoup de peine, dans Fétat actuel des documents, à se prononcer sur ses actes: instruit et énergique, désireu}^ de jouer le premier rôle dans Tceuvre de la réformation religieuse, et ayant son plan arrêté d'avance sur la façon de la réaliser, il alla droit

1. Burehardi ehronieon ann, 1217, loe. cit.f p. 377. Vmr aussi les bnUes indiquées par Potthast 5575, 5585*93.

2. Avant 1217 la charge de mini^itre existait virtuellement, quoique son institution définitive ne roinonte qu'à 1217. Fr. Bernard, dans sa mission à Bologne par exemple (1212?), exerça bien en ({uelque sorte la charge de ministie.

VIB DE 8. FBANÇ0I8

Il son but, mî-polilique, mi-Feligieux. Plein d*admiratian

et de recoQoaissaoce pour Fiaoyois, il voulait disci^ plioer et consolider le mouvement de rénovation. Dans le cénacle franciscain où Léon, Junipère, Ei^ide et taul d'autres représentent Tesprit de liberté, la religion des simples et des humbles, la poésie ensoleillée de l'Ombrie, frère Élie représente l'esprit scientiûque et ecclésiastique, la prudence et la raison.

11 eut de grands succès en Syrie» et reçut dans TOrdre un des disciples les plus chers à François, Césaire de Spire» celui qui devait plus tard conquérir en moins de deux années toute TAIIemagne du Sud (i 231—1223), et qui finit par sceller de son sang sa fidélité à la stricte observance, quli défendait contre les entreprises de Irere Élie lui-même*.

Césaire de Spire offre un brillant exemple de ces âmes en peine, altérées d'idéal, si nombreuses au treizième siècle, qui couraient de tous côtés, cherchant d'abord dans la science, puis dans la vie religieuse, de quoi étancher la soif mystérieuse qui les tourmentait : disciple de Técolàtre Conrad , il s*était senti entraîné par le désir de réformer l'Église; encore laïque, il avait prêché ses idées, non sans quelque succès, puis* qu'un certain nombre de dames de Spire commeucèreol à mener une vie nouvelle; mais leurs maris s*étan( fâchés, le prédicateur, pour échapper à leur vengeance, dut se réfugier à Paris, et partit, de là pour TOrient ou il retrouva, dans la prédication dos Frères Mineurs, ses

1. Incarcéré par ordre d* ËUe, il serait mort à la suite de» coups qu'on lui donna un jour qu'il s'était promené hors de sa prison. Tribut. U a.

GHàPITRB GiN^RAI. DE 1217 235

aspirations et ses rêves. Cet exemple montre combien était général 1 état d'atteote des âmes» lorsqu*éclata rÉrangile franciscaiD, et combieii les voies lui étaient partout préparées.

Mais il est temps de revenir au chapitre de 1217 : les frères partis pour l*Aliemagne , sous la conduite de Jean de Penna, furent loin d'avoir le même succès

qu'Elie et ses compagnons; ils ignoraient complètement la langue des pays qu*ils allaient évangéliser. Peut-être François ne s*était-ii pas rendu compte que si l'italien pouvait suffire, à la rigueur, dans tous les pays baignés par la Méditerranée, il ne pouvait en être de même dans l'Europe centrale ^.

Le sort du groupe parti pour la Hongrie ne fut pas plus heureux. Bien souvent» il arriva aux missionnaires de se dépouiller de tous leurs vêtements, et de les donner aux paysans et aux bergers qui les maltraitaient, pour tftcher de les apaiser ainsi. Mais incapables de comprendre ce qu'on leur disait, aussi bien que de se faire entendre, ils durent bientôt songer à retourner en Italie. Il faut savoir gré aux auteurs frauciscains de nous avoir conservé le souvenir de ces échecs, et de n'avoir pas cherché à montrer les frères sachant tout d'un coup toutes les langues par inspiration divine, comme on le raconta si souvent plus tard 2.

Ceux qui avaient été envoyés en Espagne eurent aussi bien des persécutions à subir. Ce pays était, comme le midi de la l*rance, ravagé par l'hérésie; mais elle y était réprimée dès lors avec vigueur. Les Francis-

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