Jord
2. 1 Gel. 57 ; Bon. 133-138 ; 154 «t 155 ; 2 Gel. 3, S ; Canfarm. llSbS; 114a2; Spee.^h; Fior. 24.
s. DOMINIQUE ET S. FRANÇOIS 259
dans la manière de François : il conduisit tous ses amis au port et leur exposa ses perplexités: «Les gens du bateau, leur dit-il, refusent de nous prendre tous, et je n ai guère le courage de faire uu choix parmi vous, TOUS pourriez croire que je ne vous aime pas tous également, nous allons donc tâcher de connaître la volonté de Dieu.» En même temps il appela un enfant qui jouait près de là, et celui-ci se prêtant avec joie au rôle providentiel qu'on lui demandait, désigna du doigt les onze frères qui devaient partir*.
Nous ignorons Titinéraire suivi. Un seul souvenir de ce voyage nous est parvenu : celui du châtiment infligé dans l'ile de Chypre à frère Barbaro, qui s'était rendu coupable d'une faute que le maître détestait par-dessus tout, la médisance. Il était implacable pour les lâchetés de langage si coulumières aux gens pieux, et qui souvent font un enfer des maisons religieuses en apparence les plus paisibles. La vilenie lui parut cette fois d'autant plus grave qu'elle avait été dite en présence d'un étranger, un chevalier de la contrée. Celui-ci eut un instant de stupeur, lorsqu'il entendit François ordonner au coupable de prendre et de manger un crottin d'âne qui était là et ajouter: ail faut que la bouche qui a distillé le venin de la haine contre mon frère, mange cet excrément. ]> Une telle indignation, aussi bien que l'obéissance du malheureux, le remplirent d'admiration 2.
Il est bien probable, comme Ta pensé Wadding, que
les missionnaires débarquèrent à Saint-Jean d'Acre. Ils
i. Confarm, 113 b 2. Cf. A. SS., p. 611.
3. 2Cel. 3,92; Spec. 30b; Cf. 2 Gel. 3,115; Conform. i42bl. Cet épisode pourrait à la rigaeor se rattacher au retour.
260 VIE OB s. FRANpOIS
y arrivèreot vers le milieu de juillel^ : C*est sans doute
aux environs de celle ville que frère Elle s'elait établi depuis un ou deux aos. François s*y sépara de quelques-uns de ses compagnons qu'il envoya prêcher de divers côtés» et lui-même, peu de jours après» se rendit en Egypte, où lous les eilorls des Croisés se conceotraient autour de Damiette.
Dès l'abord il fut navré de 1 état moral de Tarniée chrétienne. Malgré la présence de nombreux prélats ei du légat apostolique, elle était désorganisée par l'indiscipline. 11 en fut si affecté que comme on parlait de bataille il crût devoir la déconseiller, annonçant que les chréliens seraient infailliblement battus. On se aïoqua de lui, et le 29 août, les*Croisés ayant attaqué les Sarrasins, essuyèrent une terrible déroute 2,
Ses prédications eurent un merveilleux succès. Le terrain était, il faut le dire, mieux prépare que tout autre pour recevoir la semence nouvelle; non pas certes que la piété y fut vivante, mais dans ce ramassis d'hommes, venus là des quatre coins de TEurope, les inquiets, les voyants, les illuminés, les altérés de justice et de vérité, coudoyaient les coquins, les aventuriers, les iiiïames d'ur et de pillage. Capables de beaucoup de bien ou de beaucoup de mal, au gré d'impulsions momentanées, dégagés de ces liens de la famille, de la propriété, des habitudes qui enlacent d'ordinaire la volonté et ne permettent qu'exceptionnellement un oomplel
1. Avec la manière de naviguer à cette époque, le voyage exigeait de vingt à trente jours. On trouvera le diarium d*une traversée
semblable dans Huillard-Bréholles, Hisl. DipL, t. 1, 898 901. Cf. Ibid. Inlrod., p. GGGXXXI.