‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 180 sur 242 · TfiM. : Mao. Ltur. 12b; man. Magl. 7i b · texte numérisé non relu

TfiM. : Mao. Ltur. 12b; man. Magl. 7i b

2. Luc 9, 4-6. Tribut. i% h: Et fecerunt de régula prima ministri removere,,. Il faut que cela ait ou lieu au chapitre du 29 sept. 1220, puisque la suppresâioa est faite dans la Règle de 1221.

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adressé? C'est le secret de l'histoire, mais on peut penser qu'il y eut alors dans sa vie une de ces tempêtes morales qui enlèvent aax plus forts toutes leurs facultés, et ne laissent dans les cœurs meurtris qu'une iuéaarrable souffrance.

Quelque chose de ces douleurs a passé dans Témouvant récit que les biographes nous ont laissé de son abdication.

«Désormais, dit-il aux Irèresi je suis mort pour toub ; j

mais voici frère Pierre de Catane, auquel vous et moi / nous obéirons tous. » £t se prosternant devant lui, il / lui promit obéissance et soumission. Les frères ne pouvaient retenir leurs larmes et leurs gémissements en se | voyant en quelque sorte devenir orphelinsi mais François se leva et joignant les mains, les yeux levés an ciel : . « Seigneur, dit-il, je vous rends cette famille que vous m'aviez confiée. Maintenant vous le savez, très doux Jésus, je n'ai plus la force et les qualités pour continuer à en prendre soin; je la confie donc aux ministres. Qu'ils soient responsables devant Vous au jour du jugement, si quelque frère par leur négligence ou leur mauvais exemple, ou par un trop dur châtiment, venait à s'égarer ^

Les fonctions de Pierre de Gatane devaient durer fort peu de temps ; il mourut le 10 mars 1221

Sur celle période de quelques mois, les renseigne-

1. 2 Gel. 3, 81 ; Spec. 26; Confarm. 175 b 1 ; 53 a ; Bon. 76 ; A. SS., p. 020.

S. L'épitaphe de son tombeau, qui existe encore à N. D. des Anges, porte cette date: Voir Portioneula^ von P. Btamàbaê au$ dem SUai$> Rixheim 1884, p. 111. Cf. A. 8S., p. 680.

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meots surabondent : rien de plus naturel, puisque Fran*

Qois resta à la PorlioDcule pour s acquitter de la tâche qui lui avait été confiée, et qu'il y vécut entouré de frères qui devaient plus lard se rappeler tous les traits dont ils furent témoins. Quelques-uns révèlent la latte dont son âme était le théâtre. Désireux de se montrer soumis, il se trouvait pourtant harcelé du besoin de secouer toutes les chaînes et de s'envoler comme autrefoiS) pour ne vivre et ne respirer qu*en Dieu seul. Voici un souvenir bien naïf, mais qui mériterait, semble-t-il, d'être plus connu ^.

Un jour, un novice qui pouvait, mais non sans quelque peine^ lire le psautier, obtint du ministre général, c'est-A-dire du vicaire de saint François, 1a permission d'en avoir un. Cependant, comme il avait appris que saint François ne voulait pas que les Frères eussent ni la eupidité de la science, ni celle des livres, il ne voulait avoir son psautier qu'avec son assentiment. Or, saint François étant venu au monastère où était le novice : «Mon Père, lui dit-il, ce me serait une grande consolation d'avoir un psautier \ mais quoique le ministre général m'y ait autorisé, je ne voudrais pas Tavoir à votre insu.» — «Regarde l'empereur Oharles, loi répondit saint François avec feu, Koland et Olivier et tous les Paladins, les valeureux héros et les preux chevaliers, c'est en combattant les Infidèles, en peinant Qt en travaillant jusqu'à la mort qu'ils ont remporté leurs fiuneuses victoires ! Les saints martyrs, eux aussi, ont voulu mourir pour la foi du Christ en pleine bataille ! Mais maintenant il y a beaucoup de gens qui prétendent,

i. Spec. 9 b; Arbcr. V, 3; Conform, 170 a 1 ; 2 Gel. 3, 124. Cf. Uberlin, Archiv 111, p. 75 et 177.

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en racontant simplement leurs prouesses, mériter la gloire et les honneurs. Oui, parmi nous aussi, il y en a beaucoup qui prétendent, en récitant et en prêchant les œuvres des saints, recevoir gloire et honneur, comme s'ils les avaient faites eux-mêmes 1 »

Quelques jours après, saint François était assis

devant le feu, et le novice s'approcha de lui pour lui parier de nouveau de son psautier. «Quand tu auras ton psautier, lui dit celui-ci, tu voudras avoir un bréviaire, et quand tu auras un bréviaire, tu t'assiéras dans une chaire comme un grand prélat, et tu feras signe à ton compagnon: «Apportez-moi mon bréviaire ! » Saint François avait dit cela avec beaucoup de vivacité, et prenant de la cendre, il la répandit sur la tête du novice

en répétant : «Voilà le bréviaire, voilà le bréviaire»

«Plusieurs jours après, saint François était à la Portioncule et se promenait non loin de sa cellule près de la maison, sur le bord de la route, lorsque ce même frère revint l'entretenir de son psautier. « £h bien I va, lui répondit-il, tu n'as qu'à faire ce que te dira ton ministre.» Après ces paroles le novice s'en allait, mais François se mit à réfléchir sur ce qu'il avait dit et tout à coup, appelant le frère, il lui cria: « Attends-moi 1 Attendsmoi I» Lorsqu'il l'eut rejoint : «Reviens un peu sur tes pas, je te prie. Où étais -je lorsque je t'ai dit de faire pour le psautier ce que te dirait ton ministre ?»• Alors s'agenouillant à l'endroit désigné par le frère, il se prosterna à ses pieds : «Pardon, mon frère, pardon ! car celui qui veut être Frère Mineur ne doit avoir rien d'autre que ses vêtements.»

Ce long récit n*est pas seulement précieux parce qu*il nous montre, jusque dans les plus petites choses, le conflit enire H François des premières années^ ne rele-

vant que de Dieu et de sa couscienoe, et le François de

1220 devenu UQ moiue soumis, daos un ordre approuvé par l'Église romaine, mais aussi parce que c'est uoe de ces rares pages où sou btyie se marque avec un réalisme naïf. Ces allusions aux romans de chevalerie et cette liberté d allures qui liront une ])artie de son succès sur les masses, s'éliminèrent de sa légende avec une incroyable rapidité. Ses fils spirituels n*ont peut-être pas eu bonté de leur père à cet égard, mais ils s'attachent tellement à relever ses autres qualités qu'ils oublient un peu trop le poète, le troubadour, lejoculator Domini»

Des fragments, postérieurs de plus d'un siècle à Thomas de Celano, qui relatent des traits de ce genre, portent par cela même un cachet d'authenticité.

Il est assez diflicile de se rendre un compte exact de la part que François prit encore k la direction de l'Ordre. Pierre de Calane^ et plus tard frère Élie, sont qualifiés tantôt de ministres généraux, tantôt de vicaires, souvent aussi les deux termes se suivent comme dans le récit précédent. Il est bien probable que cette confusion dans les mots correspond à une confusion égale dans les faits. Peut-être même a-t-elle été voulue. Après le chapitre de septembre i220, les affaires de l'Ordre passent entre les mains de celui que François avait nommé ministre général, tandis que les frères, ainsi que la papauté, ne lui donnaient que le titre de vicaire. Il était urgent pour la popularité des Frères Mineurs que François conservât une apparence d'autorité, mais la réalité du gouvernement lui avait échappé.

La pensée qu'il avait portée dans son sein jusqu'en 1209, et enfantée alors dans la douleur, prenait main> tenant son vol, oubliant son berceau, comme ces fils de

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nos eolrailles que nous soyons tout à coup s'éloigoer de nous» sans que nous puissions nous y opposer, car c*est là la vie, mais non sans qu*il se produise en notre cœur une sorte de déchirement. Mater dolorosa! Ah! ils reviendront sans doute s'asseoir avec piété au foyer paternel, peut-être même auront-ils besoin, à une heure de détresse morale, de venir se blottir comme autrefois dans le giron naaternel, mais ces retours fugitifs, enfiévrés, ne feront qu'aviver la blessure des pauvres parents, lorsqu'ils verront repartir d'un pas pressé^ celui qui porte leur nom, mais ne leur appartient plus.

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