LA RÈGLE DE
Dieu qui nous a donné tout son corps, toute sou âme, tonte sa vie, et noas les doime encore à tons, chaque jonr. Il noue a créés, il noas a sauvés par sa seule miséricorde : il a été et il est encore plein de bonté pour nous, pour nous méchants et misérables, pourris et fétides, in- ^ats, ignorants, manyais. Ne désirons donc rien d'autre, ne veuillons rien d'autre, que rien d'autre ne nous plaise ou n'ait d'attrait pour nous, sinon le Créateor, le Rédempteur, le SauTenr, seul et vrai Dieu, qui est plein de bien, qui est tout bien, qui est le vrai et le souverain bien, qui seul est bon, pieux et débonnaire, snaye et doux, qui seul est saint, juste, vrai, droit, qui seul a la bénignité, Tinnocence et la pureté; de qui, par qui et en qui est tout le pardon, toute la grâce, toute la gloire de tous les pénitents, de tous les justes et de tous les saints qui se réjouissent dans le ciel.
Que pins rien donc n'empêche, que plus rien ne sépare, que plus rien ne retarde, et que tous, tant que nous sommes, en tout lieu, à toute heure, en tout temps, chaque jour et sans cesse, noas croyions véritablement et humblement. Ayons dans le cœur, aimons, adorons, servons, louons, bénissons, gioriiions, exaltons, magnifions, remercions le Dieu très haut, souverain, éternel, Trinité et Unité, Père et Fils et Saint-Esprit, Créateur de tous et de ceux qui croient et espèrent en lui, et de ceux qui l'aiment. U est sans commencement et sans fin, immuable et invisible, inexprimable, ineffable, incompréhensible, insaisissable, béni, loué, glorieux, exalté, sublime, très haut, suave, aimable, délectable et toujours digne d'être désiré par-dessus tout dans tous les siècles des siècles* Amen.
Ces naïves répétitions n'ontp-elles pas un charme
uiyâtérieux qui s'insinue délicieusement jusqu'au fond
296 VIB DE 8. FRANÇOIS
dtt cœur? N'y a-t-il pas là une swte de sacrement dont
les paroles ne sont que le véhicule grossier? François se , •réfagie en Dieu, comme Fenrant va se jeter dans le seiu de sa mère et dans rincohérence de sa faiblesse et de sa joie, lui balbutie tous les mots qu*il sait, et par lesquels il ne veut que répéter leternel «je suis à toi j> de Tamour et de la foi.
Il y a là aussi quelque chose qui rappelle, non seulement par les citations, mais surtout par riospiration même de la pensée, ce qu'on a nommé la prière sacerdotale du Christ. L'apotre de la pauvreté y apparaît comme soulevé entre ciel et terre par la violence de son amour, consacré sacrificateur d'un culle nouveau par Tonction intérieure et irrésistible de TEsprit. Il n'immole pas, comme le prêtre du passé, il s'immole, et porte dans son cœur toutes les douleurs de l'humanité.
Autant ces paroles sont belles au point de vue mys- , tique, autant elles correspondent peu à ce qu'on attend d'une règle; elles n'en ont ni la précision, ni les formes brèves et impératives. Les Iranslorma lions qu'elles allaient subir, pour devenir le code de 1223, étaient donc fatales, étant donné Tiatervention définitive de rËglise de Rome pour diriger le mouvement franciscain.
11 est probable que ce projet de règle, tel que nous l'avons aujourd'hui, est celui qui a été distribué au chapitre de la Pentecôte de 1221. Les variantes, parfois capitales, que l'on trouve entre les divers textes, peuvent n'Atre que la trace de corrections proposées par I les ministres provinciaux. Une fois admise Tidée de considérer ce document comme un projet, on est bien vite amené à penser qu'il avait déjà subi une première révision rapide, une sorte d'éiagage, oii l'autorité
LA aiCLB PB 1221
ecclésiastique aura fait disparaître les dispositions CD coDtradicUoQ flagrante avec ses projets sur rOrdre.
Si l'on se demande qui a pu faire ces retraDchements, un nom vient aussitôt aux lèvres, celui d*HugoHn« Il en critiqua les proportions exagérées» le manque d'unité et de précision. Plus tard» on raconta que François avait vu en songe une multitude de frères affamés venir à lui, sans qu'il fût capable de les rassasier, parce qu'il ne trouvait autour de lui que d*inQombrables miettes de pain qui se perdaient entre ses doigts. Alors une voix vint du ciel lui disant: «François, de toutes ces miettes fais une hostie avec laquelle tu nourriras ces affamés^. 9
Il n'est guère hasardé de penser que c'est là l'écho imagé des conférences qui eurent lieu alors entre François et le cardinal ; celui-ci put lui suggérer, par cette comparaison» les défauts essentiels de son projet. Tout cela se passa sans doute pendant le séjour de François à Rome» au commencement de J22i.
Avant d'y arriver» il faut jeter un coup d'œil sur les analogies dinspiration et même de style» qui unissent la Règle de 1221 à une autre des œuvres de saint François» celle qai est connue sous le titre d'Admonitions^. C'est une série d'avis spirituels sur la vie religieuse, intimement unis» pour le fond et pour la forme» à l'œuvre qui vient d'être examinée. Le son de voix