LA RÈGLE DE
saurait le dire. Celle qui leur fut donnée ^ en 1289 par le pape Nicolas IV, est simplement la refonte et l'amalgaoïe de toutes les règles de confréries laïques qui existaient à la fin du treizième siècle. L'attribution de ce document à saint François n'est autre chose que l'ajustement dans l'édiQce nouveau de quelques pier*' s vénérées d'une construction ancienne. C*est une affaire de façade et d'ornementatiou, rien de plus.
Malgré cette absence d'une règle émanant de François lui-même, on peut voir clairement ce que devait être, dans sa pensée, cette association. L*Évangile, avec ses conseils et ses exemples, devait en êlro la véritable Règle. La grande nouveauté visée par le Tiers Ordre fut la concorde: celle fraternité était une union de paix, et '< apportait à l'Ëurope étonnée une nouvelle trêve de Dieu. Que le refus absolu de porter les armes - ait été un idéal tout chimérique et éphémère, les documents sont là pour le prouver, mais il est déjà bien beau d*avoir eu la puissance de le susciter pour quelques années.
La seconde obligation essentielle des Frères de la Pénitence semble avoir été celle de réduire le plus possible leurs besoins, et tout en conservant leur fortune,
1. BuUe Supra montem da 17 août 1289. Potthatt 29044. M. Mûller a dit sur les origines de eeUe bulle une étude lumineuse, qui peut être considérée, dans les points essentiels, comme définitive {Anfânge, p. 117-171). Par cette bulle, Nicolas IV, — ministre gén^ des Frères Mineurs avant de détenir pape, — cbercha i attirer entre les mains de son Ordre la direction de toutes les assoeiatlons laïques pieuses (Tiers Ordre de saint Dominique, des Oaudentes, des Humiliés, etc.). Il voulut aussi par là donner un essor plus grand à ces confréries qui dci eiiilaient directement de la cour de Rome, et augmenter leur puissance en les uniAant.
2. V. Bulle Significatum est du 16 déc. 1221. Gf. Supra mon- Um, cap. VII.
de dislribuer aox pauvres, à iotenralles réguliers, la part
de reveou restée disponible, après s être cooteolé du strict nécessaire^.
Accomplir avec joie les devoirs de son état; donner aux moindres actions une inspiration sainte ; retrouver dans les iotinimeal petits de lexisLence, en apparence la plus banale, les parcelles d*une œuvre divine; rester pur de toute préoccupation avilissante; user des choses comme ne les possédant pas, comme les serviteurs de la parabole qui auront bientôt à rendre conipte des talents qui leur ont été confiés ; fermer son cœur à la haine, et rouvrir tout grand aux pauvres^ aux malades, h tous les abandonnés, tels étaient les autres devoirs esseotiels des Frères et des Sœurs de la Pénitence.
Pour les jeter dans cette voie royale de liberté, d^amour, de responsabilité, François faisait quelquefois appel a\x^ terreurs de l'enfer et Si\i\ joies du paradis, mais Tamour intéressé était si peu dans sa nature, que ces considérations et d autres du même genre occupent une place tout à fait secondaire dans les pages qui nous sont restées de lui, comme aussi dans ses biographies.
La vie évangélique, pour lui, est naturelle à Tâme. Quiconque la connaîtra, la préférera; elle n*a pas plus besoin d'être prouvée que le grand air et la lumière* Il suflSt d*y conduire les prisonniers, pour leur ôter tonte envie de retourner dans les cachots de Tavarice, de la baine ou de la futilité.
François et ses vrais disciples font donc la pénible ascension des grandes cimes, uniquement, mais irré*
1. La Règle du Tiers Ordre des Humiliés, qui date de 1201 con- Uent une clause semblable. Tiraboscbi, t. 11, p. 132.
LA AÈGLS D£ 1221
sisUblemeoi poussés par la voi\. iotérieure. Le seul secours étranger qu'ils acceptent, c*est le souvenir de Jésus les précédant sur les hauteurs et revivant mystérieusement sous leurs yeux par le sacrement de r£ucharistie.
La lettre à tous les chrétieas où ces idées débordent, nous est un vivant souvenir des allocutions de saint François aux Tertiaires.
Pour nous représenter ces derniers sous une forme tout à fait concrète, nous pouvons recourir à la légende du B. Luccbesiodont la tradition a fait le premier Frère de la Pénitence*.
Originaire d'une petite ville de Toscane/ il la quitta pour se soustraire à des haines politiques, et vint s'établirà PoggibOQsi, non loin de Sienne, où il continua à faire le commerce des grains. Déjà riche, il ne lui fut pas diflicile d'accaparer les blés pour les revendre en temps de disette, et réaliser d énormes bénéfices. Mais bientôt, bouleversé par les prédications de François, il rentra en lui-même, distribua tout son superflu aux pauvres, et ne garda que sa maison avec un petit jardin et un flne.
On le vit dès lors, s adonner à la culture de ce coin déterre, et faire de sa maison une sorte d*hôtellerie, où les pauvres et les malades aflluaient; non seulement il les accueillait, mais il allait à leur recherche jusque dans les Maremmes infectées par la malaria^ et revenait
1. Dans les A. SS. Aprilis t. II, p. GOO-GIG. Oiiando de Chiusi reçut aussi l'habit des mains de François. V. Itistimmenlnm etc. ci-dessus p. XG. La Fraternité franciscaine, sous l'influence des autres tiers ordres, perdit ra|)idement ses caractères spécifiques. Quant à cette appellation de troisième ordre, elle a eu sûrement à l'origine un sens hiérarchique, auquel s'est superposé peu à peu un sens chronologique. Toutes ces questions deviennent singulièrement plus claires quand on les rapproche de ce qu'on sait sur les Humiliés.
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souvent avec uq malade à califourcbon sur les épaules,
et précédé de son âne chargé d*un fardeau semblable. Les ressources du jardin étant forcément très limitées^ lorsqu'il n'y avait plus moyen de faire autrement, Lucchesio prenait une besace et s'en allait mendier de porte en porte» mais la plupart du temps c'était inutile, car les pauvres» le voyaol si laborieux et si bon, étaient plus contents des quelques maigres légumes qu'il mangeait avec eux que du plus copieux repas. Devant leur bienfaiteur si joyeux dans son dénùmenty ils oubliaient leur misère, et les murmures habituels de ces malheu* reux se transformaient en paroles d'admiration et de reconnaissance.
La conversion n avait pas tué en lui les liens de la famille: Bona Donna, sa femme, était devenue le meilleur des collaborateurs, et lorsqu'on 1260, il la vit s'éteindre peu à peu, sa douleur fut trop forte pour ôtre supportée: a Tu sais, chère compagne, lui dit-il au moment où elle venait de recevoir les derniers sacrements, coQjbien nous nous sommes aimés pendant que nous servions Dieu ensemble, pourquoi ne resterionsnous pas unis pour nous en aller aux joies ineffables ? Attends-moi. Je veux recevoir, moi aussi, les sacrements et m'en aller au ciel avec loi. »
11 dit et rappela le prêtre pour être administré, puis après avoir tenu dans ses mains celles de sa compagne qui agonisait, et l'avoir réconfortée par de douces paroles, lorsqu'il vit que son âme s'était envolée, il lit sur lui le signe de la croix, s étendit, et appelant avec amour Jésus, Marie et saint François, il s'endormit pour Téternité.