LES FRÈRBS MINEURS ET LA SCIENCE
au moment où Tod se mettait à table, mais ils le Tirent
bientôt arriver, chargé d'une provisioD de morceaux de pain bis qu*il distribua tout joyeux à la noble assistauce. Son hôte, un peu confus, ayant essayé de lui faire quelques reproches après le repas, François lui expliqua qu'il ne devait pas oublier pour un somptueux festin le pain de Taumône dont il se nourrissait tous les jours, et qu'il youlait aussi montrer à ses frères, que la table la plus riche ne vaut pas, pour les pauvres spirituels, cette table du Seigneur ^.
On a vu que, durant les premières années, les Frères Mineurs avaient Thabitude de gagner leur vie en s'engageant comme domestiques. Quelques-uns avaient continué, mais en bien petit nombre. Peu à peu, de ce côté aussi, tout s^était transformé. Sous couleur de servir, les frères entraient chez les plus hauts personnages de la cour pontificale- et devenaient leurs hommes de confiance: au lieu d'être soumis à tous, comme dit la Règle de 1221, ils étaient au-dessus de tous.
Perdant complètement de vue la vie apostolique, ils devenaient des courtisans d*un genre spécial; leur caractère, moitié ecclésiastique, moitié laïque^ les rendait capaUes de remplir une foule de missions déUcates, et de jouer un rôle dans les intrigues variées pour lesquelles ont toujours semblé vivre la plupart des prélats romains ^. Pour protester, François n*avait qu'une arme, son exemple.
c Un jour, raconte le Speculumi le B.. François vint à Rome pour voir l'évêque d'Ostîe (Hugolin), et après
i. 3 Gel. 8, 10 j Bon. «6; Spms. 18 b* ; Conform. 471 a 4.
3. S GeL 8, 61 et es. Cf. EccL 6 le lOttTeDir de Rod. de Rosa.
SI
VIB DB 8. FRANÇOIS
être resté quelque temps ches lui, il rendit aussi visite an cardinal Léon qui avait pour lui une grande dévotion.
On était en hiver \ le froid| le veat| la pluie, rendaient tout voyage impossible, aussi le cardinal le priat-il de passer quelques jours dans sa maison et d'jr prendre sa nourriture, comme les autres pauvres qui venaient manger ches lui «Je te donnerai, ajouta-t-fl,
un bon gite bien à l'écart, où tu pourras, si tu le veux, prier et manger.» Alors frère Ange, Tun des doose premiers disciples, qui demeurait chea le cardinal, dit à François : « Il y a près d'ici, une grande tour écartée et tranquille, tu y seras comme dans un ermitage. » François alla la voir, et elle lut plut. Alors revenant vers le cardinal : «Monseigneur, lui dit-il, il est possible quo je passe quelques jours chea vous.» Celui-ci fut bien joyeux, et frère Ange alla préparer la tour pour le B« François et pour son compagnon.
Mais dès la'première nuit, quand il voulut dormir, les démons arrivèrent pour le frapper. Appelant alors son compagnon: «Frère, lui dit-il, les démons sont venus me frapper avec violence; reste près de moi, je te prie, car j'ai peur seul ici.»
U tremblait de tous ses membres, comme quelqu'un qui a la fièvre. Ils passèrent la nuit tous les deux sans
dormir : « Les démons sont chargés des châtiments de Dieu, disait François; comme un podestat envoie son bourreau pour punir le criminel, ainsi Dieu envoie les démons, qui sont en cela ses ministres.... Pourquoi me les a-t-il envoyés? En voici la raison peut-être : le car* dlaal a voulu être bon pour moî, et j'ai vraiment grand besoin de repos, mais les frères qui vont par le monde, souffrant de la fisim et de mille tribulations, ainsi que tous les autres qui sont dans des ermitages ou dans de pauvres maisons, lorsqu'ils apprendront mon s^our chea
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un cardinal anront un motif de mormare: cNons endurons toutes les privations, diront-ils, tandis que lui a tout ce qu'il peut désirer; je dois pourtant leur donner
le bon exemple; là est ma Traie mission »
De grand matin, il quitta donc la tour et, «ayant tout raconté au cardinal, prit congé de lui pour retourner k l'ermitage de Monte-Colombo près de Rieti: cOn me croit un saint homme, lui dit-il, et voilà qu'il a fallu les démons pour me jeter hors de prison ^»
Ce récit, malgré ses couleurs étranges, montre assez combien il avait Tinstinct de rindépeodance. Comparer rhospitalité d'un cardinal à un emprisonnement! Il ne croyait pas si bien dire, et caractériser d'un mot toute rhistoire^des rapports de l'Église et de son Ordre. . L'alouette n'était pas morte; malgré le froid et la bise, elle prit gaiement son toI vers le yai de Rieti.
On était à la mi-décembre. Un ardent désir de célébrer au naturel les souvenirs de Noël s'était emparé de François. Il s'en ouvrit à un de ses amis, le chevalier Jean de Greccio, qui se chargea de préparer le nécessaire.
Imiter Jésus a été de tout temps le centre même de la vie chrétienne ; mais il faut être singulièrement spiritualiste pour pouvoir se contenter de l'imita tion intérieure. Pour la plupart des hommes* celle-ci a besoin d'être précédée et soutenue par l'imitation extérieure. C'est bien l'esprit qui vivifie^ mais au pays des anges seulement, on peut dire que la chair ne sert de rien.
Pour le moyen âge, une fête religieuse était avant tout une représentation, plus ou moins fidèle, du souvenir