‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 197 sur 242 · CHAPITRE XVII Les Stigmates · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII Les Stigmates

La vallée supérieure de TArao forme, au ceutre même de rilalie, un pays à part, le Casentin, qui durant des siècles a vécu de sa vie propre» un peu comme une Ile au milieu de TOcéan.

Le fleuve en sort au sud par un étroit dé&lé, et de tous les autres côtés TApennin Tenserre d*uae oeînture de montagnes inaccessibles*.

Cette plaine, d'une dizaine de lieues de diamètre, est égayée de jolis villages, bien campes sur des monticules, au pied desquels coule la rivière ; voici Bibbiena, Poppi, Tantique Romena chantée par Dante, les Canoal* dules, et là-haut sur une crête Cbiusi, jadis la capitale du pays, avec les ruines du chftteau du comte Orlando*

La population est aimable et fine: les montagnes Tout tenue à l'abri des guerres, et Ton n'aperçoit de tous côtés que des symptômes de travail, d'aisance, de douce gaieté* On pourrait se croire h chaque instant transporté dans quelque vallée du Vivarais ou de la Provence.

1. Les cols qui conduisent dans le Gasentin sont tons à envinm iOOO mètres d'altitude. Jusqa'à ces dernières années tt vrait aneane route proprement dite.

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Sur les bords de TArno la vacation est toute méri-

dioaale : rdivier et le mûrier se marient avec la vigne. Sur les premières pentes sont des champs de blé coupés par des prairies ; puis vienoeDi les châtaigniers et les chênes ; plus haut encorei le pin, Tépicéa, le mélèze» et enfin le rocher nu.

Parmi toutes les cimes» il en est une qui attire pariiculièrement l'atleolion; au lieu d'avoir un sommet arrondi et comme comprimé, elle se dresse svelte, fière, isolée, c'est rAlveme^.

On dirait une immense pierre tombée du ciel; c'est en effet un bloc erratique, posé là un peu comme une arche de Noé pétrifiée au sommet du mont Ararat. La masse basaltique, taillée à pic de tous côtés, porte à soa sommet un plateau planté de pins et de hêtres gigantesques, accessible par un seul sentier^.

Telle était la solitude qu'Oriando avait donnée à François, et à laquelle celui-ci était venu demander déjà bien des fois le repos et le recueillement.

Assis sur les quelques pierres de la Peaoa^, il n'entendait plus que le bruissement du vent dans les arbres; mais dans les splendeurs de Taurore ou du couchant, il pouvait apercevoir la plupart des contrées sur ies-

1. En France, le mont Aiguille, une des sept merveilles du Daa« phiné, présente le même aspect et la mdme formation géologique. Sainte-Odile rappelle aussi FAlTeme mais en beaucoup plus petit.

2. Le sommet est ;\ 1269 mètres d'altitude. En italien on l'appelle la Fmia, en latin Alvernut. L'étymologie qui a exercé la sagacité des savants paraît être fort simple, le verbe vemare, employé par Dante, signifie faire froid, geler.

3. Nom du point le plus élevé du plateau. A trois quarts d*heiire A peine du monastère, et non à deux heures et demie comme la croisnt ces bons anacborètee. Ceci soit dit an profit des tomistee*.* et dss pèlerins.

quelles il avait jeté la semeDce de rÉvaogile: la Romagne et la Marche d'Ancône, qui se perdent à Thorizon dans les flots de l'Adriatique; l'Ombrie et plus loiu la Toscane y qui disparaissent dans ceux- de la Méditerranée.

L'impression là-haut n'est pas écrasante comme celle que Ton a dans les Alpes : quelque chose d'infiniment doux et calmant tous envahit ; vous êtes assez élevé pour juger les hommes de haut, vous ne l'êtes pas assez pour oublier leur existence.

Outre les grands horizons, François y trouvait d'autres sujets d'enchantement ; dans cette forêt, une des plus belles de l'Europe, vivent des légions d'oiseaux qui, Q ayant jamais été traqués, sont d'une étonnante familiarité^. De subtils parfums montent du sol, où au milieu des bourraches et des lichens, s'épanouissent en nombre fentastique de délicieux et frêles cyclamens.

Il voulut y retourner après le chapitre de i32&.

Celle réunion tenue au commencement de juin fut la dernière à laquelle il assista. La nouvelle Règle y fut remise aux ministres, et la mission d'Angleterre décidée.

C'est dans les premières journées d'août que François s'achemina vers TAlveme. Il n'avait avec lui que quelques frères^ Masseo, Ange et Léon. Le premier avait été chargé de diriger la petite tronpe et de

1. La forêt a été conservée comme une relique, Alexandre IV fulmina l'excommunication contre quiconque abattrait les sapins de TAlverne. Quant aux oiseaux, il sulTit d'avoir passé une journée au monastère pour ôtre émerveillé de leur nombre et de leurs variétés. M. G. Béni» a entrepris à Stia (en Casontin) une coUection omitiiologiqaa qoi comprend déjà plus de 550 variôiét.

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