‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 75 sur 242 · Soc. 11 i Bon · texte numérisé non relu

Soc. 11 i Bon

CHAPIÏKE III L'Église vers 1209.

Saioi FraDÇois a été» autant qu'oo peut l*étre, un

inspiré, mais ce serait faire une erreur grossière que de l'arracher de son siècle et de Tétudier en dehors des circonstances au milieu desquelles il vécut.

Il est vrai qu'il a cru et voulu imiter Jésus, mais ce que nous savons sur le Christ est trop peu de chose pour enlever à la vie de saiot François son caractère d'originalité. La persuasion d'être un imitateur a eu pour résultat de le préserver de toute apparence d'orguetl. Elle lui a permis de prêcher ses idées avec une force incomparable, sans avoir l'air de se prêcher luimême.

Il ne faut donc ni l'isoler ni le montrer trop dépendant. Ces! pendant la période de sa vie à laquelle nous sommes arrivés (1205—1306), que la situation religieuse de l'Italie dut le plus influer sur sa pensée et le pousser dans la voie où il allait entrer.

Le clergé avait des mœurs aussi corrompues que jamais et rendait impossible par là toute réforme sé* rieuse. Si parmi les hérésies, il y en avait de pures et d'honnêtes, il en était beaucoup d*absurdes et d'abominables. Quelques voix s'élevaient bien çà et Ik pour

32 VIB DE S. FRANÇOIS

protester, mais les prophéties de Joachim de Flore pas plus que celles de sainte Hildegarde n avaient pu enrayer le mal. Luc Wadding, le pieux annaliste franciscain, a commencé son ouvrage par cet effrayant tableau. Le progrès des recherches historiques permet de le refaire avec plus de détails, mais la conclusion reste la mémo : sans François d'Assise, l'Église aurait peut-être sombré, et les Cathares auraient été vainqueurs. Le petit pauvre, chassé 'par la valetaille d'Innocent m, sauva la chrétienté.

Il ne peut être ici question de faire une élude approfondie sur Tétat de TÉglise au commencement du treizième siècle; il suilira d'en marquer en quelques lignes les traits principaux.

Dès qu'on jette les yeux, sur le clergé séculier, on est frappé des ravages de la simonie : le trafic des charges ecclésiastiques se fiiisait avec une audace sans bornes; les bénéfices étaient comme à Tencan, et Inno- • cent III avouait qu'il faudrait le fer et le feu pour guérir cette plaie ^. On signalait, comme de stupéfiantes exceptions, > les prélats qui refusaient de se laisser acheter par \qs propinae, les pourboires!

c Us sont de pierre pour comprendre, disait-on des ofliciers de la curie romaine, de bois pour rendre les jugements» de feu pour se courroucer, de fer pour pardonner; trompeurs comme des renards, orgueilleux

1. BuUe du 8 juin 1198, QuamvU. Migne 1. 1, eol. 220: PotUiast

2. Par exemple Pierre, cardinal de Saint-Ghryzogone et ancien évéqae de Ueaux, qui dans une aeule élection refloaà l'offlre éblouiesante de cinq cents marcs d'argent: Alexandre III, éd. Migne, epist. 395.

L*fi6LI8B TEE8 1209 33

comme des laureaax, aussi avides et iosatiables que le MlooUiure ^ ! a

Les louanges doonées au pape Bugèoe III, pour avoir rebuté uq prêtre qui au couiiueucemeot d'uQ procès loi offrait un marc d'or, n*en disent que trop long sur les mœurs de Rome à cet égard

Les évéques, de leur côté, trouvaient mille moyens» souvent répugnaols, d'extorquer l'argent des simples prêtres ^. Violents, querelleurs, batailleurs, ils étaient cbansonnés par le peuple d'un bout à Tantre de l'Europe ^

Quant aux prêtres, ils tâchaient de cumuler les bénéfices, captaient les héritages et se voyaient réduits aux plus vils moyens pour établir leurs bâtards ^.

1. Faseieuluê rerum expetend. et fugiend., t. II, 7, p. 254-255, éd. Brown 1600).

Page 1