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LDTTBS ET TRIOMPHE Gl
déconvenue une de ces blessures qui, chez les hommes vulgaires, ne guérissent jamais.
S*il avait fourai sans compter l'argent englouti par des folies qui permettaient à son tiis de uiarcher de pair avec les jeunes nobles, il ne pouvait se résigner à le voir douoer à pleines mains à tous les mendiants des chemins.
François, sans cesse perdu dans ses rêveries et passant ses journées à errer seul dans la campagne, ne lui était plus d^aucun secours. Les mois s*écoulaient, et la distance entre ces deux hommes grandissait toujours, sans que la douce et insignifiante Pica pût rien faire pour prévenir une rupture qui apparaissait désormais comme inévitable. François n*eut bientôt qu'un désir, celui de fuir la demeure où au lieu d amour il ne trouvait que reproches, tourments, criailleries.
Le fidèle confident de ses premières luttes avait été obligé de le quitter, et cette solitude absolue pesait beaucoup h son cœur chaud et aimant. Il fit ce qu'il put pour en sortir, mais personne ue le comprenait. Les idées qu'il commençait à exprimer timidement, n'amenaient chez ceux, auxquels il parlait que des sourires de moquerie ou le hochement de tète des gens sûrs de leur raison en présence de celui qui marche droit à la folie. II alla même s'en ouvrir à Tévéque, mais celui-ci ne comprît pas davantage des projets vagues, incohérents, remplis d'idées irréalisables et peut-être subversives ^.
C'est ainsi que malgré lui, François était amené à ne rien demander aux hommes, mais à s'élever par la prière
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à l^intuition de la voloolé divioe. La porte des maisons et des cœurs se fermait, mais la voix intérieure allait éclater irrésistible et se faire obéir pour jamais.
Parmi les nombreuses chapelles des aleotoors d'Assise, il y en avait une qu'il aimait particulièremeul, celle de Saiot-Damien. On y arrive en quelques minutes en suivant un sentier caillouteux, à peine frayé sous les oliviers, au milieu de senteurs de lavande et de romarin. Elle occupe le sommet d*un monticule d*où ron découvre la plaine tout entière, mais à travers un rideau de cyprès et de pins qui semblent vouloir dérober au regard Thumble ermitage, et établir entre le monde et lui une idéale barrière.
Desservi par un pauvre prêtre qui avait à peine de quoi se nourrir, le sanctuaire tombait en ruines. Il n*y avait à Tintérieur qu'un simple autel en maçonnerie et en guise de retable un de ces crucifix byzantins si nombreux encore en Italie, où les artistes ont laissé ! transparaître quelque chose des terreurs qui agilaientle XII® siècle. D'ordinaire le Crucilié, qui y est affreusement lacéré de blessures sanglantes, semble ne vouloir inspirer que la douleur et la componction ; celui de Saint-Damien au contraire a une expression de calme et de douceur inexprimables; au lieu de clore les pau- j pières pour s'abandonner sans retour sous le poids de ses douleurs, il regarde, il s'oublie lui-même, et son r^ard pur et clair ne dit pas : /e souffre^ il dit: Venei à
Un jour François priait devant le pauvre autel : c Dieu
i. Ce crucifix est conservé ^ la sacristie de Sanfa-Chiara où lel sœurs l'ont transporté quand eUes quittèrent Saint-Damien. I
LUTTES ET TEIOMPBB
grand et glorieux et vous, Seigneur Jésus, faites jaillir, je vous prie, votre lumière dans les téoèbres de mon esprit. Faites-vous trouver de moi. Seigneur, afin qu'eo toutes choses je a a^Use que suivant voire sainte
TOlODté K »
Il priait ainsi en son cœur, et voilà que peu à peu il loi sembla que ses r^rds oe pouvaient se détacher de ceux de Jésus; il sentait quelque chose de merveilleux se passer en lui et autour de lui. La sainte victime s'animait, et dans le silence extérieur il percevait une voix, qui s'insinuait doucement jusqu'au fond de son cœur pour lui parler un ineffable langage. Jésus acceptait son oblalioo, Jésus voulait son travail, sa vie, toute sa personne et en retour le pauvre abandonné avait déjà le cœur inondé de lumière et de force 2.
Cette vision marque le triomphe définitif de François. Son union avec le Christ est consommée; désormais il pourra s'écrier avec les mystiques de tous les temps : cMon bien-aimé est à moi, et je suis à lui.»
Mais au lieu de s abandonner à l'ivresse de la contemplation, il se demanda bien vite comment il rendrait à Jésus amour pour amour, à quelle action il emploierait cette vie qu'il venait d'offrir. 11 n*eut pas longtemps à chercher ; on a vu que la chapelle où venaient de se célébrer ses noces spirituelles menaçait ruine ; il pensa que la réparer était Toeuvre qui lui était assignée.
Dès ce jour, le souvenir du GruciUé, la pensée de Tamour qui triomphe en s*immolant, devint le centre même de sa vie religieuse et comme Tàme de son