‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 88 sur 242 · i Gel. 15; 3 Soc. âO; Bon. âO · texte numérisé non relu

i Gel. 15; 3 Soc. âO; Bon. âO

LUTTES BT TRIOMPHE

de François, avec sa naïveté, ses exagérations, son \ besoin d'établir entre les paroles et les actions une l ^ oomplète harmonie, une correspondance littérale. '

Après de pareilles émotions, il avait besoin d*étre seal, de savourer sa joie, de chanter sa liberté définitivement conquise» sur tous les sentiers le long desquels il avait tant gémi, tant lutté.

Il ne voulut donc pas retourner immédiatement à Saînt-Damien. Sortant de la cité par la porte la plus voisine, il s'enfonça dans les sentiers déserts qui grimpent sur les flancs du mont Subasio.

On était aux tout premiers jours du printemps. Il y avait encore çà et là de grandes Tondrières de neige, mais sous les ardeurs du soleil de mars, l'hiver semblait s'avouer vaincu. Au sein de cette harmonie mystérieuse et troublante, le cœur de François vibrait délicieusement, tout son être se calmait et s*exaltait ; l'âme des choses ie caressait doucement et lui versait Tapaisement. Un bonheur inconnu Tenvahissait ; pour célébrer sa victoire et sa liberté, il remplit bientôt toute la forêt du bruit de ses chants.

Les émotions trop douces ou trop profondes pour pouvoir être exprimées dans la langue ordinaire, l'homme les chante ; la musique est cependant à cet égard supérieure au chant : elle est par excellence la langue de rîneffable. Le chant atteint presque sa valeur lorsque les paroles ne sont là que pour soutenir la voix. U plus grande beauté des psaumes et des hymnes de l*Église leur vient de ce que chantés dans une langue morte, ils n*ont rien qui mette Tîntelligence en travail ; ils De disent rien, mais ils expriment tout, et se modifiant merveilleusement, comme un accompagnement

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céleste qui suit les émolions du croyant, depuis les luttes les plus angoissées jusqu'aux extases les plus indicibles.

Il cbemiDait donc, aspirant à pleins poumons les eflEluves printaniws, redisant à gorge déployée une de ces chansons de la chevalerie française qu'il avait apprises jadis.

Les forêts qu'il traversait étaient la retraite ordinaire des gens d* Assise et des environs ayant des motib pour se cacher. Quelques brigands mis en éveil par sa voix fondirent tout d*un coup sur lui. — < Qui es-tu ! lui demandèrent-ils. » — « Je suis le héraut du gi aad Roi, et puis, que vous importe? » —

II n'avait pour tout vêtement qu'un vieux manteau, que le jardinier de l'évéque lui avait octroyé sur la prière de son maître ; ils Ten dépouillèrent et le jetant dans un fossé plein de neige ; «Tiens, voilà ta place, pauvre héraut de Dieu.»

Les voleurs partis, il secoua la neige qui le couvrait et après bien des efforts, finit par sortir de la fondrière. Glacé par le froid, n'ayant plus sur lui qu'une pauvre chemise, il reprit pourtant ses chants, heureux de souffrir et de s'habituer ainsi à entendre toujours mieux les paroles du Crucifié ^.

Non loin de là était un monastère. Il y entra et offrit ses services. Dans une pareille solitude, dont les abords étaient si mal fréquentés, on était soupçonneux. On lui permit de se rendre utile à la cuisine, mais on ne lui donna rien pour se couvrir et à peine de quoi manger.

Force lui fut de partir ; il se dirigea vers Gubbio où il savait qu'il trouverait un ami. Peut-être était-ce

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