Soc. 35. U. Anon. Perus, : A. SS., p
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si Fascétisme rattirait, dans un ordre monastique déjà
existant^.
Si les perplexités de l'évéque étaient grandes, celles de François ne Pétaient guère moins. Il était trop fia pour ne pas sentir le conflit qui menaçait d'éclater entre les Frères et le clergé. Il voyait combien les ennemis des prêtres le louaient à outrance, lui et ses compagnons,
i. Plus tard, on a voulu natureUement que François n*ait pas au de meilleur appui que Guide; d'aucuns en ont même lait son direct tenr de conadence (Saint François, Pion éditeur, p. ^)1 Nous avons une preuve indirecte, mai» irrécusable, de la prudence avec laqueUe il faut accepter ces pieuses traditions; François n'annonça même paa à mm évêque (pater el dominuê animarumt 3 Soc. 20) son dessein de fidre approuver la Règle par le pape. Ceci est d'an* tant plus firappant <pie révéque aurait dû être son avocat naturel en cour de Rome, et qu*à défout d'autre raisoUi la politesse la plus élémentaire exigeait qu'il fût prévenu. 11 fout igouter que lea évêques en Italie ne sont pas comme ailleurs des fonetionnaireê difficilement abordables pour le commun des mortels. Presque cbaque village de rOmbrie a son évêque, si bien que leur importance n'est guère plus grande que ceUe d'un curé de canton en France.
Au reste plusieurs documents pontificaux viennent Jeter un triste jour sur le caractère de Guido. Dans un chapitre des décrétalea d'Honoritts III {Quinia eompil Lit, IL TU. IIL Cap. i), est racontée une plainte portée devant la curie contre cet évêque, accusé par les Crucigères de l'hôpital San Salvatore délie Pareil (banlieue d'Assise) . d'avoir maltraité deux d'entre eux et d'avoir volé une partie du vin du couvent: ^»*o co quod Aegidium prabyterum^ et fratrem corum conversum violent as tnanus ivjecerat.... adjiciens quod idem hospitale quadam vini quantitate fuerat per eumdem episcopum spoîiaium. Honorii opéra éd. Horoy, t. I, col. 200 SB. Cf. Potthast 7746. La mention de l'hôpital de Parietc prouve bien qu'il s'agit de l'évêque d'Assise et non de celui d'Osimo comme l'ont suggéré quelques critiques.
Un autre document pontifical nous le montre en lutte avec les Bénédictins du mont Subasio (précisément ceux qui devaient donner la Portioncule à François), et Honorius III donne tort à l'évêque : BttUe Conquerente œconomo monasterii ap. Richter, Corpus juris canonici. Leipsig 1839 in-é«. Horoy, loe. cit., U 1, col. 163} Potthast 7738.
rii£Mi£afi ANiNËË d'apostolat
pour opposer leur pauvreté à 1 avarice et aux richesses des ecclésiastiques» mais il se sentait forcé intérieurement de coutiuuer son œuvre et se serait volontiers écrié avec Tapôtre : Malheur à moi si je rC annonce l' Évangile I
D'autre part les familles des Péuitentç ne pouvaient leur pardonner d'avoir distribué tous leurs biens aux pauvres 9 et les attaques arrivaient de ce coté avec ràpreté de langage et la profondeur de haine que l'on rencontre si souvent chez des héritiers déçus.
Les Frères apparaissaient ainsi comme un danger pour les familles, et beaucoup de parents tremblaient de voir leurs fils aller les rejoindre. Bon gré» mal gré» ils étaient la constante préoccupation de toute la ville. Les bruits fâcheux répandus à plaisir sur leur compte allaient à rencontre du but : volant de bouche en bouche, ils trouvaient bientôt des contradicteurs qui n'avaient pas de peine à en démontrer l'absurdité. Indirectement tout cela servait leur cause et mettait de leur o6té les cœurs, plus nombreux qu'on ne croit, pour lesquels c'est un besoin de défendre les persécutés.
Quant au clergé, il ne pouvait pas s'empêcher de sentir une profonde méfiance à Tégard de ces convertisseurs laïques, qui excitaient bien quelques haines intéressées^ mais qui provoquaient aussi chez les âmes les plus pieuses Tétonnement d*abord» Tadmiration ensuite.
Voir tout à coup des gens sans titres» sans diplômes^
réussir brillamment dans la mission qui nous est officiellement confiée et où nous échouons de la façon la plus piteuse, est un supplice insupportable. N'a-t-on pas m des généraux préférer perdre une bataille» plutôt que
de b gagner avec des troupes franches?
94 VIB DB S. FRANÇOIS
Celte sourde opposition n*a pas laissé de traces
caractéristiques daos les biographies de saint François. On De saurait s'eo étouoer ; Thomas de CelaDO, même s'il avait eu des iodications à cet égard, aurait manqué de tacteo s'easenraot. Ua clergé» du reste, possède mille moyens de travailler Topinion, sans cesser de témoigner à ceux qu'il déteste un religieux iutérêu
Mais, plus saint François se trouvera en contradiction avec le clergé de son temps, plus il se croira flls soumis de rÉglise. En confondant rÉvangile avec renseignement de l'Église, il côtoiera longtemps l'hérésie, sans y tomber jamais. Heureuse naïveté, grâce à laquelle il n*eut pas à se poser en révolté !
Il y avait cinq ans qu'appuyé sur sou bâton de convalescent, il s'était senti envahi par le dégoût des plaisirs matériels. Depuis lors chacune de ses journées avait été marquée par un progrès.
On était de nouveau au printemps. Parfaitement heureux, il se sentait de plus en plus pressé de faire partager aux autres son bonheur, d'aller dire aux. quatre coins du monde comment il y était arrivé.
Il résolut donc d'entreprendre une nouvelle mission. Quelques journées furent employées à la préparer. I^s Trois Compagnons nous ont conservé les directions qu'il donna à ses disciples :
€ Considérons que Dieu dans sa bonté ne nous a pas seulement appelés pour notre salut, mais aussi pour celui de beaucoup de gens, atin que nous allions par le monde, exhortant les hommes, plus par notre exemple que par nos paroles; à faire pénitence de leurs péchés et à se souvenir des commandements. Ne craignez pas, sous prétexte que nous paraissons petits et ignorants, mais annoncez
PRËMlàaE ANNÉ£ d'apostolat
sans inquiétude et tout simplemeat la pénitence ; ayez en Dieui qai a vaincu le monde^ cette assurance que son esprit parlera en vous et par vous, pour exhorter les hommes à se convertir et à observer ses commandements.
€ Vous trouverez des hommes pleins de foi, de douceur et de bonté, qui vous recevront avec joie, vous et vos paroles ; mais vous en trouverez d'autres et en plus grand nombre, sans foi, orgueilleux, blasphémateurs, qui vous injurieront et qui résisteront à vous et à vos paroles, ôojez donc résolus à tout supporter avec patience et humilité.
«Eu entendant cela, les Frères commencèrent à se troubler. Saint François leur dit: N'ayez aucune crainte, car bientôt beaucoup de nobles et de savants viendront à vous; ils seront avec vous, prêchant aux rois et aux priuces et à une multitude de peuples. Beaucoup se convertiront au Seigneur qui dans le monde entier multipliera sa famille et Taugmentera.»
Après qu'il leur eut ainsi parlé il les bénit, disant à
chacun d'eux la parole qui devait rester k Tavenir sa suprême consolation :
€Mon frère, remettez- vous -en à Dieu pour tous vos soucis et il aura soin de vous. »
Alors les hommes de Dieu partirent observant fidèlement ses instructions et quand ils trouvaient une église ou une croix, ils s'inclinaient pour l'adorer et disaient avec dévotion: «Nous vous adorons, ô Clirist, et nous vous bénissons ici et dans toutes les églises qui sont dans le monde entier, car par votre sainte croix vous avez racheté le monde. » Ils croyaient en effet trouver un lieu divin partout où ils rencontraient une église ou une croix.
Quelques-uDs les écoutaient ToIontierSy d'autres se
moquaient d'eux, la plupart les accablaient de questions. D'oà êtes-YOtts? de quel ordre êtes-YOUS? £t euX| quoi* que parfois il fUt fatigant de répondre, disaient simplement : «Nous sommes des pénitents natifs de la ville d'Assise K »
Cette fraîcheur et cette poésie ne se retrouveront plus
dans les missions suivantes. Ici, le fleuve est encore lui-même, ets*il sait vers quelle mer il se bâte, il ne sait rien des rivières plus ou moins bourbeuses qui viendront troubler sa limpidité, ni des digues et des rectifications qu'il devra subir.
Un long récit des Trois Compagnons nous donne une image prise sur le vif de ces premiers essais de prédication :
( « Bien des gens prenaient les frères pour des coquins ou des fous et refusaient de les recevoir dans leurs maisons, de peur d'être volés. Aussi dans beaucoup de localités, après avoir supporté toutes sortes de mauvais traitements, ils ne trouvaient d'autre refuge pour la nuit que les portiques des églises ou des maisons. Il y avait alors deux frères qui étaient allés à Florence. Ils mendièrent par la ville, mais ne purent trouver de gîte. Venant à une maison qui avait un portique et sous le portique un banc, ils se dirent-: « Nous serions bien ici pour passer la nuit. » Comme la dame de la maison refusait de les recevoir, ils lui demandèrent humblement la permission de coucher sur le banc.
£lle venait de le leur permettre quand survint son mari :
1. 3 Soc. 36 et 37. Cf. Anon. Perus. ap, A. SS. p. 585; Te$t. FraneUà,
ra£MJÈaE année daposïûlat
«Pourquoi, dit-il, avez- vous permis à ces ribauds de rester sous notre portique?» La dame répondit qu'elle avait refusé de les recevoir dans la maison, mais qu'elle leur avait permis de se coucher sous le portique où ils ne pourraient jamais yoler que le banc.
Le froid était très vif; mais les prenant pour des voleurs on ne leur donna rien pour se couvrir.
Quant à enz, après n'avoir goûté sur leur i>anc que tout juste assez de sommeil, réchauffes par la seule clialeur divine et n'ayant pour couverture que leur dame la Pauvreté, ils allèrent dès l'aube à l'église voisine pour y entendre l'office.
La dame y alla de son côté et voyant les frères qui restaient dévotement en prière, elle se dit : «Si ces gens étaient des ribauds et des voleurs comme disait mon mari, ils ne resteraient pas ainsi en prière. » £t voici, pendant qu'elle faisait ces réflexions, un homme du nom de Guido faisait l'aumône aux pauvres qui étaient dans Téglise. Venant aux frères, il voulait leur donner une pièce de monnaie, comme aux autres, mais ils refusèrent l'argent et ne voulurent pas le recevoir. «Pourquoi, leur dit«il, puisque vous êtes pauvres, ne voulesvous pas accepter comme les autres?» — «Il est vrai que nous sommes pauvres, répondit frère Bernard, mais la pauvreté ne nous pèse pas comme aux autres pauvres; car c'est par la grâce de Dieu dont nous accomplissons la volonté que nous sommes volontairement devenus pauvres. »
Fort étonné il leur demanda si jamais ils avaient eu quelque chose, et apprit qu'ils avaient possédé beaucoup, mais que pour l'amour de Dieu ils avaient tout donné.... La dame voyant que les frères n'avaient pas voulu les deniers, s'approcha d'eux et leur dit qu'elle les recevrait volontiers dans sa maison s'ils vou-
VIE DE S. Fa.\NÇ01S
laient bien venir y loger. <sc Que le Seigneur vous récompense pour votre bonne volonté , répondirent humblement les frères. »
Mais Guido apprenant qu'ils n'avaient pas pu trouver de gîte, les conduisit dans sa maison en disant : « Voici un refuge qui vous a été préparé par le Seigneur, res* tez-y aussi longtemps que vous voudrez. »
Pour eux, ils rendirent grâces à Dieu et passèrent chez lui quelques jours, lui prêchant la crainte du Seigneur par leur exemple et leurs paroles, si bien que dans la suite il fit aux pauvres de grandes distributions.
Bien traités par lui, ils étaient méprisés par d'autres. Beaucoup de gens, grands et petits, les attaquaient et les injuriaient, allant parfois jusqu'à leur arracher leurs vêtements ; mais eux dépouillés de leur seule tunique ne réclamaient pas sa restitution. Si, ému de pitié, on leur rendait ce qu'on leur avait pris, ils acceptaient volontiers.
U y avait des gens qui leur jetaient de la boue,
d'autres leur mettaient des dés dans la main et les invitaient à jouer ; d'autres se suspendant à leur capuce se faisaient ainsi traîner. Hais voyant que les frères étaient pleins de joie au milieu de leurs tribulations, qu'ils ne recevaient ni ne portaient d'argent, et que par leur amour les uns envers les autres, ils se faisaient reconnaître pour de vrais disciples du Seigneur, beaucoup se sentaient repris dans leur cœur et venaient leur demander pardon des offenses qu'ils leur avaient faites. Eux leur pardonnaient de tout cœur, disant: € Que le Seigneur vous pardonne, > et leur donnaient de pieux conseils sur le salut de leur âme. y
Uoe iraduclion ne peut rendre que bien imparfaitement tout ce qu*il y a dans le latin incorrect des Trois
PREMIÈRE ANNÉE d'aPOSTOLAT
Compagnons» d*émoiioQ cooleDue, de candide simpliciléy de jeunesse pudique» d*amoureuses ardeurs.
Cependant les frères dispersés soupiraient après le retour et les longs entretiens de leur père spirituel dans les tranquilles forêts des environs d'Assise. L'amitié entre hommes a» lorsqu'elle dépasse un certain degré, quelque chose de profond, d'élevé, d'idéal» d'infiniment doux où n'atteint aucune autre amitié. Il n'y avait pas de femme dans le Cénacle» lorsqu'au soir de sa vie Jésus communia avec ses disciples et invita le monde au banquet des noces étemelles.
François surtout était impatient de retrouver sa jeune famille. Ils arrivèrent presque tous en même temps à la Portioncule, ayant déjà oublié, avant d'y être, les tourments endurés, pour ne plus songer qu'à la joie du revoir