‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 103 sur 231 · LIV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS

cet état de souffrances ne l'empêcha pas d'aller jusqu'à Thonon. traiter une affaire importante. Quand on le pressait de se ménager : « Ne faudra-t-il pas mourir bientôt? répondait-il; quel- « ques années de plus ou de moins, ce n'est rien. » Au milieu de ses douleurs, c'était toujours la même sérénité de visage, la même amabilité dans tous les rapports, la même rigueur pour son corps, jusque-là qu'il aima mieux souffrir le froid, qui fut extrême au commencement de 1622, que de se laisser faire des habits neufs pour remplacer les vêtements de dessous, qui, étant tout usés, le garantissaient mal del'àpretédelasaison^ Cedénûment lui plaisait comme un caractère deressemblance avec Jésus-Christ pauvre, et comme un moyen de secourir un plus grand nombre de malheureux, lesquels étaient alors d'autant plus à plaindre, que la récolte précédente avait été très-mauvaise et que la Savoie était couverte de troupes. C'était enfin dans ce saint évèque une disposition déplus en plus parfaite à se sacrifier tout entier pour son devoir ; et, Grégoire XV lui ayant , quelques mois après, donné, par un bref, la mission de présider en son nom au chapitre général des Feuillants, qui devait se tenir à Pignerol, il se disposa à partir aussitôt, n'estimant pas que le respect pour le saint-siége permît le moindre délai dans l'exécution de ses ordres. En vain ses parents et ses amis lui représentèrent que sa santé affaiblie ne lui permettait pas ce voyage, surtout par les chaleurs excessives qui régnaient alors (on était au 22 mai); il se contenta de leur répondre : « 11 faut obéir : Dieu ne m'a « pas trouvé digne de mourir pour la foi parmi les hérétiques. « ni pour la charité parmi les pestiférés ; ne serais-je pas bien- « heureux si je mourais pour l'obéissance? Je n'ai plus que peu « de temps à vivre, il faut me hâter de bien faire ; or, je ne peux « rien faire de mieux que d'obéir*. » Il partit donc sans retard, et arriva promptement là où le devoir l'appelait.

L'affaire que la cour de Rome lui confiait était des plus déli-

* Chari.-Aug., p. 553.

* Année de la Visitation, 22 mai.

cates : les Feuillants ne pouvaient s'entendre sur l'élection d'un général, ainsi que sur plusieurs autres points, et il fallait les mettre tous d'accord. Pour cela, il écouta avec douceur et patience tout ce qu'on avait à lui dire, et donna sur chaque chose des réponses si raisonnables et si solides, accompagnees.de tant de bonté et de sagesse, que tous en étaient dans l'admiration*; il traitait chacun avec grand honneur et respect, se prêtait aux i)lus petits détails avec la même bienveillance qu'aux plus graves affaires, et réglait tout avec le même zèle, éclaircissant les sujets de contestations les plus embrouillés, trouvant des remèdes pour les plus désespérés, apaisant toutes les plaintes et satisfaisant tous les esprits d'une manière si remarquable, que l'homme le plus éminent de cet institut^, parlant de la manière dont il avait rempli sa mission en cette circonstance, disait hautement dans la suite « qu'il y avait fait admirer « tout ensemble et un esprit supérieur, habile à examiner les « plus graves affaires, à les peser mûrement, à les résoudre w sagement, et une bonté d'âme incomparable, et un savoir « profond, et une abondance rare de lumières surnaturelles. » Grâce à cette prudence consommée, à ce grand art de manier les esprits, il triompha de toutes les difficultés; les Feuillants lui obéirent comme à un envoyé de Dieu; il remit le spirituel et le temporel dans l'ordre le plus parfait et fit élire pour supérieur général dom Jean do Saint-François, l'homme le plus propre à cette position délicate ; de sorte qu'il put écrire à Rome, en rendant compte de sa mission' : « Un grand nombre de points, « relatifs au bien de la congrégation, et proposés de toutes « parts, ont été réglés comme il convenait; et les nominations « du général, des provinciaux, des abbés et des prieurs se sont « faites avec tant de concorde, de paix et de douceur, qu'il ne « se peut rien de plus aimable. On peut vraiment appliquer à

' Charl.-Aug., p. 554.

^ Dom Jean de Saint-François, liv. VI.

"* Lettres dciv", dcv, dcvi", dc.vii", dcviii% dci.v'.

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