CHAPITRE XI
DÉVOUEJIE.NT DE FRANÇOIS POLI! LES PAUVRES. — H. V\ A AVU.NO> ET REVIENT DE LA A LYO.N , OL IL MEURT.
I Année 16C«.'
Le premier soin de François, à son arrivée à Annecy, fut le soulagement des pauvres. Il commença par leur donner tout ce qu'il possédait d'argent; et. sa bourse épuisée, il engagea la bague précieuse que lui avait donnée la princesse de Piémont. Des personnes charitables, informées du fait, s'empressèrent de la dégager et la lui firent remettre. Ainsi dégagée, il l'engagea de nouveau, et le même assaut de charité se reproduisit si souvent de part et d'autre , que ce fut comme un proverbe reçu dans la ville que cette bague n'appartenait pas à l'évêque de Genève, mais à tous les gueux d'Annecy.
Pendant que le saint évèque se vouait ainsi tout entier aux besoins des pauvres, il reçut une lettre du duc de Savoie, qui lui mandait de venir le rejoindre à Avignon , où il devait se rendre pour saluer Louis XIII et le comphmcnter d'avoir réduit à l'obéissance les huguenots du Languedoc. La princesse de Piémont, qui devait être de la partie, avait désiré être accompagnée de son grand aumônier. A cette nouvelle , tous les amis du saint évêque, qui voyaient le mauvais état de sa santé, s'effrayèrent; et, le conjurant de ne pas entreprendre ce voyage, surtout par un temps si contraire, ils s'offrirent de faire agréer eux-mêmes ses excuses au duc de Savoie. Mais l'homme de Dieu ne voulut pomt se rendre à cet avis : il voyait la volonté divine dans les ordres de son prince, et il espérait d'ailleurs
obtenir de Louis XUI quelques avantages pour la partie de son diocèse enclavée dans le royaume de France ; ces deux considérations prévalurent sur toute autre : « Il faut aller, dit-il, où « Dieu nous appelle; nous irons tant que nous pourrons, et « nous nous arrêterons quand la maladie ne nous permettra « plus d'aller \ » Cependant il prévoyait clairement qu'il ne reviendrait pas ; et en conséquence il mit à toutes ses affaires un ordre aussi complet que s'il eut été à la veille de sa mort. Le 6 novembre, ayant rassemblé l'évèque de Chalcédoine, ses autres frères et plusieurs de ses amis, il leur dit naïvement que l'heure du départ approchait. Ceux-ci interprétant ces paroles de son départ pour Avignon : « Ce voyage, ajouta-t-il aussitôt, « sera suivi d'un autre; c'est pourquoi je vous ai convoqués « aiîn de vous lire mon testament. » A ces mots, tous fondirent en larmes ; le saint évêque essaya de modérer ce premier accès de douleur par quelques paroles de consolation : puis leur lut son testament, conçu en ces termes^ : « Nous, François de « Sales, par la grâce de Dieu et du saint-siége apostolique, « évêque et prince de Genève, voulant faire savoir à tous ceux « à qui il appartiendra notre dernière volonté , prions, pre- « micrement. Dieu tout- puissant de recevoir noire âme à « merci, et de lui faire part de l'héritage éternel que notre « Rédempteur nous a acquis par son sang ; secondement, nous « invoquons la glorieuse vierge Marie et tous les saints, pour « qu'ils implorent pour nous en notre vie et en notre mort la « miséricorde de Dieu ; troisièmement, s'il plaît à la Provi- « dence divine que la très-sainte, unique et véritable religion « catholique et romaine soit rétablie en la cité de Genève, lors « de mon trépas, nous ordonnons qu'en ce cas notre corps soit « enterré en notre église cathédrale ; que si elle n'y est pas en- « core rétablie, nous ordonnons qu'il s'oit inhumé au milieu de « la nef de l'église de la Visitation d'Annecy que nous avons
» Cliarl.-Aug., p. 560.
- Année de la Visitation, 6 novcniljiT. — Chail.-Aiig., p. 585.