‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 107 sur 231 · LIV. VI. — SON TESTAMENT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON TESTAMENT

« consacrée, à moins que nous mourions hors de notre dio- « cèse, auquel cas nous laissons le choix de notre sépulture à « ceux qui pour lors seront à notre suite ; quatrièmement, « approuvant de tout notre cœur les sacrées cérémonies de « l'Eglise, nous ordonnons qu'à notre enterrement treize cierges « seront allumés au haut de notre cercueil, sans autres écus- « sons que ceux du nom de Jésus, pour témoigner que de tout « notre cœur nous embrassons la foi prèchée par les apôtres ; « mais d'ailleurs, détestant les vanités et superfluités que l'es- « prit humain a introduites dans de telles cérémonies, nous dé- « fendons très-expressément toute sorte d'autres luminaires « être employée à nos obsèques, priant nos parents et amis, et K ordonnant à nos héritiers de n'y rien ajouter, et d'exercer « leur piété envers nous, à faire célébrer le très-adorable sacri- « lice de la messe. »

Le lendemain 7 novembre, l'homme de Dieu employa toute la matinée à faire la revue de sa conscience par une confession exacte, et laprès-midi à confier à Tévêque de Chalcédoine tous les papiers importants et les règlements relatifs au bon ordre du diocèse; après quoi, paraissant tout joyeux : «Vraiment, « dit-il, il me semble, par la grâce de Dieu, que je ne tiens « plus à la terre que du bout du pied ; car l'autre est déjà levé « en l'air pour partir ^. » Sur ces entrefaites, un gentilhomme français étant venu, pressé par le besoin, lui demander l'aumône, et promettant, après l'avoir reçue, de lui rendre la même somme d'argent : « Hàtez-vous donc vite, reprit-il, au- « trement l'éternelle majesté me la rendra bientôt pour vous ; « car j'espère que dans peu de temps nous serons en état vous « et moi de n'avoir plus besoin de rien. » Et en effet, au bout de deux mois le gentilhomme et l'évéque de Genève n'étaient plus *.

Le 8 novembre, François reçut les adieux de ses parents et

* Année de la Visitation, 7 novembre.

* Charl.-Aug., p. oGo.

de ses amis, qu'il salua comme ne devant plus les revon*. « Peu importe, leur dit-il, que je meure hors de mon pays, « pourvu que je meure bien. Je m'en vais à Notre-Seigneur, » (lit-il à un de ses curés qui était venu lui demander sa bénédiction avant son départ, « nous ne nous verrons plus en ce « monde. — 0 monseigneur ! dit le curé, quand je considère « votre visage et votre santé, je ne désespère pas de vous revoir « encore. — Oui, monsieur, reprit le saint évêque, vif ou mort « vous me reverrez dans trois mois.» Ce qui se réalisa en effet; car trois mois après on rapportait ses restes à Annecy \

Les chanoines étant venus en corps lui dire adieu , il les embrassa tous avec cette affection très-tendre qu'il avait eue constamment pour eux, leur déclarant qu'il partait pour Avignon et pour l'éternité, qu'il s'en allait pour ne plus revenir : « Ce voyage me coûtera la vie, dit-il au père Anselme, cordelier « de ses intimes amis, et désormais nous ne nous reverrons « plus «ju'en paradis ; mais il faut être obéissant comme notre « Maître, jusqu'à la mort de la croi.v*. »

Il était d'autres adieux qui tenaient encore plus au cœur du saint prélat : c'étaient les adieux à ses chères filles de la Visitation ^ Il alla offrir le saint sacrifice dans leur chapelle avec une magnifique chasuble qu'il tenait de la munificence de l'infante de Savoie, et il la leur laissa comme souvenir : « Car, « leur dit-il, quand les amis se quittent, ils ont coutume de se « faire des présents. » 11 leur adressa ensuite des paroles toutes saintes, leur disant qu'il ne lui restait plus que le ciel, et, leur recommandant surtout l'humilité, la simplicité, l'obéissance : « Mes chères filles, leur dit-il encore, ne demandez rien et ne « refusez rien ; soyez toujours disposées à ce que Dieu et l'obéis- « sance voudront de vous. Que votre seul désir soit d'aimer « Dieu, votre seule ambition de le posséder. Adieu, mes filles,

' Charl.-Aug., p. 561 .

- Année clo la Visitation, 8 novembre. — Charl.-Aug., p. 561.

"' Idem, 9 novembre.

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