LIV. VI. — SON SEJOUR A AVIGNON
« n'est pas à nous, c est à vous seul que toute gloire appar- « tient'. »
Pendant tout le temps que François demeura à Avignon, il ne s'occupa que de choses saintes. Le lendemain de son nrrivée, toute la ville était sur pied pour voir l'entrée triomphale de Louis XIII, revenu victorieux de la prise de Montpellier sur les protestants rebelles, et accompagné des reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche. On se pressait dans les rues et aux fenêtres pour jouir de ce magnifique spectacle, où Avignon avait déployé toutes ses pompes et la cour toutes ses splendeurs. Au milieu de cet entraînement général, le saint évoque, à genoux dans sa chambre, conversait avec le ciel et priait sans accorder seulement un regard au cortège qui passait sous sa fenêtre: on le pria de venir voir au moins un instant une fête si magnifique. « Je vous laisse la place, à vous autres, qui êtes « encore de ce monde, leur dit-il ; pour moi, je n'en suis plus, « je m'en vais à mon Père qui est aux cieux; il faut que je trace vaille à son œuvre, pour lui rendre bon compte*. »
Constant dans cet esprit de détachement, il n'alla aux fêtes de la cour que le moins qu il put. n'eut de rapport avec les grands que pour les intérêts de la religion, et ne les reçut chez lui que pour leur parler de Dieu et de leur salut'. 11 passa la journée du 19 novembre chez les jésuites ; et là, après avoir dit la messe, il prolongea tellement son oraison, qu'on crut qu'il allait y passer toute la matinée, si on ne le suppliait de se rendre aux vœux des religieux, qui voulaient prendre ses conseils sur plusieurs choses. Un père se chargea en effet de l'avertir, et le saint évèque se leva aussitôt en disant : « Voyez-vous, mon « père, l'oraison est ce qui m'est le plus utile et le plus doux; « par cette communication de cœur, j apprends chaque fois « quelque chose de bon, pour me l'appliquer à moi-même. »
• Dép. de Rolland, qui Faccompagnsit. — Année de la Visitation, 16 novembre.
* Année de la Visitation, 17 novembre.
'' Idem, 18 novembre.
Après le diner, les pères se partagèrent la grâce de son entretien jusqu'à l'heure où il lui fallut se rendre auprès du prince; et alors, se retirant promptement, il dit au père recteur qui l'accompagnait ces paroles, qui montrent bien dans quelles dispositions saintes il allait à la cour : « Oh ! que j'aime mieux une « grande heure d'entretien spirituel avec une bonne âme, que « la vue de toutes les curiosités de la terre ! Adieu, mon cher « père, ajouta-t-il avec un profond soupir; nous allons au ciel, « et bientôt toute la terre sera sous nos pieds*. »
Les jours suivants, il dit la messe dans diverses communautés, qui offraient un intérêt spécial à sa piété : chez les pères de la Doctrine chrétienne , plein de vénération pour le vénérable César de Bus, leur fondateur, il refusa les ornements noirs que voulait lui donner le sacristain , et demanda des ornements blancs pour dire la messe dans la chapelle, où reposait le corps de l'homme de Dieu, mort quinze ans auparavant. « Je veux « dire la messe des confesseurs, dit-il ; le vénérable César de Bus « est un saint ; je vais remercier le Seigneur des grâces qu'il lui « a faites.» Au couvent de Sainte-Praxède, il célébra les vertus de sainte Cécile, dont on faisait la fête ce jour-là, et prédit aux sœurs que dans peu elles auraient près d'elles un monastère de ses chères filles de la Visitation. Chez les Célcstins, qui conservaient les reliques du bienheureux cardinal Pierre de Luxembourg, il prononça le panégyrique de ce saint personnage, sans autre préparation que l'oraison faite au pied de son tombeau , et il eût voulu rester tout le jour dans l'église. « Laissez- « moi, disait-il à ceux qui l'invitaient à se retirer, laissez-moi « un peu auprès de cet illustre maître. Je n'ai jamais rien lu « qui m'ait donné autant de confusion sur ma vocation ecclé- « siastique que la vie de ce jeune cardinal^. » Il alla à Tarascon vénérer les reliques de sainte Marthe, et il eût voulu encore aller jusqu'à la Sainte-Baume pour visiter la pieuse solitude de sainte
* Année de la Visitation, 19 novembre.
* Idem, 24 novembre.