‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 111 sur 231 · LIV. VI. — IL PART D'AVIO'ON POUR l.YO · texte numérisé non relu

LIV. VI. — IL PART D'AVIO'ON POUR l.YO

Madeleine ; mais le cardinal de Savoie, qui accompagnai! le duc son père, ne voulut pas le lui permettre , lui disant que son cœur était une Sainte-Baume, où il était toujours solitaire, et qu'il fallait à tout moment se tenir prêt à partir avec la cour * . »

En effet, le duc de Savoie avait rempli le but de son voyage ; il avait conféré avec le roi dans plusieurs entretiens secrets, et lui avait fait présent, en témoignage de son dévouement, de quatre beaux chevaux, d'une épée et d'un bouclier garnis de diamants et d'autres pierres précieuses : le roi, de son côté, l'avait accueilli comme un frère et lavait invité à l'accompagner à Lyon. Les deux cours de France et de Savoie partirent donc le 25 novembre, et François se mit en route à leur suite. Deux gentilshommes calvinistes s'étant trouvés en voyage avec lui, il les accueillit avec son aimable douceur et demeura le plus qu'il put dans leur compagnie pour tâcher de les éclairer et de les toucher. Arrivés au Pont-Saint-Esprit, ces gentilshommes racontèrent ce qu'ils avaient vu et admiré en lui, et bientôt ce ne fut plus qu'un cri parmi tous les calvinistes de la ville : « Si « tous les évoques étaient comme celui-là. disaient-ils à son pas- « sage par les rues, nous serions bientôt tous catholiques, et « c'en serait fait de la religion de Luther et de Calvin*. » A quelque distance de là, arrivé pour passer la nuit à une hôtellerie où tous les lits étaient retenus, on voulut faire connaître qui il était; il le défendit : « Eh! mon Dieu, dit-il, ne savez- « vous pas que je suis homme de paix? n'ai-je pas assez causé « d'embarras sans en donner de nouveaux? » Et il se retira dans un grenier, se coucha tout vêtu sur la paille, malgré ses incommodités et l'extrême rigueur du froid. Le malin, deux Jésuites, qui avaient reposé dans de bons lits à l'hôtel, apprenant cet incident, s'empressèrent de venir lui dire combien ils étaient affligés qu'on ne les eût pas avertis de son arrivée et de

* Année de la Visitation, 25 novembre.

* Charl.-Aug., p. 564.

quel cœur ils lui eussent cédé leurs places : « Je ne l'ai pas « voulu, leur répondit-il, et vraiment je suis redevable à cette « circonstance d'une très-bonne nuit; je n'ai jamais mieux « dormi'. »

A son arrivée à Valence, les habitants se précipitèrent sur ses pas en si grande foule, qu'il eut peine à gagner l'hôtellerie où il devait descendre; et n'y ayant trouvé qu'un lit disponible, il voulut le céder à (îeorges Rolland, son intendant; celui-ci, n'ayant pas voulu l'accepter : « Au moins, dit François, vous le « partagerez avec moi. » Et, en conséquence, il fit mettre à terre le matelas, les draps et la couverture pour Rolland, ne réservant pour lui que la paillasse, sur laquelle il coucha tout vêtu. Le lendemain, au départ, même empressement de la multitude qu'à l'arrivée; on semblait ne vouloir point le laisser aller, et on le suivit à une grande distance de la ville^.

Aussitôt qu'il l'ut arrivé à Lyon, un grand nombre de hauts personnages se disputèrent l'honneur de le loger; M. Jacques Olier, intendant de la province, fut des plus empressés à lui offrir la moitié de son hôtel, lequel, étant très-vaste et proche le monastère de la Visitation, réunissait toutes les commodités désirables. Les Jésuites vinrent à leur tour le supplier d'accepter leur maison de Saint-Joseph, il répondit à tous qu'ayant prévu la difficulté qu'il y aurait à se loger dans une ville où les deux cours de France et de Savoie étaient réunies, il s'était pourvu d'un logement qui ne pouvait lui manquer. On le crut, et alors, dégagé des sollicitations importunes, inspiré par son amour de la pauvreté et de la simplicité, il alla demander à ses chères filles de la Visitation une petite chambre située dans la maison de leur jardinier, et réservée au confesseur du monastère pour les jours où il venait y remplir ses fonctions. Les religieuses lui objectèrent que cette chambre était exposée à tous les vents, qu'on ne pouvait y faire de feu sans être incom-

* Année de la Visitation, 26 novembre

* Idem, 28 et 29 novemltre.

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