‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 112 sur 231 · LIV. VI. — SON SÉJOUR A LYON · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON SÉJOUR A LYON

mode par la fumée, et que sa santé y serait compromise: sa réponse fut comme à l'ordinaire , que jamais il n'était mieux que quand il n'était guère bien; que là, étant près d'elles, il serait plus à portée de leur être utile: qu'étant plus éloigné du bruit de la cour, plus humble et plus paisible, il serait plus à même de mener une vie recueillie en Dieu et plus accessible à tous ceux qui voudraient lui parler; que là, enfin, il serait heureux de ne donner d embarras à personne' : « Hélas! dit-il. « j'ai trouvé assez de tracas en celte ville sans en occasionner « davantage. » Il s'étabht donc dans cette petite chambre avec bonheur, et quand ses amis voulurent lui en faire des reproches, il leur répondit, comme aux sœurs : « Je suis très-bien en cette « maison pour recevoir les âmes pécheresses que la Provi- « dence m'enverra ; je n'y suis pas moins bien pour mon repos, « parce que la petitesse de mon logement m'exempte du tracas « des grandes compagnies*. » On voulut qu'au moins, par égard pour l'état de ses jambes, qui étaient très-enflées et trèsmalades, il ne fit pas de longues courses à pied et qu'il acceptât un carrosse, surtout quand il irait prêcher au loin : «Ah! « vraiment , répondit-il . il ferait beau me voir aller en car- « rosse prêcher la pauvreté évangélique et la pénitence de « saint Jean! » Et jamais il ne voulut aller autrement qu'à pied'.

Le saint évéque fut à Lyon ce qu il avait été partout, l'apôtre infatigable, l'homme du ciel pour qui Dieu et les âmes étaient tout, pour qui le monde et ses vanités n'étaient rien. Pendant que tous les habitants couraient sur le passage des rois et des reines, des princes et des princesses, que les fêtes en leur honneur occupaient tous les esprits et remplissaient la ville de bruit et de tumulte, il était occupé chez ses filles de la Visitation, à les entretenir de Dieu et des biens éternels. 11 avait tout

• Charl.-Aug., p. 564 et 56Ô.

- Année de la Visitation, 50 novemltre.

^ Cbarl.-Aug., p. .56;».

fait pour ce cher ordre; il en avait institué treize monastères, savoir à Annecy, Lyon, Moulins, Grenoble, Bourges, Paris, Monferrand, Nevers, Orléans, Valence, Dijon, Saint-Étienneen-Forez et Bclley; il n'avait plus qu'à lui dire ses derniers adieux, lui donner ses derniers conseils, et pour cela il mit à profit tous ses moments libres. « Mon père, lui dirent un jour « ses bonnes filles, écrivez-nous sur ce papier ce que vous dé- « sirez le plus de nous. » 11 prit aussitôt la plume et écrivit avec beaucoup d'attention cette seule parole : Humilité, estimant qu'elle valait à elle seule toutes les instructions.

Sur ces entrefaites arriva à Lyon madame de Chantai, de retour de la visite de ses monastères de Dijon, de Montferrand et de Saint-Ktienne. Ce fut pour elle un bonheur indicible d'entendre une dernière fois son saint directeur. François, en l'abordant, lui dit avec gaieté : <( Manière, nous avons quelques « heures libres ; qui de nous deux commencera à parler? — « Moi, s'il vous plaît, repartit-elle, mon âme a grand besoin « d'être revue par vous. — Eh quoi! ma mère, dit-il, avez- « vous donc encore des désirs empressés? je croyais voustrou- « ver toute angélique. Nous ne parlerons point de vous ici, nous « ne parlerons que de ce qui concerne notre congrégation. « Oh! que j'aime notre petit institut, parce que Dieu y est « beaucoup aimé ! » Et là-dessus ils conférèrent ensemble pendant quatre heures sur les divers intérêts delà congrégation. François lui dit que plus il priait, plus Dieu lui faisait connaître que c'était sa volonté que l'institut demeurât sous la conduite du saint-siégc et des évêques respectifs, plutôt que sous un général ou une générale : « Voyez-vous, ajouta-t-il, vos filles sont « les filles du clergé, et le clergé a été le premier ordre de la « religion, w Madame de (Chantai accéda à ces pensées comme étant inspirées de Dieu, car elle vénérait son bienheureux père comme un saint, et elle ne put s'en taire à lui-môme : « Mon « père, lui dit-elle, je ne doute pas que vous ne soyez un jour « canonisé, et j'espère y travailler moi-même. — Ma mère, « reprit François d'un ton fort sérieux. Dieu pourrait bien faire

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