‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 113 sur 231 · LIV. VI.— SOiN JUGEMENT SUR M. OLIER · texte numérisé non relu

LIV. VI.— SOiN JUGEMENT SUR M. OLIER

« ce miracle; mais les personnes qui doivent traiter ma cano- « nisalion ne sont pas encore nées'. » Madame de Chantai eût bien désiré prolonger son séjour auprès de son saint directeur, mais il ne le lui permit pas : le devoir l'appelait à la visite des monastères de Grenoble et de Belley. et elle partit malgré la rigueur du froid. Comme la mère de Blonay en témoignait sa peine au saint évéque : « Ma fdle, lui répondit-il, qui aime « mieux notre mère que moi? je la chéris comme moi-même • « mais il faut qu'elle accomplisse la volonté de Dieu et qu'elle « aille préparer le lieu de ma demeure. » Paroles que ne comprit pas alors la mère de Blonay, mais dont elle eut l'intelligence quand , à la mort du saint prélat . elle apprit les soins que se donnait madame de Chantai pour lui préparer un tombeau-.

Le temps que François ne donnait pas à ses fdles de la Visitation était pris en grande partie par les visites ; il en était accablé : on venait de toutes parts le consulter, comme autrefois saint Antoine au désert. Des grands, des princes même de la cour, venaient dans la pauvre maison du jardinier de la Visitation s'éclairer des lumières de l'homme de Dieu. Entre ces nombreux visiteurs, un des plus assidus fut l'intendant de la justice, M. Jacques Olier. qui lui avait offert sa maison avec tant d'empressement. François eut bientôt discerné son mérite et se lia avec lui d'une étroite amitié. Ce vertueux seigneur avait alors, ainsi que sa digne épouse, des inquiétudes sur la vocation d'un de leurs enfants , appelé Jean-Jacques. Ils l'avaient destiné d'abord à l'état ecclésiastique ; mais son caractère violent et emporté, son humeur bouillante, leur faisaient douter qu'il pût être un jour un bon prêtre. On le reprenait sans cesse, on le punissait, on le frappait, et sous les coups son naturel ne faisait qu'empirer et s'aigrir, le mal allait croissant avec l'âge. Dans son inquiétude, madame Olier vint prier le saint évèque d'exa-

' Dep. de la mère de Chatigy.

- .Année de la Visitation, H décemlre.

If. m

miner lui-même la vocation de son fils, de consulter Dieu et de la fixer par une réponse qu'elle regarderait comme un oracle du ciel. Sur la promesse qu'il lui fit de s'en occuper devant Dieu, elle lui amena, quelques jours après, ses enfants; et, comme il les accueillait tous avec une tendresse égale, les embrassant l'un après l'autre, et les louant tous également : « Monseigneur, dit « la mère, Jean-Jacques, le plus jeune, n'est pas sage et me « donne beaucoup de peine. — Madame, reprit François, éclairé « sans doute d'une lumière prophétique, qui seule peut expli- « quer cette réponse, il faut pardonner quelque chose à la jeu- « nesse : les humeurs gaies ne sont pas les plus mauvaises ; « j'ai consulté Dieu sur la vocation de cet enfant : soyez conso- « lée, le ciel l'a choisi pour la gloire et le bien de son Eglise. « Dieu, en la personne de ce bon enfant, se prépare un bon « serviteur. N'ayez plus aucun doute, changez vos craintes en « actions de grâces; et si Dieu me laissait encore quelque temps « sur la terre, je vous demanderais de me confier ce cher enfant « pour le former moi-même aux vertus et aux sciences ecclé- « siastiques. »

Les visites .si fréquentes que recevait le saint évêque ne lui faisaient cependant négliger aucun devoir. 11 était fidèle à rendre ses hommages aux deux cours de France et de Savoie, ainsi ([u'aux amis qu'il avait dans l'une et l'autre; et partout il était honoré et vénéré, partout il édifiait, et on recueillait ses paroles comme des oracles. Un jour qu'il s'entretenait avec un Père jésuite sur l'amour de saint François d'Assise pour les souffrances, l'humilité de saint François de Paule et le zèle apostolique de saint François Xavier : m Oui. dit-il avec cette humeur « gaie qui rendait sa conversation si charmante, oui, ou il m'en « coûtera la vie, ou je serai un jour un quatrième saint Fran- « çois. » 11 fit une réponse à peu près semblable à un vertueux ecclésiastique, qui disait en sa présence : « Voilà trois saints « François canonisés : saint François d'Assise, saint François « de Paule et saint François Xavier, il ne reste plus que saint « François de Sales. — Oh ! plut à Dieu, s'écria-t-il, que je fusse

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