‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 114 sur 231 · LIV. VI. — SA. VIE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SA. VIE APOSTOLIQUE

« saint' ! » Un docteur de Sorbonne. émerveillé d'une longue conférence qu'il avait eue avec lui sur plusieurs points importants, lui avant dit en se retirant qu'on le tenait partout pour un saint, et qu'il venait lui-même d'en avoir la preuve : « 0 « monsieur! lui répondit-il. Dieu vous garde d'une pareille « sainteté! Vous vous trompez étrangement aussi bien que les « autres : je n'ai qu'une bonne volonté de servir Dieu ; mais « vous pouvez contribuer par vos prières à ce que je sois un « saint*. » Une autre fois, il allait rendre visite à la princesse de Soissons ; une dame de la cour l'aborde : « Vraiment, mon- « seigneur, lui dit-elle, si vous étiez vêtu de rouge, on vous « prendrait pour saint Charles. — En vérité, madame, reprit-il, « il sert peu d'être vêtu de rouge; mais il serait très -désirable « d'être un saint Charles par les œuvres, ne le fût-on pas par « les habits*. »

Dans tous ces rapports avec les grands, François n'oubliait point les pauvres. Après qu'il avait donné à ceux-ci tout ce qu'il avait, il demandait pour eu.\ aux seigneurs et aux dames de la cour, et personne ne le refusait ; la vénération qu'inspirait sa sainteté ne le permettait pas. 11 allait également annoncer la parole de Dieu partout où on l'invitait ; il prêcha le second dimanche de l'Avent chez les jésuites ; le 10 et le 21 décembre, dans l'église de la Visitation ; et la veille de Noël chez les récollets, pour la plantation d'une croix. Dans cette dernière cérémonie, où il porta la parole sur l'invitation de Marie de Médicis, il soulTrit beaucoup du froid et se sentit incommodé*. Hélas: il n'avait plus que trois jours à vivre ; et ces trois jours furent employés à des travaux continuels capables de fatiguer la santé la plus robuste. A minuit, il célébra la messe à la Visitation, donna la communion à toutes les religieuses, et prêcha sur la naissance du Sauveur avec une ferveur séraphique, qui donna à

» Charl.-Aug., p. 566.

- Charl.-Aug-, p. 566.

' Année delà Visitation, tO décembre. — Charl.-Aug , p. 556.

♦ Charl.-Aug., p. 567.

la supérieure, la mère de Blonay, la confiance de lui demander à la sacristie s'il n'avait pas reçu quelque grâce particulière dans cette messe : « 11 m'a semblé, lui dit-elle, avoir vu l'archange « Gabriel à votre côté, au moment où vous avez entonné le Glo- « ria in excelsis. — Ma chère fdle, lui répondit-il en la regar- « dant gracieusement, j'ai l'ouïe du cœur fort dure aux inspira- « tions; j'ai besoin que les anges me parlent à l'oreille du corps et « qu'ils frappent mes sens d'une sainte mélodie. » Cette réponse ne satisfaisant pas la supérieure, elle insista, et le saint évêque lui dit : « C'est la vérité que je ne fus jamais plus consolé à l'autel : « le divin Enfant y a été visible et invisible. Pourquoi les anges « n'y auraient-ils pas été ? Mais vous n'en saurez pas davantage, « il y a trop de gens avec nous. » 11 laissa là le discours et alla confesser le prince et la princesse de Piémont, leur dit, comme leur aumônier, la messe au point du jour chez les dominicains, et leur distribua la communion. Revenant delà en toute hâte à la Visitation, il trouva l'aumônier qui allait monter à l'autel. Celui-ci voulut se déshabiller pour lui céder la place ; il ne le voulut point permettre, conformément à son principe de ne jamais déranger le prochain et de ne pas se procurer ses aises aux dépens d' autrui. Il dit gracieusement qu'il lui était avantageux d'avoir quelque temps pour se recueillir; et il entendit à genoux, dans un coin de l'église, les trois messes de l'aumônier, de sorte qu'il ne commença la sienne que vers midi^ Après le dîner, où il mangea très-peu, il présida la cérémonie de prise d'habit de deux tilles de la Visitation et prêcha sur les paroles del'épître du jour : Abnegantes impietatem et sœcularia desideria, sobriè et juste et piè vivamus in hoc sœciilo. « Renon- « çons à l'impiété et aux désirs du siècle pour vivre sobrement,

«justement et saintement sur la terre » Après quelques

moments de repos, il fit une conférence à ses chères filles, donna audience à de nombreux visiteurs, alla ensuite dire adieu à la reine mère, Marie de Médicis. qui partait le lendemain, et ne

1 Gharl.-Aiig., p. 568.

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