‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 13 sur 231 · LIV. V. — FERVEUR DE l/ORDRE A SA NAISSANCE · texte numérisé non relu

LIV. V. — FERVEUR DE l/ORDRE A SA NAISSANCE

« remords de la conscience, et on ne pouvait rien souffrir sur « le cœur, qu'incontinent on ne s'allât jeter aux pieds de la su- « périeure pour s'en accuser avec grand sentiment et humilité. « On ne peut jamais voir plus de candeur, d'innocence, de sainte « joie, que celle qui régnait en ces chères âmes; et le tout était « accompagné d'une telle confiance en la Providence, qu'elles « s'enfermèrent dans cette petite maison sans aucune provision. « pas môme un morceau de pain ni une goutte de vin, ni, je « pense, aucune pensée de prévoyance pour cela. 11 n'y avait « qu'une très-petite somme d'argent pour cette entreprise. « toute fondée sur la confiance en Dieu ; ce qui faisait dire à « notre bienheureux père que la divine Providence l'avait faite « comme le monde, de rien du tout. Cette pauvreté était l'une « de nos principales consolations, et je me souviens de la joie « que nous éprouvâmes lorsque, notre bonne sœur tourière « ayant acheté un sac de charbon trois sous, nous allâmes « toutes trois avec nos clefs, selon que la règle l'ordonne, pour « ouvrir le coffre de l'argent, et nous n'y trouvâmes que ces « trois sous. Nous nous réglions en tout selon notre pauvreté, « mais jamais chose quelconque du nécessaire ne nous a man- « que. Nous jouissions d'une sainte paix dans notre retraite, « favorisées des sacrées instructions que nous donnait notre « bienheureux seigneur et père avec sa suavité et son zèle iii- « comparables, si heureuses nous trois avec la bonne sœur « tourière, et dans si grande douceur que notre chère sœur « Favrc disait souvent que, si ce n'était la gloire de Dieu, ellr « eût voulu que nous eussions passé notre vie sans accroître « notre nombre.

« Vers la fin do juillet, deux .sœurs de grande vertu, la « sœur Roget et la sœur de Chastel, vinrent s'adjoindre à nous, « et vers le mois de décembre trois autres nou.s arrivèrent, de « sorte que nous nous trouvâmes huit dans notre commu- « nauté. 11 est impossible de raconter les grâces et faveurs cé- « lestes que notre bon Dieu versait dans ces chères âmes : on « voyait reluire en cette petite communauté une ferveur dexac-

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« titude à l'observance, un recueillement et un esprit d'orai- « son, une candeur et une innocence enfantines, une suavité, « douceur et sainte joie dans les conversations, et un si grand « amour d'union entre elles, que c'était un paradis de délices « d'être dans cette maison. L'on n'y parlait que de Dieu et des « moyens de s'avancer en son saint amour; ee qui causait à « notre saint fondateur des consolations indicibles. 11 nous vi- « sitait souvent, nous confessait tous les quinze jours et faisait « de petites conférences spirituelles pour nous enseigner la « vraie perfection, donnant à chacune, selon ses besoins, la « pratique de quelque vertu particulière. »

Au milieu de ces saints exercices, ces ferventes novices soupiraient, avec une ardeur indicible, après le moment fortuné où elles pourraient faire profession : « Quand viendra, écrivait « la mère de Chantai au saint cvêque, le jour heureux où je « ferai et referai l'irrévocable offrande de moi-même à mon « Dieu? Sa bonté m'a remplie d'un sentiment si extraordinaire « et si puissant de la grâce qu'il y a d'être toute sienne, « que si ce sentiment dure dans toute sa vigueur, il me consu- « mera. Jamais je n'eus des désirs si grands et des affections « si ardentes de la perfection évangélique. Il m'est impossible « d'exprimer ce que je sens, ni la grandeur de la*perfection où « Dieu nous appelle. Hélas! à mesure que je me résous à être « bien fidèle à l'amour du Sauveur, il me semble que c'est « chose impossible de correspondre à toute la grandeur del'at- « trait de ce même amour. Oh! que c'est chose pénible en l'a- « mour que cette barrière de notre impuissance! Mais qu'est-ce « que je dis? j'abaisse le don de Dieu par mes paroles, et je ne « saurais exprimer ce sentiment d'amour qui me sollicite en <; pauvreté entière, en humbleobéissanceeten parfaite pureté*. »

Enfin, le temps du noviciat touchant à sa fin pour la baronne de Chantai, mademoiselle Favre et mademoiselle de Bréchard, le saint évêque vint examiner chacune d'elles sur leurs dispo-

' Mémoires de la mère de Chavgy, p. 151.

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