‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 14 sur 231 · LIV. V. - CÉRÉMONIES DE LA PROFESSION · texte numérisé non relu

LIV. V. - CÉRÉMONIES DE LA PROFESSION

sitions intérieures; et, les ayant trouvées non-seulement résolues à continuer le genre de vie dont elles venaient de faire l'essai, mais encore remplies des vertus propres à l'institut qu'il avait en vue, il fixa le jour de leur profession, détermina la matière et la forme de l'habit qu'elles porteraient, voulant que tout y respirât la simplicité et la pauvreté*. Dès lors les futures professes songèrent à parer leurs chapelles pour le jour de la cérémonie; mais pour cela il fallait de l'argent, et elles n'en avaient d'autre que quelques pièces de monnaie que leur avait récemment apportées le saint évoque, pour subvenir aux besoins des malades, en défendant de les employer à autre chose. Dans leur embarras, la sœur Favre et la sœur de Bréchard demandèrent avec instance à leur supérieure de se servir de cet argent, en alléguant qu'il serait prochainement remplacé par un don qu'avait promis le président Favre, et qu'ainsi les pauvres n'en souffriraient pas. La supérieure se laissa persua- . der; mais à peine la permission fut-elle accordée et l'argent dépensé, que, tourmentée par la crainte d'avoir désobéi, elle se hâta, dès le soir même, d'écrire au saint évèque pour l'informer de ce qui était arrivé. Celui-ci fut profondément peiné de cet acte de désobéissance, et, dès le lendemain malin, il alla au monastère pour en faire la correction. Dès qu'il parut, madame de Chantai se jeta à ses pieds en lui demandant pardon avec une grande abondance de larmes : « Voilà, ma fille, répondit « le saint fondateur avec un visage grave et majestueux, voilà <( la première désobéissance que vous m'ayez faite; je n'en ai pas (( dormi une bonne partie delà nuit et j'en ai ressenti un déplaisir K que je ne saurais vous dépeindre. » A ces mots, la supérieure, profondément désolée d'avoir contristé son saint père, qu elle révérait comme un ange du ciel, fut sur le point de s'évanouir, et on eut peine à la remettre de sa grande douleur.

Le jour de la profession étant arrivé, le srint évèque, après avoir confessé ses trois chères filles, les ei.tretint du sacrifice

^ yiémoires de la mère de Chaugy, p. 1

qu'elles allaient faire, avec des paroles toutes célestes, embrasées du feu divin qui le consumait; et, pendant qu'il parlait, on voyait reluire sur son visage une joie sainte mêlée d'une majesté cl d'une gravité extraordinaires. S'élant ensuite revêtu de ses liabits pontificaux et assis dans la chaire, il prononça un discours solennel où, comparant les trois personnes dont il allait recevoir la profession à ces trois grains de froment qui. portés par hasard en une certaine province et jetés en terre, se multiplièrent de telle sorte qu'en peu d'années tout le pays fut abondant en froment, il dit, comme par esprit de prophétie : « Nous verrons de même, je l'espère, ces trois petites âmes, que « la providence de Dieu a semées ici comme en un petit coin « de la terre, multiplier sans nombre; la divine miséricorde « les bénira d'une grande postérité et sera glorihée en elles. » La prédication finie, la supérieure et les deux sœurs Favrc et de Bréchardfirentleurprofessionavecune ferveur, unejoie,quiavait quelque chose de céleste, et qui fit couler les larmes de- tous les assistants. Ce fut alors quemadame de Chantai, dans le transport de son allégresse et sans préméditation aucune, entonna par trois fois le verset auquel tout le choeur s'associa : Hœc requies mea in sœculum sœcuh: hic habitabo quoniam elegi ecim : «Voici le « lieu de mon repos à jamais, le séjour des délices que mon « cœur a choisi; d'où est venu à la Visitation la coutume de chanter ce verset après toutes les professions. La cérémonie qui se fit alors devint le type de ce qui se fît dans la suite cl de ce qui se fait encore aujourd'hui , à cette différence près qu'au lieu des vœux qui se font maintenant on ne fit qu'une simple offrande de soi-même à Dieu : car le premier dessein de François était d'établir, non un ordre religieux, mais un institut où il n'y eût d'autres liens que celui de la charité, qui est le lien de la perfection. « Et certes, ajoute madame de « Chantai en ratontant ceci, ce lien nous serrait aussi forle- « ment, par l'intii.ie résolution où nous étions de persévérer « en cette manière de vivre, qu'auraient pu faire tous les « vœux du monde. » Toute la liaule société d'x\nnecy. qui

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