LIV. VII. — SA CONFIANCE EN DIEU
« et si constant, on ne peut jamais varier; cette confiance est « le pùle immobile sur lequel roulent tous mes désirs et tous âmes mouvements*... — Comment, lui demandait-on un « jour, vous cles-vous exposé tant de fois entre les mains des « hérétiques? — Ce n'est point, répondit-il, par hardiesse ni « simplicilé d'esprit, mais simphcité de conliance en la Provi- « dencc céleste. Ne faut-il pas laisser notre vie et tout ce que « nous sommes à la pure disposition de celte adorable Provi- « dence? car enfin nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais « à celui qui, pour nous rendre siens, a voulu d'une manière « si amoureuse être enlièrement nôtre*. »
Plein de cette ferme confiance, avait-il à entreprendre quelque affaire qu'il croyait dans l'ordre de Dieu, il commençait par la placer sous la conduite de la Providence ; et, cela fait, û se tenait calme et assuré du succès. Lorsqu'il ne trouvait point d'appui à ses desseins, ou qu'il prévoyait selon la prudence humaine de l' impossibilité dans l'exécution, loin de concevoir quelque sollicitude ou d'être ébranlé dans sa confiance, il n'en était alors que plus ferme et plus content. « Je ne vois point « de jour à l'établissement de notre institut, disait-il un jour « à sainte Chantai ', mais je suis sur que Dieu le fera réu.ssir, » comme en effet la chose arriva peu après. Cette confiance ne 1 empêchait pas cependant d'agir de son coté : Hardi et intrépide parce qu'il espérait, il poursuivait l'entreprise par tous les moyens sans jamais se décourager; et sa maxime était que, quand Notre-Seigneur nous commet une affaire, il faut la poursuivre jusqu'au bout, en dépit de toutes les difficultés, et ne jamais l'abandonner.
Etait-il en butte à des tentations terribles , car Dieu, pour perfectionner sa vertu, voulut qu'il y fût exposé, sa conliance le rendait plein de courage. « Je suis fort tourmenté, écrivait-il
* Dép. de Janus.
- Dép. de Michel Favre.
* Dép. de milite Chantai, art. xxviii.
« un jour à sainte Chantai: il me semble que je n'ai nulle force « pour résister, et que, si l'occasion se présentait, je succom- « berais; mais plus je me sens faible, plus je mets ma con- « fiance en Dieu, et je tiens pour certain qu'en présence de « l'occasion Dieu me revêtirait de sa force et que je dévorerais « mes ennemis comme des agnelets. ' »
Sa prière tardait-elle quelquefois à être exaucée , il ne se décourageait point. « La Providence ne diffère son secours, « disait-il, que pour provoquer notre confiance. Si notre Père « céleste ne nous accorde pas toujours ce que nous deman- « dons, c'est pour nous retenir auprès de lui et nous donner « sujet de le presser par une amoureuse violence, ainsi qu'il le « lit bien voir à ces deux pèlerins d'Emmaùs, avec lesquels il « ne s'arrêta que sur la fin du jour et quand ils le forcèrent. . . »
Enfin, dirigeait-il des âmes éprouvées, il leur prêchait la confiance avec un accent propre à la leur inspirer. « Viennent « l'orage et la tempête, écrivait-il à l'une d'elles, vous ne pé- « rirez pas, vous êtes avec Jésus. Si la peur vous saisit, criez « fort : 0 Sauveur! sauvez-moi. Il vous tendra la main, ser- « rez-la bien et allez joyeusement, sans philosopher sur votre « mal. Tant que saint Pierre a confiance, la tempête ne peut « le faire enfoncer : dès qu'il craint, il enfonce. La peur est « un plus grand mal que le mal môme. 11 ne faut pas vouloir « qu'aucune feuille de votre arbre soit agitée, mais il doit vous « suffire qu'il demeure profondément enraciné. Si vous faites « des chutes, prosternez-vous devant Dieu pour lui dire en es- « prit de confiance et d'humilité : ]\liséricorde. Seigneur, car « je suis infirme. Relevez-vous ensuite en paix et renouez le fil « de votre amour pour continuer votre ouvrage. Vous avez des « imperfections, mais il faut se résigner à être un homme et « non pas un ange, mépriser les tentations, aller en avant sans « y faire attention, et bannir toute défiance parla pensée que « Dieu est plus miséricordieux que nous ne sommes misérables
* Dép. de sainte Chantai , art. 28, p. 72.