CHAPITRE VIII
SA DEVOTION ESTERS JESCS-CHBIST ET LES SAISTS.
« Vive Jésus que j'aime ! » C'était là comme le cri habituel (le son cœur blessé au vif par l'amour du Sauveur des hommes : il avait ce mot souvent à la bouche, et sa plume prenait plaisir à l'écrire dans ses lettres. « Oui, disait-il, il faut tout de bon « transporter nos cœurs dans le cœur de ce roi immortel des « siècles, et ne vivre que pour lui. Oh ! que je voudrais mourir « pour l'amour de mon Sauveur î » Il s'excitait à aimer toujours davantage par le souvenir des mvstères de Jésus-Christ, qu'il tenait habituellement présents à son esprit et à son cœur, comme l'objet le plus cher de sa dévotion. Les jours où l'Eglise les honore lui étaient précieux et excitaient toutes les effusions de sa piété : il y officiait toujours pontificalement avec une humble majesté et un grand recueillement, et il s'efforçait d'attirer en lui les grâces et les vertus du mystère qu'on célébrait.
Aux saintes fêtes de !Xoël, le mystère delà crèche le pénétrait des plus pieux sentiments : « Le grand petit enfant de Bethléem, « disait-il ', soit à jamais les délices et l'amour de notre cœur ! « Ah ! comme il est beau î J'aime cent fois mieux ce cher petit « enfant dans la crèche que voir tous les rois en leur trône. « Mon Dieu * ! Que ce mystère fait naître dans nos cœurs de « saintes affections, surtout d'abnégation des biens, des hon-
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544 VIE DE SAINT FlUNÇOIS DE SALES.
« neurs et des plaisirs de ce monde! Je ne trouve point de « mystère qui mcle si suavement la tendreté avec l'austérité, « l'amour avec la rigueur, la douceur avec la sévérité. Sainte « Paule aime mieux vivre pauvre à Bethléem que riche à Rome ; « je le conçois : c'est que là il lui semblait entendre jour et « nuit le cher enfant de Bethléem qui l'incitait au mépris des « grandeurs du monde et l'appelait à l'amour de l'abjection. « Qu'est-ce, en effet, que le Sauveur ne nous dit pas en se tai- « sant? Son cœur pantelant d'amour devrait bien enflammer « le nôtre... Votre nom, mande-t-il à une religieuse \ est écrit « dans le fond de ce divin cœur qui palpite là sur la paille par « la passion affectueuse qu'il a de votre avancement : il ne « jette pas un seul soupir auquel vous n'ayez part... Demeu- « rons aux pieds de ce Sauveur, disant avec l'épouse des Can- « tiques : J'ai trouvé celui que mon cœur aime, je le tiens et « ne veux point m'en séparer... L'enfant de la crèche ne dit « mot, et son cœur plein de ferveur pour les nôtres ne se mani- « feste que par des plaintes, des larmes et de douces œillade? * : « mais que ce silence me dit de grandes choses ! Il m'apprend « à faire la vraie oraison mentale , il m'enseigne la ferveur « amoureuse d'un cœur plein de douces pensées, de saintes « affections, et qui a peur d'en perdre la suavité s'il les pro- « nonce. »
Ainsi le saint prélat parlait du mystère de Noël ; il n'est pas moins touchant lorsqu'il parle du nom de Jésus : « Je n'ai, « écrivait-il le premier jour de l'an, que le temps de vous écrire « le grand mot de notre salut, Jésus. Prononcez-le du fond du « cœur, ce nom sacré : il répandra en toutes les puissances de « votre âme un baume délicieux. Que nous serions heureux <(. de n'avoir en l'entendement que Jésus, en la mémoire que « Jésus, en la volonté que Jésus, en l'imagination que Jésus ! « Essayons-en et prononçons-le souvent de notre mieux. Plaise
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* Lettre Dcccu*.