LIV. VII. — SA DEVOTION A LA PASSION DE J.-C
utiles à la réforme de la vie*. Toujours il portait sur son cœur V Histoire de la Passion, écrite de sa propre main, la regardant comme un bouclier contre les tentations et un stimulant continuel à aimer toujours davantage Jésus souffrant. Il avait une affection spéciale pour la tableau de sainte Madeleine au pied de la croix ; il l'appelait la bibliothèque de ses pensées , et il aimait à se placer en esprit à la place de cette dlustre pénitente, qui, en échange de ses larmes, avait reçu le sang de Jésus- Christ pour purifier toutes ses souillures.
Le crucifix était, selon lui, le vrai livre du chrétien : « J'en « appelle à vous tous, s'écrie-t-il dans l'enthousiasme de son « amour, illustres docteurs de l'Église, dévot saint Bernard : où « avez-vous puisé votre si suave doctrine, sinon en ce livre? Et « vous, pieux Augustin, qui nourrissiez votre âme dans les « plaies du Sauveur, pascor à vulnere; et vous, séra|)hique « François d'Assise, qui avez extrait du Livre de la Croix tant « de touchantes instructions; et vous, angélique saint Thomas, « qui n'avez rien écrit qu'après avoir pris conseil de Jésus cru- « cifîé; et voiis, docteur séraphique saint Bonaventure, qui « semblez n'avoir eu, en écrivant vos pieux opuscules, d'au- « tre papier que la croix, d'autre plume que la lance, d'autre « encre que le sang de notre Sauveur Jésus-Christ? Oh ! quel feu « vous embrasait lorsque votre cœur poussait ce cri d'amour : « Qu'il fait bon avec Jésus crucifié ! Je veux y faire trois tentes, « l'une en ses mains, l'autre en ses pieds, et la troisième dans « la plaie de son càté, où je veux me reposer et veiller, lire et « parler, prier et tout faire *. . .
« Oh ! s'écrie-t-il ailleurs ', si Notre-Seigneur nous a aimés « jusqu'à la mort de la croix, que nous reste-t-il à faire, sinon « que nous mourions aussi d'amour pour lui, ou si nous ne « pouvons mourir pour lui, que du moins nous ne vivions que
• Opiisc, p. 480.
* Sermon pour l'invention de la sainte Croix. "' Sermon pour le vendredi saint.
« pour lui? Certes, si nous ne l'aimons pas, si nous ne vivons « pas pour lui seul, nous sommes des ingrats et des perfides. 0 « Seigneur! disait saint Augustin, est-il possible que l'homme « sache que vous êtes mort pour lui et qu'il ne vive pas pour « vous? Quoi ! mon Dieu, disait en sanglotant saint François « d'Assise, vous êtes mort d'amour pour nous, et personne ne « vous aime ! »
Pour obvier à ce grand mal, le saint évêque recommandait* déporter toujours la croix sur soi, de la baiser souvent avec amour, de la regarder avec respect et tendresse, en lui disant: « 0 Jésus, le bien-aimé de mon âme! souffrez que je vous serre « sur mon sein comme un bouquet de myrrhe : je vous pro- « mets que ma bouche, qui est heureuse de baiser votre sainte « croix, s'abstiendra désormais de médisances, de murmure, « de toute parole qui pourrait vous déplaire ; que mes yeux, qui « voient couler votre sang et vos larmes pour mes péchés, ne « regarderont plus les vanités du monde, ni rien de ce qui ex- « pose à vous offenser; que mes oreilles, qui écoutent avec tant « de consolation les sept paroles prononcées par vous sur la « croix, ne prendront plus plaisir aux vaines louanges, aux « conversations inutiles, aux paroles qui blessent le prochain ; « que mon esprit, après avoir étudié avec tant de goût le mys- « tère de la croix, ne s'ouvrira plus aux pensées et imaginations « vaines ou mauvaises ; que ma volonté, soumise aux lois de la « croix et à l'amour de Jésus crucifié, n'aura plus que charité « pour mes frères; qu'enfin rien n'entrera dans mon cœur ou « n'en sortira qu'avec la permission de la sainte croix, dont je « tracerai sur moi, avec vénération, le signe sacré à mon cou- « cher et à mon lever, et parmi toutes les angoisses de la vie. »
Ce que le saint prélat enseignait si bien aux autres, il le pratiquait bien mieux encore. « Quand le vent, écrivait-il à sainte « Chantai*, s'enferme dedans nos vallées, entre nos montagnes.
' Entretien XXII% de l'exaltation de la sainte Croix, p. 392. ' Lettre ocxuf.