LIV. VU. — SA DEVOTION A L'EUCHARISTIE. 5i
« il ternit l^s petites flem"S et déracine les grands arbres. Ainsi, « moi qui suis logé un peu bien haut en cette charge d'cvêque,
«j'en reçois plus d'incommodités Mais, au pied de la croix
« sacrée de ^otre-Seigneur, la pluie qui tombe de toutes parts « abat ce vent. 0>'''^'id j V suis, ô Dieu ! que mou ca^ur est en « paix, et que cette rosée rouge et vermeille lui donne desua- « vite ! Soyez donc toujours dans le côté percé de notre Sauveur, « dit-il à sainte Chantai, je veux essayer d'y être souvent avec « vous... Que ce Seigneur est bon ! que son cœur est aimable ! « Demeurons là en ce saint asile ; que ce cœur vive toujours « dans nos cœurs, et que ce sang bouillonne toujours dans « les veines de nos âmes ! »
Quelque admirables que soient ces sentiments envers la Passion du Sauveur, la dévotion du saint évèque pour la divine Eucharistie n était pas moindre, si même elle n'était encore plus tendre et plus touchante. 11 allait aux bénédictions du saint Sacrement, partout où il savait qu'elles devaient avoir lieu; et là, devant le mystère d'amour exposé à ses adorations, il se tenait, avec un souverain respect, toujours à genoux, dans une contenance si modeste, une humilité si profonde et une attention si parfaite, que tout le monde en était éditié. 11 était immobile comme une statue, s'interdisait tout regard, loul crachement, l'usage même de la calotte, et aimait mieux souffrir les piqûres des moucherons ou insectes, qu'on a vu plusieurs fois ensanglanter sa tète chauve, que de faire pour les chasser un mouvement de la main qui s'accordait mal avec la religion profonde dont il était pénétré.
« Quand il portait le saint Sacrement aux processions, il « était alors, dit sainte Chantai', connue un chéiubin lumineux, « portant contre sa poitrine le Dieu d'amour, sans presque « remuer les yeux : son cœur, alors, ressentait des ardeurs « inexplicables, et son visage, recueilli et absorbé dans celte « grande action, inspirait de la dévotion à tous ceux qui l'ob-
* Dép. de sainte Ckantal.
« servaient. J'ai porté ce matin mon Sauveur en procession, « écrivait-il un jour; il m'a, par sa grâce, donné mille saintes « pensées, au milieu desquelles j'ai eu peine à retenir mes lar- « mes ; je me comparais au grand prêtre de l'ancienne loi. qui « portait sur sa poitrine un riche pectoral orné de douze pierres « précieuses, où étaient gravés les noms des douze tribus. Mais « que je trouvais mon pectoral plus riche ! Car, voyez-vous, je « tenais ce divin Sacrement bien serré contre ma poitrine, et « m'était avis que les noms des enfants d'Israël y étaient tous « marqués. Oh ! que j'eusse voulu que mon cœur se fût ouvert « pour recevoir mon Sauveur ! mais, hélas ! je n'avais pas pour « le fendre le couteau qu'il fallait;. car il ne se fend que par « l'amour. »
Une autre fois, qu'il avait porté le saint Sacrement par une chaleur extraordinaire, et avec une extrême fatigue qui fit craindre pour sa santé, on lui demanda comment il se trouvait : « Un peu las de corps, répondit-il, mais de cœur et d'es- « prit, oh ! que je suis bien ! Et comment pourrait-il en être au- « trement, après avoir porté sur ma poitrine, et tout près de « mon cœur, un si divin remède? Ah! si j'eusse eu mon cœur « bien abaissé par l'humilité, j'eusse attiré en moi ce divin Sau- « veur, qui aime tant cette vertu qu'il s'élance partout où il la « voit. Mon Dieu, quej'aiété attendri quand j'ai entendu chanter « les paroles du psaume : Les passereaux ont un asile, et la « tourterelle un nid où elle met ses poussins. 0 reine du ciel! « me suis-je dit alors, ô Marie, chaste tourterelle ! votre pous- « sin a donc pour nid ma poitrine! Et comme j'ai été ému de « cette parole des Cantiques : Mon bien-aimé est tout à moi et « je suis tout à lui : il demeure sur mon sein ; et de cette « autre, que Jésus semblait m'adresser : Mets-moi comme un « cachet sur ton cœur! C'était bien là, en effet, que je le « tenais. »
On conçoit quel devait être le zèle d'un évêque si pieux pour monter à l'autel, pour y porter son Dieu dans ses mains, l'y contempler de ses yeux et le recevoir dans son cœur. Il célébrait