LIV. VII. — SA DEVOTION A L'EUCUARISTIE
chaque jour la sainte messe, même en voyage \ et il disait qu'il eût été mal à l'aise tout le jour s'il l'eût omis une seule fois*. Pour mieux faire cette grande action, il s'était tracé par écrit une méthode qui a été heureusement conservée ; en voici l'analyse : Il commence par les actes d'adoration et d'amour, de contrition, de satisfaction et d'offrande; de là il passe à la méditation de deux mystères de Notre-Seigneur, avant et après la messe, accompagnée de considérations et d'affections propres à chacun de ces mystères ; puis viennent le neuvième chapitre du quatrième livre de V Imitation, la prière de Grégoire XIII, F(jo volo missam celebrare, etc.... et diverses prières à Jésus-Christ, à la sainte Vierge, aux anges et aux saints. Après cette préparation, le saint auteur esquisse les sentiments pieux qui devront l'occuper à chaque partie du sacrifice; puis il trace la méthode d'actions de grâces, qu'il fait suivre de diverses formules de prières, et expose la manière d'honorer alors Notre-Seigneur, comme père, avocat, maître, juge, médecin, pasteur, et rémunérateur des élus''.
Jaloux de faire aimer la sainte Eucharistie autant qu'il l'aimait lui-môme, il composa encore à l'usage des fidèles : i" divers avis et exercices pour bien entendre la sainte messe*; 2° des exhortations touchantes à la communion fréquente, accompagnées des principes qui doivent servir de règle en cette matière®; 3° divers exercices très-pieux, avant et après la communion, avec un recueil de prières et d'hymnes traduits pour servir de préparation et d'actions de grâces". Il ne se peut rien de plus sage ni de plus pieux : c'est là que de son cœur on voit jaillir des élans d'amour, d'admiration et de reconnaissance pour le plus aimable de tous les mystères.
* Dép. cf Angélique Pesse.
* Dép. de Moccand.
' Opusc, p. 324.
* Opusc, p. 475, 501, 505.
» Idem, p. 570, 583, 630.
« Idem., p. 206 à 248, p. 590, 599, 604 et siiiv.
De cette dévotion si tendre à Jésus-Christ découlait, comme le ruisseau de sa source, comme la conséquence de son principe, la dévotion à Marie ; et c'était en effet sa pensée que l'amour de la mère est inséparable de l'amour du fds ; que c'est manquer à celui-ci de ne pas honorer celle-là ; que plus on aime Jésus-Christ, plus on doit aimer celle qui nous l'a donné, celle qu'il a lui-même tant aimée, et dont la gloire est la sienne propre, puisqu'elle tire de lui toutes ses grandeurs; qu'enfin Marie, par son titre de mère de Jésus-Christ, notre souverain Père, est notre grand' mère \ et que, comme Dieu est venu à nous par elle, il désire que par elle aussi nous allions à lui*. Conséquemment à ces pensées, le saint évêque avait pour Marie une dévotion toute particulière, un amour tendre, une confiance fihale^ : « Toutes les fois, disait-il, que j'entre dans un « lieu consacré à cette auguste reine, je sens, par un tiraille- « ment de cœur, que je suis chez ma mère; car je suis bien le « fils de celle qui est le refuge des pécheurs*. »
Dès ses premières années, cette dévotion avait fait les délices de son cœur; il était entré dès lors dans les confréries ou congrégations érigées en son honneur et avait fait vœu de réciter le chapelet tous les jours de sa vie; pratique qu'il observa avec tant de piété qu'il y employait une heure entière, accompagnant cette récitation de la méditation des mystères du rosaire, et avec tant d'exactitude que, lorsque ses affaires lui en ôtaient le loisir pendant le jour, il portait son chapelet au bras pour se souvenir de le réciter avant de se coucher : le soir, quelque avancée que fût la nuit, quelque fatigué qu'il fût lui-même, il ne retranchait rien de la prière vouée à Marie; et lorsqu'il était malade à ne pouvoir parler, il se la faisait réciter par un des siens et en accompagnait mentalement la récitation. Enfin, il portait toujours son chapelet suspendu à sa ceinture pour ne
* Introduction à la vie dévote, F* part., c. xvi. - Dép. du marquis deLullin.
^ Esprit de saint François de Sales, p. IV% sect. xxx et xxxi.
* Année delà Visitation, 27 août.