‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 158 sur 231 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SA CIIAUITE ENVERS l.E PROCHAIN.

Pour comprendre la charité de François de Sales, il faut se souvenir que ce n'était point chez lui un amour humain provenant d'un cœur bon et sensible, mais bien une charité toute surnaturelle dans son principe et dans son objet ; dans son principe, parce qu'elle procédait de l'amour même qu'il avait pour Dieu, l'amour divin, selon sa doctrine, ne commandant pas seulement l'amour du prochain, mais le produisant au fond du cœur, comme sa ressemblance et son image* ; dans son objet, parce que c'était Dieu lui-même et Jésus-Christ son fils qu'il envisageait et aimait en tous les hommes". « Il me semble, disait- « il', que je n'aime rien du tout que Dieu et toutes les âmes pour « Dieu, et que tout ce qui n'est point Dieu ou pour Dieu ne « m'est rien. Oh ! quand verrons-nous le prochain en la poitrine « du Sauveur ? Qui le regarde hors de là, court risque de ne « l'aimer ni purement, ni constamment, ni également. Mais là. « qui ne l'aimerait? qui ne le supporterait ? qui ne souffrirai! « ses imperfections ? qui le trouverait de mauvaise grâce ou « ennuyeux, lorsqu'on le voit dans cette poitrine sacrée si aimé « et si aimable, que le Dieu sauveur meurt d'amour pour lui*. « Le corail, ajoutait-il, tant qu'il est dans la mer, est un ar-

• Traité de Vamour de Dieu, liv. X, c. 1! . 2 Ihid., c. 12.

"' De'p. de sainte Chantai, art. 27.

* Esprit de saint François de Sales, part. X% scct, xxxiii. — part. 1X% scct. V •

« brisseau verdâtre et sans beauté ; dès qu'il en est tiré et exce posé au soleil, il charme par son vermeil et son lustre : de « même, tant que l'amour du prochain se limite dans la nature, « il n'a ni bonté ni beauté. Dès qu'il est exposé au soleil de « l'amour de Dieu et sanctifié par son esprit, qui est charité, « il se montre en sa perfection, secourable au prochain par « paroles, par œuvres, et par exemples, pourvoyant à tous ses « besoins autant qu'il peut, se réjouissant de son bonheur, surce tout de son progrès spirituel, lui désirant les biens de la ce grâce et les lui procurant avec grande affection, mais sans ({ inquiétude d'esprit ou indignation dans les événements conc( traires. »

Plein de ces beaux principes, il aimait le prochain au delà de tout ce qu'on peut dire, ce Je ne pense pas, dit un témoin de c( sa vie habiluelle\ qu'il se puisse jamais trouver au monde un c( homme qui ait une plus parfaite charité à l'endroit de son c< prochain. Servir et secourir le prochain, tant spirituellement « que corporellement , c'était là son exercice continuel. Les c( peines, les travaux, les incommodités, les périls les plus « grands ne lui étaient rien, pourvu qu'il fût utile et secoura- <c ble à ses frères en Jésus-Christ. Il a plu à Dieu, disait-il, de « faire ainsi mon cœur ; je le veux tant aimer , ce cher proc( chain, je le veux tant aimer ! Oh ! quand sera-ce que nous sec( rons tout détrempés en douceur et en charité envers le proc< chain ? Je lui ai donné toute ma personne, mes moyens, mes c( affections, afin qu'il s'en serve selon ses besoins-. » C'était en effet le principe du saint évoque, qu'il ne fallait jamais refuser aux autres le service ou la consolation qu'on pouvait leur rendre, comme parle fait jamais on ne l'a vu manquer de faire au prochain tout le bien qu'il pouvait lui faire, quoi qu'il dût lui en coûter; et, quand en le voyant se consumer de fatigues, on lui représentait que ce dévouement épuiserait ses forces et

'■ Dép. de Passis.

* Dép. de sainte Chantai, art. 27.

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