‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 161 sur 231 · LIV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHAIN · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHAIN

longs discours qui les eussent fatigués, mais par quelques courtes aspirations qu il leur laissait le loisir de goûter, leur disant, par exemple : « Mon Dieu, que votre volonté soit faite et non « la mienne. Dieu, mon père, je remets entre vos mains « mon âme, ma santé et ma vie; je m'abandonne à vous; je « vous aime et me repens de ne vous avoir pas toujours aimé. » 11 les rassurait dans leurs inquiétudes, il les consolait dans leurs afflictions. Ayant un jour rencontré une malade qui se désolait des peines que sa maladie donnait à ses enfants, « moi, « au contraire, lui dit-il, je ne suis jamais si content dans « mes maladies que quand je vois les miens se donner beau- « coup de peine autour de moi : car je me dis alors : S'ils font « tout cela pour Dieu, comme j'aime à penser qu'ils le font, « que de mérites ils amassent ! quelle belle récompense pour « le ciel ! et dans cette vue. ils me semblent plus dignes d envie « que de pitié ' . »

Cette immense charité du saint évèque ne distinguait point entre les petits et les grands, les pauvres et les riches. Les hommes du peuple, les paysans, les gens rustiques, grossiers et malpropres, tous étaient les bienvenus auprès de lui *. Ils lui disaient avec confiance leurs pelites affaires, et lui. sans laisser soupçonner qu'on abusait de sa bonté, écoutait avec bénignité tout ce qu'on avait à lui dire, quelque insipide ou ennuyeux que fût le discours, et répondait à tout avec tant de douceur, qu'ils s'en retournaient heureux^. Il ne pouvait souffrir qu'ils attendissent à sa chancellerie, quand leurs affaires les y appelaient : lui-même allait leur faire expédier promptement les pièces qu'ils sollicitaient, ou leur envoyait un des siens, s'il ne pouvait aller en personne \

Quelquefois il parlait leur patois pour les intéresser davantage, paraissait se plaire beaucoup avec eux, et ne craignait

• Dép. de MontroUier.

- Dép. de sainte Chantai, art. xlix.

^ Dép. de sainte Chantai, art xxvii.

•* Dép. de Legay.

pas de consumer ainsi en choses de peu d'importance un temps qui lui était si précieux pour ses autres travaux. « Ces petites « gens, disait-il \ ont besoin d'être écoutés et aidés dans leurs « affaires autant que les grands dans les leurs : Si une chose « de rien trouble une àme, il ne faut pas laisser pour cela de « la consoler. Les petites affaires en sont de grandes pour les « pauvres, et d'ailleurs ce n'est pas une petite affaire que de « consoler une àme que Jésus-Christ a rachetée de son sang. » Souvent ses serviteurs s'impatientaient de ce qu'il donnait si libre accès à toutes sortes de gens, même à des personnes de la condition la plus vile, aux brocanteurs et aux charlatans : « Où est donc votre charité, leur répondait-il doucement? Pour « moi, je le veux tant aimer, ce cher prochain ! je ne me refu- « serai jamais à personne, à quelque heure que ce soit. »

Un jour, dit sainte Chantai, je lui reprochais le long entretien qu'il avait eu avec une personne de peu d'esprit et de considération ; il me répondit : « Je suis redevable à tous : sapien- « tibus et insipietitibus debitor siim. » Une autre fois je le blâmais d'avoir parlé si longtemps avec une personne pauvre d'une chose futile que j'appelais une sottise. « Ce que vous ap- « pelez sottise, me dit-il, est grave pour ces pauvres gens. » L'évèque de Belley raconte de môme qu'un jour il attendit longtemps avec plusieurs personnes le saint prélat, qui écoutait une pauvre femine aveugle et mendiante, et qu'à la fin de l'entretien, il lui témoigna son étonnement de la longueur de la conversation qu'il avait eue avec elle : « Ah ! dit le saint « évoque, cette aveugle voit plus clair dans les choses de Dieu « que plusieurs qui ont de bons yeux, et j'ai plaisir à l'entre- « tenir '. » 11 se complaisait, en effet, à converser avec les Ames simples; et son cœur, à l'aise dans leur compagnie, se dilatait délicieusement. Il affectionnait surtout les petits enfants, leur parlait avec bonté, et les bénissait avec un doux sourire.

Une de ses plus douces jouissances était d'entendre les pau-

' Dtp. de sainte Chantai, ait. xxvii.

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