‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 162 sur 231 · UV. VII. — SA CHARITÉ POUR LES PAUVRES · texte numérisé non relu

UV. VII. — SA CHARITÉ POUR LES PAUVRES

vres l'appeler du nom de père. Un jour, raconte l'évèque de Belley ', que je voyageais avec lui sur le lac de Genève, les bateliers l'appelaient : Mon père, et lui parlaient familièrement. « Voyez-vous, me dit -il, ces gens m'appellent leur père, et c'est « la vérité qu'ils m'aiment comme leur père. Oh! qu'ils me font « plus de plaisir, en m'appelant ainsi, que les faiseurs de com- « pliments qui me donnent le titre de monseigneur! » Pour se montrer vraiment père à l'égard des pauvres gens des villes et des campagnes, il recevait d'un air plein de bonté tous les petits présents qu'ils lui faisaient en reconnaissance des fonctions de son ministère : l'un lui présentait une poignée de noix onde châtaignes; l'autre, des pommes, des œufs ou lie petits fromages ; d'autres, des sous ou même des liards pour leur dire une messe ; et ce qu'on lui donnait en argent, il le distribuait aux pauvres au sortir de l'église ; ce qu'on lui donnait en comestibles, il l'emportait dans ses poches ou dans son rochet pour le manger à table, citant à cette occasion les paroles du psaume : Labores mnmiiim tiiarum qitià monducabis, beatus es et benè tibi erit^. — « Vous serez heureux de manger le fruit de votre travail. »

On conçoit facilement combien une ànie si bonne devait être charitable envers les pauvres qui étaient dans le besoin. Le lundi et le jeudi de chaque semaine, il faisait, à la porte de son évèché, une aumône générale plus ou moins forte, selon la rigueur des temps et des saisons, et distribuait à chacun du pain, du potage, des légumes ou des vêtements. Les autres jours il faisait l'aumùne individuelle à tous ceux qui se présentaient, sans jamais refuser personne ; et s'il n'avait pas d'argent sous la main, tantôt il empruntait plutôt que de laisser le pauvre se retirer les mains vides, tantôt il donnait son linge, ses habits, sa chaussure '. Une fois il donna jusqu'aux souliers qu'il avait

Espi'it de suint François de Snles, p. IV«, se«*t. xiv.

Ps. CHVII, 2.

Dép. de sainte Chantai, art. xsvir.

aux pieds; une autre fois il livra les burettes d'argent de sa chapelle, et quand l'économe voulut lui en faire des reproches: « Les burettes de verre, lui répondit-il en souriant, sont bien « préférables : avec elles il est impossible de se méprendre sur « l'eau et le vin du sacrifice. » Un jour, par un grand froid d'hiver, un pauvre mal vêtu vint lui parler de quelque affaire. François, le voyant trembler de tous ses membres faute de vêtements pour le défendre des rigueurs de la saison, ne put tenir à ce spectacle : il passe dans sa chambre, cherche quelque habit à lui donner, il n'en trouve point : le valet de chambre, qui connaissait la charité de son maître, avait tout mis sous la clef. Alors il quitte la camisole toute neuve qu'il porte sous sa soutane, la donne à ce pauvre, en lui recommandant le secret, et souffre du froid tout le reste du jour, jusqu'à ce que le domestique, ayant découvert la chose au moment du coucher, lui en ait donné une autre ^ Enfin, le jeudi saint de chaque année, il donnait à dîner à douze pauvres, et leur distribuait une somme considérable, après leur avoir lavé les pieds avec un maintien humble et pieux qui édifiait fous les assistants, et les leur avoir baisés avec tendresse ^.

Tous les religieux qui, passant par Annecy, n'y avaient pas de maison de leur ordre, ainsi que tous les ecclésiastiques qui se présentaient, étaient reçus àl'évêché. Le saint prélat veillait à ce que rien ne leur manquât, et ajoutait à ces bons offices une affection cordiale et fraternelle qui les touchait beaucoup plus encore que le bienfait de l'hospitalité '. Tous les nouveaux convertis qui venaient de Genève ou d'autres lieux se réfugier à Annecy, recevaient aussi une part de ses largesses en rapport avec leur besoins. Si leur position le demandait, il payait leur pension en ville ou les gardait chez lui ; quelquefois même il

* Dép. de Legay du chanoine Gard et de Claude Girod, celui-là mémo qui avait reçu la camisole et la garda respectueusement toute sa vie comme une relique.

* Dép. d'Angélique de la Pesse. — Dép. de sainte Chantai, art. xxvii. ' Dép. de Rendu. — Dép. de sainte Chantai, art. xxvii.

Page 1