‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 163 sur 231 · LIV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHALX · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHALX

payait pour les garçons l'apprentissage de quelque métier, plaçait les filles en service chez des dames vertueuses, ou leur fournissait la dot nécessaire soit pour entrer au couvent, soit pour se marier. Les pauvres honteux n'étaient point oubliés dans les sollicitudes du charitable évêque : il en avait une liste exacte, s'informait avec discrétion de tous leurs besoins, leur faisait parvenir ses aumônes de manière à ménager leur délicatesse; « et l'on ne saurait dire, raconte un témoin oculaire', « combien il en soulageait ainsi. »

Quant aux pauvres que l'infirmité empêchait de venir chercher leur aumône, il allait lui-même la leur porter jusque dans les réduits les plus obscurs et les plus hideux, jusque dans les granges et les étables : tantôt il leur donnait des secours d'argent, tantôt il leur faisait porter de la viande s'ils en pouvaient manger, il la leur coupait lui-même par morceaux sur l'assiette pour leur en éviter la peine *, et leur rendait de ses propres mains les plus humbles ser>'ices. Un jour qu'on voulait le détourner d'approcher d'un pauvre vieillard à cause de la mauvaise odeur qu'exhalaient ses infirmités : « Laissez « faire, dit-il; les mauvaises odeurs des pauvres sont pour moi « des roses. » 11 visitait de même une ou deux fois la semaine les prisons et les hôpitaux ; soulageait, consolait tous ceux qui souffraient, et les amenait par de douces insinuations à se confesser et à communier '.

Lorsqu'il s'absentait, il faisait continuer ses aumônes comme .s'il eût été à Annecy; et, outre ces largesses de sa charité, il pourvoyait encore à toutes les nécessités des monastères, à tous les besoins des maisons oii l'on recevait des indigents, et veillait avec une sollicitude paternelle à ce que personne autour de lui ne manquât du nécessaire. Par une charité en dehors des règles communes et que nous n'oserions proposer pour modèle, il distribuait,

' Dép. de Bonard. — Dép. de sainte Chantai, art. xux. * Dep. de la sœur Flory.

5 Dép. de Favre et de Baytay. — dép. de sainte Chantai, art. xxvn. u. 24

même dans le saint tribunal, à ses pénitents pauvres, une aumône proportionnée à leurs besoins, et leur disait de réclamer par cette voie, si elle leur convenait mieux, son assistance dans leur détresse. Si c'étaient des pauvres qui refusassent de se ccmfesser, il ne laissait pas pour cela de les assister : souvent même il donnait de grosses aumônes aux femmes débauchées, sur leur seule promesse de sortir du désordre; et quand, infidèles à leur parole, elles continuaient la même vie, il ne cessait pas de leur faire du bien. « C'est temps et argent perce dus, lui disait-on. — Hélas, répondait-il, la misère humaine « est si grande! il faut toujours en avoir pitié et ne jamais dés- « espérer de la conversion de personne \ »

Quelquefois, au lieu de demander à titre d'aumône, on lui demandait à titre de prêt, et il y acquiesçait de bonne grâce, non qu'il comptât beaucoup sur la restitution, mais parce que ce mode de don était moins humiliant. Un jour, un homme de condition médiocre ayant reçu de lui douze écus à ce dernier titre, voulut lui en faire un billet : « Cela n'est pas nécessaire, « dit François ; je me fie à votre parole; d'ailleurs, la somme « n'est pas si grande que sa perte doive me causer un grave « dommage. Ne vous gênez pas pour me la rendre; je vous as- « sure que je ne vous la redemanderai jamais. » L'emprunteur, trop fier pour paraître recevoir une aumône, répondit qu'il rendrait cette somme dans un mois et qu'il ne l'accepterait pas sans en faire un billet. François le laissa faire; et cet homme étant revenu au bout d'un an demander à emprunter dix écus sans parler des douze qu'il devait, François lui remit son billet en disant : « Vous ne me demandez que dix écus à emprunter; « en voilà douze que je vous donne de bon cœur. » Un autre lui en ayant demandé vingt, et voulant aussi en faire le billet, le saint évêque, qui n'avait pas toujours de telles sommes à sa disposition et ne voulait pas cependant renvoyer cet importun mécontent, alla chercher dix écus, et lui dit : « J'ai trouvé un

* Dép. de sainte Chantai, art. xxvn.

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