‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 166 sur 231 · UV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHAIN · texte numérisé non relu

UV. VII. — SA CHARITE POUR LE PROCHAIN

qu'un père et un fils plaidaient l'un contre l'autre pour une affaire d'intérêt, il les fit venir : « Eh bien, leur dit-il, de com- « bien s'agit-il entre vous? Voilà mes chandeliers d'argent, « prenez-les et ne vous disputez plus. » Le charitable pasteur employait une grande partie de ses journées à entendre ceux qui avaient des procès ou des querelles et qui l'en établissaient arbitre : quelquefois même il y employait des journées entières jusqu'à être obligé de prendre sur la nuit pour son office et ses autres exercices spirituels. 11 écoutait paisiblement ce qu'avaient à lui dire les parties, leurs avocats ou leurs procureurs, sans se plaindre jamais d'être dérangé dans ses affaires, sans témoigner d'ennui ni plus d'affection aux uns qu'aux autres et avec un esprit recueilli en Dieu : « Car, disait-il, il faut traiter les w affaires de la terre les yeux attachés au ciel. » Puis il prononçait selon sa conscience et renvoyait tout le monde content. C'est ce qu'il raconte lui-même dans une de ses lettres : « J'ai « été occupé à faire des accommodements*, dit-il; mon logis a « été tout plein de plaideurs ; mais je les ai si bien arrangés à ff leur commune satisfaction, qu'ils s'en sont retournés en paix « et en repos. »

La charité de François de Sales ne se bornait pas aux vivants, elle suivait les morts jusqu'au delà de la tombe . et n'était pas moins tendre pour eux que pendant leur vie : « Hélas ! « disait-il', nous ne nous souvenons pas assez de nos chers tré- « passés ; leur mémoire semble périr avec le son des cloches, et « nous oublions que l'amitié qui peut finir, même par la mort, « ne fut jamais véritable; ramicizia che puô finire, non fU mai « vera, l'Ecriture elle-même nous enseignant que le vrai amour « est plus fort que la mort'. Dire du mal des morts est une « inhumanité comparable à celle des bêtes féroces qui déter- « rent les corps pour les dévorer ; en dire du bien pour s'exci-

• Lettre cxt*.

* Esprit de saint François de Sales, II' p., sect. xt. ' Cant., vm, 6.

« ter à les imiter est chose louable ; mais les soulager est chose « bien meilleure encore, car c'est là visiter les malades, c'est a donner à boire à ceux qui ont soif de la vision de Dieu ; c'est « nourrir les affamés; c'est racheter les prisonniers, vêtir ceux « qui sont nus, et procurer l'hospitalité dans la Jérusalem « céleste ; c'est consoler les affligés, éclairer les ignorants, faire « enfin toutes les œuvres de miséricorde en une seule ^ »

' Esprit de saint François de Sales, XI" part,, sect, xvi.

Page 1