‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 167 sur 231 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SA DOICEIR '

La douceur résume en quelque sorle toute la vie de saint François de Sales : c'est cette vertu qui a fait, depuis son enfance jusqu'à son dernier soupir, son caractère distinctif. S'il a fait de si grandes choses, c'est par l'empire de sa douceur; s'il a converti tant de pécheurs et d'hérétiques, élevé à la perfection tant d'àmes justes, consolé tant de cœurs affligés, c'est par l'onction de sa douceur ; si enfln les livres qu'il a composés ont fait et font encore tous les jours tant de fruit dans l'Eglise, c'est parce que la douceur s'y montre à toutes les pages et semble elle-même en avoir écrit toutes les lignes.

Cependant la douceur n'était point née avec lui, si je puis ainsi parler. 11 était naturellement vif, impatient, colère, et il nous apprend lui-même qu'étant évèque, il laissa une fois son caractère s'échapper. « Il ne faut jamais, dit-il, dans sa lettre « sur la prédication*, témoigner de colère en prêchant, comme « je fis le jour de Notre-Dame , quand on sonna avant que « j'eusse achevé. Ce fut une faute sans doute avec plusieurs « autres. » Un autre jour, qu'il avait été gravement insulté sans opposer un seul mot à toutes ces injures, son frère, lui ayant demandé s'il n'avait ressenti en lui-même aucun mouvement ^'indignation : « Ah! répondit-il, je sentais la colère bouillonne ner dans mon cerveau, comme l'eau dans un vase sur le feu'.»

• Dép. de sainte Chantai, art. xxxn, p. 107.

* Lettre lxu*.

' Année de la Visitation, 2 septembre.

Mais, à force d'examens de conscience, continués pendant vingt-deux ans entiers, à force de vigilance, de combats et de victoires sur lui-même, à force, comme il le disait, « de prendre « sa colère au collet, de la gourmanderet de la fouler sous les « pieds, » il vint à bout de maîtriser son humeur, jusqu'à être vraiment comme Moïse, le plus doux des hommes de son temps, et à pouvoir dire , en apprenant que quebju'un l'accusait de s'être mis en colère : « Je suis un chétif homme, sujet à pasce sion; mais, parla grâce de Dieu, depuis que je suis berger, « je n'ai jamais dit parole passionnée de colère à mes bre- « bis*. »

Ce n'était point chez lui cette fausse douceur, dont la politesse mondaine fait tous les frais, au prix de quelques paroles et manières gracieuses, mais bien cette douceur vraie et naïve qui part du cœur, et est comme la fleur de la charité; cette douceur qui est bonne parce qu'elle aime, qui remplit l'âme de tendresse, d'indulgence et de miséricorde, et de là répand sur tout l'extérieur une grâce simple et sans fard, un air de cordialité sagement tempéré, fruit d'une affection toute sainte*. Ce n'était pas non plus cette réserve timide et embarrassée, qui ne se fâche point, parce qu'elle n'ose ; encore moins cette apathique indifférence qui ne s'émeut de rien , parce qu'elle ne sent rien ; qui ne hait rien, parce qu'elle n'aime rien, qui cède toujours parce que tout lui est égal : c'était une douceur pleine d'âme et de sentiment, noble, digne et majestueuse, qui saisissait tous ceux qui en étaient témoins d'un esprit religieux où le respect et l'amour avaient une part égale. « J'ai connu, « dit 31. de Belley, des personnes de qualité, habituées à con- « verser avec les princes et les princesses, qui m ont avoué « qu'elles se composaient avec plus d'attention devant le saint « évêque que devant les plus hautes dignités de la terre, tant « sa douceur était pleine de majesté. »

* Année de la Visitation, 17 mai. — Lettre ccclxxix«.

* Esprit de saint François de Sales, Xll* part., sect. viii. — XI" part., sectxxxu. — X' part., sect. ix.

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