‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 169 sur 231 · LIV. VII. - SA DOUCEUR · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SA DOUCEUR

tion pour le prochain qui Ta commis. II les serrait contre son cœur avec une tendresse maternelle. « Venez, mes chers en- « fants, leur disait-il. venez, que je vous embrasse, et que je « vous mette dans mon cœur. Dieu et moi nous vous assiste- « rons, ayez confiance. »

Parfois, quelques-uns de ses amis se scandalisaient de ce procédé et lui en faisaient des reproches : « Ah ! leur répondait- « il, il vaut mieux avoir à rendre compte de trop de douceur « que de trop de sévérité'. Dieu n'est-il pas tout amour? Dieu « le Père est le Père des miséricordes; Dieu le Fils se nomme « un agneau, et Dieu le Saint-Esprit se montre sous la forme « d'une colombe, qui est la douceur même. S'il y avait quelque « chose de meilleur que la bénignité, Jésus-Christ nous l'aurait « dit ; et cependant il ne nous donne que deux leçons à ap- « prendre de lui : la mansuétude et l'humilité de cœur, ftle « voulez-vous donc empêcher d'apprendre la leçon que Dieu « m'a donnée, et êtes-vous plus savants que Dieu? — Mais, lui « disait-on, ce sont des apostats, des hommes perdus, indignes « de vos caresses. » A ces mots, son cœur se serrait de douleur; il s'écriait en levant les yeux au ciel : « Hélas 1 il n'y a donc « que Dieu et moi à aimer ces pauvres pécheurs ! On veut que 0 jp les traite durement, parce qu'ils sont pécheurs, comme s ils « n'étaient pas, par là même, plus dignes de compassion et de « tendresse. On veut que j'oublie que ce sont mes brebis, que « je refuse mes larmes à ceux auxquels Jésus-Christ a donné « tout son sang; et à qui donc ferais-je miséricorde, sinon « aux pécheurs? >'on, je n'ai point le cœur assez dur pour traiter « avec rigueur mes enfants et mes chères entrailles. Un jour « viendra, peut-être, qu'ils se changeront en agneaux et seront « plus saints que tous tant que nous sommes : si on eût « repoussé Saul, on n'aurait point eu saint Paul. Dieu veut me « les envoyer pour les guérir, voulez-vous que je refuse Dieu? « Je sais bien que je suis leur évéque, mais j'aime mieux leur

• Esprit de saint François de Sales, XIV' p., sect. xsxn.

« montrer que je suis mère. Que celui qui aime la rigueur « s'éloigne de moi, car je n'en veux point avoir. »

Tant de bonté déterminait les pécheurs a déposer le fardeau de leur conscience dans le sein de l'homme de Dieu; et c'était alors que son cœur se fondait plus encore en douceur : il les pressait par de douces insinuations de tout lui dire ; et, quand la confession était finie, il les consolait et les encourageait. Un jour, qu'il parlait ainsi avec une grande effusion de tendresse à un pénitent qui venait de lui faire l'humiliant aveu de tous les désordres de sa jeunesse : « C'est sans doute par compas- « sion que vous me parlez de la sorte, lui dit celui-ci; mais, « dans le fond de votre âme, vous devez bien me mépriser. — « Je serais bien coupable, reprit le saint évêque, si, après une « si bonne confession, je vous tenais encore pour pécheur : je « vous vois, au contraire, plus blanc que la neige, semblable « à Naaman au sortir du Jourdain. Je vous aime comme mon « fils, parce que mon ministère vient de vous faire renaître à « la grâce, et je vous estime autant que je vous aime, parce que « d'un vase d'ignominie que vous étiez, vous êtes devenu un « vase d'honneur et de sainteté. Oh ! que votre cœur m'est cher, « maintenant qu'il aime Dieu tout de bon^ »

Interpellé à peu près de la même manière par une pénitente qui lui avait fait l'aveu d'une vie fort licencieuse : « Je vous re- « garde maintenant comme une sainte, lui dit-il. — Mais, reprit « celle-ci, votre conscience vous dit le contraire. — Non, ré- « pliqua-t-il, je vous parle selon ma conscience : avant votre « confession je savais sur votre compte bien des choses fâcheuses « qui se débitaient par le monde ; je n;i'en affligeais tant à « cause de l'offense de Dieu que dans l'intérêt de votre répu- « tation, que je ne savais comment défendre; mais maintenant « j'ai de quoi répondre à tout ce qu'on pourra dire contre vous. « — Mais, mon père, le passé demeure toujours véritable. — a Nullement ; si les hommes vous jugent comme le pharisien

* Esprit de saint François de Sales, X" p., sect. xi.

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