‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 172 sur 231 · LLV. VIL — SA DOUCELR · texte numérisé non relu

LLV. VIL — SA DOUCELR

« possédé du démon; on a souvent pris des pierres pour le lapider. « il n'a cependant pas maudit ceux qui le maudissaient ; il a « rendu bénédiction pour malédiclion, possédant son àme dans « la patience. — Mais, ajoutait M. Camus, quand ce sont des « personnes consacrées à Dieu qu'un faux zèle anime contre « nous, n'y a-t-il pas lieu de se fâcher? — Non, répondait le saint « prélat : ces personnes sont sans doute dans leur tort ; mais « ne savez-vous pas que les mouches qui font le miel sont celles « dont l'aiguillon est le plus piquant ? 11 faut espérer qu'un jour « elles reconnaîtront leur erreur, et alors elles vous aimeront « plus que jamais... Je ne trouve en ceci qu'une chose à votre « désavantage, c'est que vous vous en plaigniez, lorsqu'il fau- « drait n'en parler qu'à Dieu en priant pour elles'. — Mais, « mon père, lui dis-je (nous laissons parler M. de Bellev), ce « n'est que dans votre sein et à l'oreille de votre cœur que je « confie mes peines : à qui aura recours un enfant, sinon à son « bon père? — Vraiment, répondit François, vous avez raison a de dire que vous êtes un enfant ; mais cela ne convient pas à « celui à qui Dieu a donné le rang de père dans son Eglise; il « vous faut dire comme le Prophète : Je me suis tu et n'ai « point ouvert la bouche, parce que c'est vous, Seigneur, qui « avez fait cela, c'est-à-dire qui l'avez permis. — Mon père, lui « répliquai-je, vous êtes devenu bien rude et bien sévère à mon « égard : où sont vos anciennes bontés? — Je vous traite, me « répondit-il, comme je me traiterais moi-même en pareil cas. « Rappelez-vous la béatitude promise à ceux qui souffrent per- « sécution pour la justice, et sojez plus courageux à lavenir, « cachant sous un silence profond de pareilles faveurs, quand « Dieu vous les enverra, sans laisser éventer ce parfum, et ren- « dant grâce au Père céleste qui daigne vous donner une petite « parcelle de la croix de son Fils*. » Celte douceur, que François recommandait si fort en toute

• Esprit de saint François de Sales, III' p . , sect. nu. —X' p . , sect. ixvui.

* idem, XI' p., sect. i.

SftO VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.

circonstance, il la pratiquait dans sa vie intime, même à l'égard de ses domestiques; jamais il ne leur disait une parole d'humeur; s'il les reprenait lorsqu'ils faisaient des fautes, la correction était assaisonnée de tant dedouceur, « qu'ilyentraittoujours, dit « M. deBelley, beaucoup plus d'huile que de vinaigre^; » et s'il leur demandait quelque chose pour son service, c'était toujours avec des paroles douces et agréables-. Un jour, un grand seigneur l'étant venu voir, et la conversation s'étant prolongée après la chute du jour, sans que le domestique songeât ni à porter de la lumière à son maître, ni à éclairer l'Evêché, François, après avoir reconduit le seigneur dans l'obscurité, dit pour toute correction au domestique chargé d'éclairer : « Savez-vous, mon « cher ami, que deux bouts de chandelle nous eussent valu ce « soir dix écus d'honneur*? » Une autre fois, deux de ses domestiques, s' amusant à jouer aux cartes au lieu de faire leur ouvrage, il sortit doucement de sa chambre, jeta au feu d'un coup de balai les cartes qui étaient sur la table et s'en retourna sans rien dire*. Lorsqu'ils faisaient bien leur devoir, il les encourageait et leur témoignait par de douces paroles et un air aimable qu'il était content d'eux, qu'ils avaient toute sa confiance, qu'il aspirait à les rendre heureux, qu'il les tenait enfin pour ses enfants ou ses chers amis, et, lorsqu'ds tombaient malades, il avait pour eux les soins d'une mère. C'était ainsi qu'il voulait que les maîtres traitassent tous leurs domestiques ; il ne pouvait voir sans douleur la conduite contraire et ses fâcheuses conséquences. « Je lui objectai contre ces principes, dit M. de « Belley, le proverbe si connu : La familiarité engendre le mé- « pris. — Oui, me dit-il, la familiarité grossière est répréhen- « sible, mais jamais la familiarité civile, cordiale, honnête et « vertueuse : car, comme elle procède de l'amour, elle engendre « l'amour véritable, qui n'est jamais sans estime et par consé-

1 Esprit de saint François de Sales, p. V% sect. xxvii. ^ Dép. de Dumon.

^ Dép. de Râtelier.

* Dép. de Michel Favre.

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