LIV. VII. — SA DOUCEUR
« qiienl sans respect... Il n'y a personne qu'on respecte daTao- « tage et que l'on craigne tant d oflenser que celui qu'on aime « cordialement. 11 faut se souvenir toujours que nos domes- « tiques sont notre prochain et de pauvres frères que la chanté « nous oblige d'aimer comme nous-mêmes. Aimons-les donc « comme nous-mêmes, ces chers prochains qui nous sont si « proches, qui vivent avec nous sous un même toit et d'un « même bien, et traitons-les comme nous voudrions être traités «f si nous étions à leur place et dans leur condition '. k
Aussi les domestiques l'aimaient-ils comme on aime un père ; et rien de touchant comme les dé[)ositions qu'ils tirent sur lui dans le procès de sa béatification : « Je ne peux m'empêcher « de pleurer de tendresse et de dévotion, dit l'un d'eux, Fran- « çois Favre, toutes les fois que je pense à mon bon maître, à « tant de saintes actions que je lui ai vu faire pendant sa vie : M et ma seule consolation, depuis sa mort, est de m'entretenir « en sa pensée ou d'en entretenir ceux qui me fréquentent, et « de le prier tous les jours de ne pas oublier devant Dieu son « pauvre serviteur. »
Les traits de lafiection réciproque du maître et des doiœstiques sont si nombreux . que nous sommes obligés de nous borner à quelques-uns. Un soir, un de ses domestiques, qui était porté à des excès dans le boire et avait déjà reçu du saint évêque plusieurs réprimandes à ce sujet, étant sorti pour satisfaire son malheureux penchant, ne revint que fort tard à l'éTêché : il frappe à la porte, et personne ne répond ; tout le monde était endormi. François, qui seul veillait, se lève et va ouvrir, et trouvant ce pauvre homme si ivre, qu'il avait peine à mardier, il le prend par le bras, le fait entrer, le conduit jusqu'auprès de son lit, le déshabille, le déchausse, le couche et se retire, aprèj; avoir rangé ses couvertures, comme ferait une mère pour son fils. Le lendemain , le domestique se souvenant de ce qu'il a^aôt fait la veille, était tout confus et n'osait se montrer devant son
• Espint de suint François de Sales, p. V% sect. xxvn.
maître; mais François, l'ayant rencontré seul : « Eh bien, mon « cher ami, lui dit-il, vous étiez bien malade hier soir! » Aces mots, le pauvre garçon tombe à genoux et demande pardon avec larmes. Le saint évêque, touché de son repentir, lui fait une paternelle, mais sérieuse remontrance sur le danger où il s'était mis de perdre son âme pour l'éternité, et le condamne à mettre une certaine quantité d'eau dans son vin pendant un temps déterminé. Le coupable accepta la pénitence, et y fut si fidèle, non-seulement pendant ce temps, mais tout le reste de sa vie, qu'il ne retomba plus jamais dans aucun excès \
Un autre domestique désirant se marier et étant allé la nuit, pour cacher la chose à son maître, faire la demande de la personne qu'il désirait épouser, François, informé du fait, se plaignit doucement à lui de cette manière d'agir peu franche, et lui offrit de l'aider dans son dessein. Cet homme, touché de tant de bonté, lui répondit qu'il était trop heureux de demeurer avec un si bon maître et qu'il aimait mieux renoncer au mariage que de s'en séparer : « Non, dit François, cette personne « vous convient, le mariage vous sera avantageux, je lèverai « tous les obstacles qui s'y opposeront, et il se fera. » Ce fut en effet ce qui eut lieu peu de temps après ^
Le saint évêque se conduisit à peu près de la même manière envers François Favre, un de ses domestiques : celui-ci, ayant conçu le désir de se marier avec une jeune veuve riche et vertueuse, nommée madame Clavel, se mit un jour en tête de lui écrire pour demander sa main, s'imaginant qu'il s'expliquerait mieux dans une lettre que dans un entretien ; mais pendant qu'il était occupé à écrire, voilà que son maître entre dans sa chambre : aussitôt il jette sa plume d'un côté, son encrier de l'autre et cache son papier sous la table. Le saint évêque, sans rien dire d'abord, fait deux ou trois tours dans la chambre, puis, regardant le jeune homme : « François, lui dit-il, quand
' Dép. delà sœur Greffier.
- Esprit de saint François de Sales, p. V^ secl. xxvn.