‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 176 sur 231 · LIV. VII. - SA DOUCEUR · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SA DOUCEUR

gnes la joie qu'il éprouvait de son retour. Cette affection ne fit que croître avec les années, tellement qu'à la mort du saint évêque ce bon et fidèle serviteur faillit mourir de chagrin. Éperdu, hors de lui. il ne voulait entendre aucune parole de consolation, et jamaié enfant ne pleura aussi amèrement un père ou une mère *.

Mais ce n'était pas seulement envers ses semblables que François se montrait si doux et si bon ; sa bonté s étendait même jusqu'aux animaux. Jamais il ne leur faisait aucun mal, et il empêchait, autant qu'il le pouvait, qu'on leur en fit, disant que la pitié pour les animaux fait partie d'un bon naturel, que celui qui est doux envers eux l est à plus forte raison envers les hommes; qu'au contraire, faire du mal aux bêles, quelles qu'elles soient , pour son seul plaisir et sans raison suffisante, c'est l'indice d'un mauvais cœur. « Lorsqu'il était chez moi, dit « M. de Belley-, j'avais un chevreuil qui paissait dans mon ver- « ger : un seigneur de distinction étant venu nous visiter, suivi « de tout son attirail de chasse, voulut faire poursuivre cet ani- « mal par ses chiens. Beaucoup de monde s'assembla pour ce « spectacle ; mais l'homme de Dieu, après avoir essayé vaine- « ment de l'empêcher, ne voulut point y venir. Enfin les cors « sonnent . les chiens s'élancent avec grands cris à la pour- « suite du chevreuil. La pauvre bête, comme si elle eût connu « celui qui aurait voulu être son libérateur, s'enfuit au pied de « la fenêtre d'où le saint évêque regardait avec douleur, et fit « des bonds contre la muraille comme pour aller à lui. Fran- « çois, louché jusqu'aux larmes, demanda grâce, mais en vain ; « le pauvre animal fut bientôt aux abois. Quand on le lui apte porta mort, il détourna là vue, et, quand on le servil sur la « table : Hélas ! dit-il, le plaisir que vous avez pris à poursuivre « cette pauvre bête me rappelle le plaisir que prennent les

• Le P. Larivière, p. 598,— Charl.-Aug., p. 529.

' Esp7nt de saint François de Sales, II* part,, sect. x\.\iv.— XIV* part.,

«cet. XXSIII.

« démons à poursuivre les âmes, pour les précipiter dans le « péché, et de là dans la mort éternelle. »

Chose remarquable, autant François était doux envers tout ce qui l'approchait, autant d voulait qu'on fût doux envers soimème\ non pas sans doute de cette douceur molle qui caresse et ménage ses défauts, mais de cette douceur humble qui prend en pitié ses propres misères, ne se fâche point contre soi par un dépit d'amour-propre, mais s'encourage avec calme et force à se corriger. « Quand il nous arrive de faire une faute, dit-il, il « faut corriger notre cœur doucement et tranquillement, sans « nous courroucer et nous troubler. Mon cœur, mon ami, de- « vons-nous lui dire, au nom de Dieu prends courage, repre- « nous notre marche, prenons garde à nous et tenons le regard « élevé vers notre Dieu et notre refuge*. Quand il nous arrrve « de tomber, dit-il ailleurs, prosternons notre cœur devant Dieu « pour lui dire, en esprit de confiance et d'humdité : Seigneur, « miséricorde, car je suis infirme. Relevons-nous eu paix, re- « nouons le fil de nos affections et continuons notre ouvrage. Il « faut souffrir notre propre imperfection pour avoir la perfec- « tion, prendre patience avec ses imperfections en travaillant à « les corriger, recommencer tous les jours et ne croire jamais « avoir assez fait*.»

' Introduction à la Vie dévote,, III'" p., c. ix. - Lettre dccc°,

.5 Lettre cLxxvII^ — Esprit de saint François de Sales, XVII" part., sect. XIX. — XVIII" part., scct. xxetxxi.

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