‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 18 sur 231 · LIV. V. - GUÉRISON DE MADAME DE CHAKTAL, bt · texte numérisé non relu

LIV. V. - GUÉRISON DE MADAME DE CHAKTAL, bt

à la chère malade : « Eh bien, ma fille, lui dit-il avec un visage^ « tranquille et recueilli, ne voulez-vous pas que la volonté de « Dieu soit faite en tout? — Oui, sans doute, répondit-elle. — « Peut-être que Dieu , ajouta-t-il d'un ton calme et résigné, « veut se contenter de notre essai, comme il se contenta de la « volonté qu'eut Abraham de lui sacrifier son fils. Si c'est son « bon plaisir que nous quittions l'entreprise à moitié chemin. « au moins sa bonté aura vu que nous nous sommes mis de « bonne volonté à l'œuvre qu'il nous avait inspirée : que sa « sainte volonté soit éternellement bénie ! »

De retour à l'évèché, Louis de Sales lui ayant exprimé ses inquiétudes sur le rude échec qu'allait faire subir à la congrégation la mort d'une telle supérieure : « Mon cher frère, lui ré- « pondit-il avec une parfaite sérénité de visage, Dieu est un « maître tout-puissant et infiniment bon ; tout est entre ses « mains, il n'a besom de personne, et des pierres mêmes il peut « susciter des enfants à Abraham. » Mais Dieu se contenta de l'épreuve et retira la malade, comme autrefois Isaac, des portes de la mort. François, enefl'et, lui ayant fait prendre une boisson où il avait mis un peu de poudre des reliques de saint Charles Borromée, dans la protection duquel il avait la plus haute confiance, et ayant fait vœu d'aller en pèlerinage à son tombeau s'il guérissait la chère malade, celle-ci n'eut pas plutôt goûté le breuvage qu'elle poussa un grand soupir qu'on crut être le dernier ; puis, ouvrant les yeux, elle dit à François de Sales : « Mon père, je ne mourrai pas ; je sens que je suis guérie et me « porte fort bien, grâce à Dieu et à son saint. » A ces paroles, le saint prélat entonna le Te Deum, qu'il récita avec toute la communauté. Dans peu de jours, la malade eut recouvré ses forces et put reprendre le gouvernement de sa congrégation avec ses pratiques de charité et de dévouement \

Dirigée par une supérieure si habile et édifiée par tant de vertus, bientôt la communauté s'accrut en nombre autant qu'eu

* Mémoires de la mère de Chaugy. vh. n, p. 167.

ferveur ; et la maison de la Perrière se trouva trop petite pour recevoir les aspirantes qui se présentaient. En conséquence, madame de Chantai acheta dans l'intérieur delà ville et près du lac une autre maison, où, le mardi 30 octobre 1612, elle alla s'étabhr avec ses religieuses au nombre de seize, huit professes et huit novices. C'était là qu'elle comptait fonder le premier monastère de la Visitation, en achetant plusieurs petites maisons voisines de la sienne; mais cette affaire, qui semblait la plus simple du monde, rencontra les plus grands obstacles ; et la ville, qui devait s'estimer heureuse de posséder des religieuses si secourables au malheur, se montra hostile à leur sainte entreprise. D'un côté , les magistrats et plusieurs particuliers, qui firent entrer dans l'opposition les officiers mêmes du duc de Nemours, prétendirent que l'établissement dont il s'agissait nuirait aux intérêts du quartier en y diminuant la circulation et le commerce ; de l'autre, une maison religieuse, qui était dans le voisinage , s'effraya de la pensée qu'un monastère ne pouvait s'élever à ses côtés sans lui porter préjudice ; et tout le monde, se rangeant sous le drapeau de l'un ou de l'autre de ces chefs d'opposition , se souleva contre le projet. Le saint fondateur et la fervente mstitutrice ne se laissèrent point déconcerter ; l'évêque en référa au duc de Nemours pour ce qui regardait ses officiers et les magistrats de la ville ; et celui-ci, après avoir entendu les raisons pour et contre, déboutant les plaignants de leurs prétentions, autorisa l'achat. 11 fut plus difficile de venir à bout de la maison rehgieuse; mais -enfin, à force de patience et de prudence, de douceur et de sagesse, on triompha de ce second obstacle comme du premier. L'acquisition eut donc fieu ; la maison fut appropriée à sa nouvelle destination, et madame de Chantai se vengea d'un de ses principaux persécuteurs en lui prodiguant tous ses soins pendant une longue maladie : « Cet homme, disait-elle à ses « sœurs, mérite que nous ayons grande compassion de lui ; « il est tenté d'aversion contre nous : il faut que nous l'en « guérissions à force de douceur. »

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